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Le café a ses coordonnées


Les coopératives de production de café cartographient leurs terres au service de la durabilité

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Au Kenya, le programme AIM4Forests de la FAO permet aux coopératives de cartographier les exploitations caféières de leurs membres à l’aide de la plateforme Open Foris Ground. ©FAO

03/11/2026

Pendant des années, Peter Kibet pouvait quantifier le café reçu de la Toroton Farmers’ Cooperative Society en se fondant sur son poids. Les agriculteurs l’apportaient depuis de petites parcelles disséminées sur les collines du comté de Nandi, au Kenya, où les fruits qui mûrissent se parent d’un rouge éclatant sur fond de feuilles sombres et luisantes. Employé de la coopérative, Peter pesait chaque livraison, l’enregistrait et aidait à calculer la rémunération de chaque agriculteur.

En mai 2025, Peter se préparait à ce que les acheteurs commencent à demander un autre type d’informations: les coordonnées des terres elles-mêmes. De nouvelles exigences de traçabilité accentuaient la pression sur les producteurs de café, qui devaient démontrer que leur production provenait de zones préservées de la déforestation.

La coopérative de Toroton ne disposait d’aucune carte numérique des centaines d’exploitations qui l’approvisionnaient. Ce que les agriculteurs savaient depuis longtemps au niveau local allait bientôt devoir être traduit en données précises et vérifiables à des milliers de kilomètres de là. «Au sein du conseil d’administration, beaucoup craignaient que la coopérative ne puisse plus vendre nos produits», explique Peter.

Dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, les acheteurs demandent de plus en plus aux entreprises de retracer l’origine des produits jusqu’à leur lieu de production. Pour les petits producteurs du comté de Nandi, cette nouvelle exigence met à l’épreuve leur capacité à s’adapter rapidement à l’évolution des règles du commerce mondial.

En mai 2025, dans le cadre du programme AIM4Forests et de l’initiative AIM4Commodities de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), Peter et d’autres membres de la coopérative ont été initiés à Open Foris Ground, une application cartographique gratuite et libre d’accès, mise au point par la FAO et Google.

Cette action s’inscrit dans un effort plus large de la FAO, avec le soutien financier du Gouvernement du Royaume-Uni et du Gouvernement de l’Allemagne, visant à aider les pays à produire des produits agricoles de manière durable.

Au Kenya, cet appui a notamment consisté à aider les coopératives de production de café à se conformer aux nouvelles exigences de traçabilité au moyen de solutions pratiques et libres d’accès, dont Open Foris Ground et WHISP (abréviation de «What is in that Plot?» [Que contient cette parcelle?]). Au Kenya, plus de 70 pour cent de la production de café est assurée par de petits producteurs regroupés au sein de coopératives agricoles comme celle de Toroton. Dans le cadre d’ateliers pratiques, les membres de la coopérative et les agents de vulgarisation ont appris à recueillir eux-mêmes des données au niveau des exploitations, à les examiner et à les utiliser aussi bien pour satisfaire aux exigences que pour éclairer les décisions locales.

Après avoir recruté 13 jeunes de la région, la coopérative les a équipés de téléphones portables et les a envoyés arpenter les exploitations afin de recenser les limites des parcelles, mais aussi les rendements, les variétés de café, les cultures intercalaires et les problèmes liés aux organismes nuisibles. Six semaines plus tard, 1 621 parcelles de café avaient été cartographiées.

Open Foris aide les pays et les communautés à mesurer et à suivre les progrès dans le secteur forestier et à en rendre compte. Au Kenya, par exemple, Peter Kibet (deuxième à partir de la gauche) utilise la plateforme Open Foris Ground pour recueillir des données de terrain dans une plantation de café. En haut, à gauche: ©FAO/Eduardo Soteras. En bas, à droite: ©FAO/Jonas Spekker

Ces informations se sont rapidement révélées utiles à la coopérative pour bien d’autres raisons que la simple satisfaction des acheteurs. Les agriculteurs se sont appuyés sur cette étude pour signaler leurs difficultés à se procurer des engrais, demander des conseils sur la gestion de leur café et indiquer à la coopérative les services dont ils avaient besoin.

Au lieu de disparaître en remontant la chaîne d’approvisionnement, les données pouvaient être utilisées là où elles avaient été recueillies et, surtout, elles appartenaient à la coopérative dès le départ. Dans de nombreuses campagnes de collecte de données, les communautés interrogées attendent des mois avant de voir les résultats, si tant est qu’elles les voient un jour. À Toroton, la coopérative y avait directement accès.

«Grâce aux données obtenues par l’intermédiaire d’Open Foris, nous pouvons offrir des services de vulgarisation aux agriculteurs», explique Peter. «Nous pouvons connaître les besoins de nos producteurs.»

Ce fut ensuite au tour du test qui avait motivé l’exercice. Peter a soumis les données des exploitations cartographiées à Open Foris WHISP, qui compare leur localisation avec les données sur les forêts et l’utilisation des terres afin de repérer d’éventuels cas de déforestation. Aucune des 1 621 parcelles de la coopérative n’a été signalée comme ayant été déboisée.

Lorsque les acheteurs ont demandé des preuves de conformité, la coopérative était prête à les fournir. «Nous avons pu accéder nous-mêmes aux données et les transmettre directement aux acheteurs», explique Peter. La coopérative de Toroton a ainsi pu continuer à vendre ses produits.

Les connaissances acquises à Toroton ne sont pas restées confinées à la coopérative. Les coopératives voisines ont commencé à demander à Peter de les aider à mettre en place leurs propres enquêtes.

À la fin du mois de juillet, les compétences en matière d’enquête initialement acquises à Toroton se diffusaient grâce à un modèle de formation animé par les agriculteurs. Guidés par des pairs expérimentés, 111 petits exploitants et représentants de coopératives ont cartographié des parcelles de café avec Open Foris Ground et examiné les résultats dans Open Foris WHISP.

Au total, près de 2 000 parcelles de café ont été cartographiées dans les coopératives participantes du comté de Nandi et les agriculteurs ont fait part de leurs observations sur les améliorations qui pourraient être apportées aux applications.

Open Foris soutient les efforts nationaux visant à cartographier les petites exploitations agricoles. L’imagerie satellitaire n’avait recensé qu’environ 30 pour cent des parcelles de café du Kenya. Pour obtenir une image plus complète, il fallait parcourir le terrain avec des téléphones. ©FAO/Aurélie Shapiro

Leur travail avec Open Foris a également contribué aux efforts nationaux du Kenya visant à cartographier les petites exploitations agricoles et à localiser les exploitations caféières à l’aide d’images satellitaires. Toutefois, vu de l’espace, le café cultivé sous des arbres d’ombrage peut être masqué par la canopée, et les très petites exploitations peuvent être difficiles à distinguer de la végétation environnante. En 2025, l’Agence spatiale kényane a indiqué que l’imagerie satellitaire n’avait permis de repérer qu’environ 30 pour cent des parcelles de café du pays. Pour combler ces lacunes cartographiques, il fallait parcourir les terres, téléphone en main.

Dans le comté de Nandi, le travail de Peter commence toujours par l’arrivée des fruits du caféier à la coopérative. Mais les chiffres associés à ce café ont changé. Il avait commencé par peser ce que les agriculteurs lui apportaient: en quelques mois, il s’est mis à concevoir des enquêtes, à produire des données probantes pour les acheteurs internationaux et à montrer aux coopératives voisines comment cartographier leurs propres terres.

Les nouvelles exigences de traçabilité ont obligé les agriculteurs à présenter leurs exploitations dans un nouveau langage. Ils mettent désormais à profit leurs acquis et enseignent ce langage à d’autres pour diffuser cette expérience.