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De la mer à la terre


Un parcours de réinvention dans un contexte de crises dans le nord du Mozambique

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Lorsque le conflit a bouleversé sa vie, Paul Benedito s’est tourné vers la terre. Aujourd’hui, il cultive du maïs et des végétaux à feuilles à l’extérieur du Centre de Meculane pour les personnes déplacées à l’intérieur du pays, situé dans le nord du Mozambique. ©FAO/María Legaristi Royo

04/08/2025

Paul Benedito a bâti sa vie autour de la mer. Originaire de Quissanga, petite ville côtière de la province de Cabo Delgado, dans le nord du Mozambique, Paulo est issu d’une longue lignée de pêcheurs. Bien plus qu’un simple moyen de subsistance, l’océan représentait pour lui un mode de vie, perpétué de génération en génération.

Chaque matin, avant le lever du soleil, il embarquait dans son bateau en bois et revenait quelques heures plus tard avec suffisamment de poissons pour nourrir sa famille et, si la pêche était bonne, pour en vendre au marché. Grâce à ce petit revenu, il pouvait envoyer ses enfants à l’école, subvenir aux besoins de sa femme et contribuer au bien-être de sa communauté. À Quissanga, Paulo et sa famille se sont toujours sentis chez eux, dans un lieu synonyme de stabilité et d’appartenance qui lui offrait une vie pleine de sens.

En 2021, des rebelles islamistes armés, connus au niveau local sous le nom d’«Ansar al-Sunna» ou «al-Shabab» et liés à l’État islamique, ont lancé de violentes attaques dans tout Cabo Delgado. Ils ont incendié des maisons, pillé des villages, enlevé des civils et déplacé de force des dizaines de milliers de familles.

La terreur a dévasté la communauté de Paulo, faisant des victimes parmi ses proches et transformant sa terre natale en véritable champ de bataille. Du jour au lendemain, tout a basculé.

Contraint de fuir, Paulo est arrivé au Centre de Meculane pour les personnes déplacées avec sa femme et sept enfants – ses quatre enfants et trois orphelins qu’il a recueillis après que leurs mères ont été tuées dans les violences.

La transition a été éprouvante. L’agriculture lui était inconnue et l’idée de recommencer à zéro dans un tout nouveau métier lui paraissait insurmontable. Toutefois, Paulo n’avait pas le choix: il n’avait plus ni bateau, ni outils, ni maison.

«Au départ, je ne savais pas quoi faire», se souvient Paulo. «La mer, c’était tout ce que je connaissais. Mais quand nous sommes arrivés ici, j’ai réalisé que je devais absolument me former à un nouveau métier pour survivre.»

Résolu à nourrir sa famille, Paulo s’est inscrit aux sessions de formation agricole proposées par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) au sein de la communauté. Très vite, il se démarque comme l’un des élèves les plus prometteurs.

«Aujourd’hui, je préfère la terre à la mer», affirme Paulo. «Le métier d’agriculteur me rend plus heureux. Il est moins risqué: même si je ne vends rien, je sais que ma famille aura au moins de quoi manger.»

Grâce à un financement de la Banque africaine de développement, la FAO a fourni à Paulo des semences lui permettant de cultiver d’autres légumes et ainsi d’améliorer la nutrition de sa famille. ©FAO/María Legaristi Royo

Se construire un moyen de subsistance en partant de zéro

Depuis son arrivée à Meculane en 2021, Paulo a tout reconstruit en partant de rien. Ce qui était au départ une véritable épreuve – apprendre à cultiver la terre dans un environnement inconnu – s’est transformé en un quotidien fait d’objectifs et de persévérance.

Après quatre années de dur labeur et d’apprentissage par la pratique, Paulo et sa femme gèrent aujourd’hui deux parcelles d’un hectare. Ils cultivent une variété de produits tout au long de l’année et se relaient pour s’occuper de la terre. Le week-end, leurs enfants les plus âgés – 10 et 12 ans – les rejoignent dans les champs, ce qui leur permet d’acquérir des compétences précieuses tout en contribuant aux besoins du foyer. Ensemble, ils ont surmonté l’adversité et créé un moyen de subsistance pour la famille.

Paulo cultive des haricots, du maïs, de la pastèque, des pois, des arachides, du gombo et du manioc. Il répartit sa récolte en trois catégories, en fonction de la destination des produits: consommation familiale, stockage des semences pour la saison suivante et vente de l’excédent sur le marché local. Le revenu qu’il en tire sert à payer les frais de scolarité des cinq enfants allant à l’école, à acheter des vêtements et des médicaments et à constituer une petite épargne.

La vente de produits sur le marché de Chiure, à 25 kilomètres de là, représente un
défi et un coût supplémentaires. Le trajet en moto coûte jusqu’à 150 meticals (plus de 2 USD) – une dépense qui pèse sur ses revenus limités.

Après le passage du cyclone Chido en 2024, la FAO, en collaboration avec le Gouvernement du Mozambique et avec le financement de la Banque mondiale, a mis en place un programme d’urgence de distribution de semences et d’outils visant à aider la communauté à se remettre de cette nouvelle crise et à redémarrer ses activités agricoles. ©FAO/María Legaristi Royo

Face à une catastrophe, le soutien compte

En 2022, la FAO a fourni quatre poules à Paulo. Depuis, son élevage s’est agrandi et en compte aujourd’hui une quinzaine, ce qui assure à la famille un approvisionnement régulier en œufs et en viande, ainsi qu’une source de revenus supplémentaire provenant de la vente de poussins.

En 2024 et 2025, la FAO, avec le financement de la Banque africaine de développement, a lancé un nouveau projet dans la région: Paulo a bénéficié de semences pour cultiver des choux, des oignons, des tomates et des citrouilles. Grâce à ces cultures, il a pu diversifier ses repas et mieux nourrir sa famille.

Cependant, en décembre 2024, le cyclone Chido a fait rage et la tempête a inondé sa maison. Une partie de la toiture a été arrachée et la plupart des semences stockées ont été détruites. Le Gouvernement du Mozambique et la FAO, avec le soutien financier de la Banque mondiale, ont mis en place un programme d’urgence de distribution de semences visant à aider la communauté à se relever de cette nouvelle crise. Paulo a reçu de nouvelles semences et une houe, qui lui permettront de relancer son activité agricole à temps pour la prochaine campagne de semis.

Cultiver la résilience, une graine à la fois

Paulo, encore une fois, reconstruit lentement sa vie.

«J’ai dû repartir de zéro», déclare-t-il. «Mais je sais comment travailler et maintenant j’ai une nouvelle façon de m’occuper de ma famille.»

Pour les familles de Chiure et de tout Cabo Delgado, les crises, qu’elles soient dues à des conflits ou au climat, font désormais partie du quotidien. Pourtant, face à ces difficultés, Paulo reste déterminé.

Il rêve d’agrandir ses parcelles, d’élever plus de bétail et de construire une maison plus sûre pour ses enfants. Aux côtés du Gouvernement du Mozambique et grâce au soutien sans faille de ses partenaires, la FAO continue d’aider les communautés comme celle de Paulo à renforcer leur résilience afin que, même face à l’incertitude, elles puissent continuer à cultiver, à pourvoir à leurs besoins et à travailler pour un avenir meilleur.

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