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La bonne culture au bon endroit


Ce que les sols nous apprennent sur l’avenir de l’agriculture

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Dans le cadre d’une évaluation de l’adéquation des cultures réalisée en Zambie, l’application CropSuit de l’initiative SoilFER (SoilFER CropSuit App) de la FAO a été utilisée pour recueillir des données sur le terrain et vérifier l’adéquation de plusieurs espèces cultivées. ©FAO/ZARI

02/07/2026

La différence entre une récolte réussie et une récolte décevante n’est pas toujours visible en surface.

En Zambie, dans la Province du Sud, il a été constaté, dans des conditions identiques sur les plans du climat et des pratiques agricoles, que la culture du maïs n’était pas adaptée à un type de sol, mais convenait parfaitement à un autre. À la surface, rien n’a changé. Tout se joue sous les pieds des agriculteurs.

Cette évaluation pilote illustre une difficulté qui est loin de toucher uniquement la Zambie. Dans le monde entier, les agriculteurs doivent décider quelle espèce planter, quel engrais utiliser et où investir de maigres ressources. Pourtant, les sols qui sous-tendent ces décisions peuvent être profondément différents malgré leur proximité. Deux champs peuvent bénéficier des mêmes précipitations et de la même gestion, mais produire des résultats très différents.

Il est de plus en plus important de comprendre ces différences, étant donné que les pays cherchent à augmenter leur productivité tout en utilisant plus efficacement des ressources limitées.

Récemment, les perturbations de l’approvisionnement en engrais et la hausse des coûts des intrants ont mis en évidence qu’il fallait prendre des décisions agricoles plus ciblées. Lorsque les engrais sont chers ou rares, il est d’autant plus important de savoir quelles cultures sont mieux adaptées aux conditions locales en vue d’augmenter la productivité et d’éviter les investissements improductifs.

Dans l’histoire de l’agriculture moderne, les décisions ont longtemps reposé sur le climat, les variétés de semences, les pratiques de gestion et les recommandations en matière d’engrais. Les informations sur les sols sont souvent plus difficiles à obtenir et à interpréter et sont moins facilement accessibles à ceux qui prennent les décisions sur le terrain. Les avancées en matière de cartographie des sols et d’analyse de l’adéquation des cultures commencent à faire évoluer cette situation et permettent de transformer les données sur les sols en informations exploitables qui peuvent aider les agriculteurs, les conseillers et les responsables politiques à prendre des décisions plus éclairées quant à la sélection des espèces cultivées et à la gestion des terres.

En associant des informations sur les sols, le climat, le terrain et les besoins des cultures, les chercheurs peuvent déterminer quelles espèces devraient donner de bons résultats dans des endroits spécifiques et mettre au jour les facteurs qui pourraient limiter la productivité. Les évaluations de l’adéquation qui en résultent aident à savoir où une espèce cultivée devrait prospérer, où la production pourrait être entravée et où d’autres espèces pourraient offrir de meilleures perspectives. Elles dressent un tableau plus clair du potentiel agricole avant que des ressources ne soient consacrées à la culture.

Des agriculteurs et des agents de vulgarisation discutent des pratiques de gestion des sols en Zambie. L’accès à des informations fiables sur les sols peut aider à prendre des décisions plus éclairées pour ce qui est de la production végétale et de la gestion des terres.©FAO/ZARI

La production d’informations de ce type se développe au moyen d’initiatives comme le programme SoilFER de cartographie des sols pour des systèmes agroalimentaires résilients, mis en place par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) avec l’appui financier des Gouvernements des États-Unis d’Amérique et du Japon. En s’appuyant sur les informations sur les sols, les données environnementales et la modélisation de l’adéquation des cultures, le programme appuie les efforts faits pour mieux comprendre la fertilité des sols et l’adéquation des terres, et oriente ainsi les décisions et les pratiques de gestion dans divers paysages.

L’un des outils mis au point dans le cadre de ces travaux est l’application SoilFER CropSuit App, qui permet aux utilisateurs de voir les rendements de différentes espèces cultivées dans des conditions données pour ce qui est du sol, du climat et de la gestion.

Dans la Province du Sud de la Zambie, des analystes se sont appuyés sur cette application pour déterminer ce que donnerait la culture du maïs dans un système pluvial à faible quantité d’intrants dans lequel on trouve plusieurs types de sol dans une même zone. Par exemple, d’après la Base de référence mondiale pour les ressources en sols, les leptosols sont généralement des sols pierreux peu profonds qui peuvent limiter la croissance des cultures, tandis que les luvisols sont souvent plus fertiles et offrent un plus grand potentiel agricole.

Lorsque les leptosols sont le type de sol dominant, il a été estimé que la culture du maïs n’était pas adaptée. En revanche, dans la même zone, elle s’est révélée particulièrement adaptée sur les luvisols, où elle affiche un rendement réalisable bien plus élevé.

Cette comparaison montre que les caractéristiques du sol ont à elles seules une profonde influence sur les rendements agricoles. Ainsi, même lorsqu’une décision peut paraître justifiée sur le plan climatique, tout peut changer lorsque les sols sont pris en compte.

L’analyse réalisée en Zambie a également recensé d’autres espèces qui pourraient donner de bons résultats dans les mêmes conditions. Il a été déterminé que le manioc, le niébé et le fonio étaient des options particulièrement adaptées aux luvisols, ce qui offre des possibilités de diversification et d’adaptation.

L’utilité potentielle d’informations de ce type va au-delà d’une simple évaluation. En Zambie, où l’amélioration de la productivité et le renforcement de la résilience face au climat sont des priorités nationales, les outils qui aident à faire en sorte que les espèces cultivées soient adaptées aux conditions locales peuvent contribuer à la prise de décisions plus éclairées en matière d’agriculture.

«L’application CropSuit App offre des informations accessibles et fondées sur la science au sujet de l’adéquation des cultures, qui aideront les agriculteurs, les agents de vulgarisation, les chercheurs et les planificateurs à prendre des décisions plus judicieuses – qu’il s’agisse de choisir les bonnes espèces pour une production agroécologique locale, de gérer la fertilité du sol ou de diversifier la production végétale», dit M. Rodgers Kabiti, chercheur à l’Institut zambien de recherche sur l’agriculture (ZARI) et point focal national pour le projet SoilFER.

«Cet outil pourrait être un levier majeur de la transformation agricole de la Zambie en réduisant le risque de mauvaise récolte et en encourageant une utilisation plus durable des terres.»

Dans des conditions identiques sur les plans du climat et de la gestion, les caractéristiques du sol peuvent à elles seules déterminer si une culture est inadaptée ou tout à fait adaptée. L’application SoilFER CropSuit App a pour objet de rendre les informations scientifiques plus accessibles et plus faciles à exploiter. ©FAO/ZARI

«En regroupant les informations sur les sols, le climat, le terrain et les cultures sur une même plateforme, nous avons créé un système qui aide les utilisateurs à comprendre les contraintes locales et à déterminer les espèces qu’il convient de cultiver dans des zones données», dit Mme Rutendo Mukaratirwa, Spécialiste du zonage agroécologique de la FAO et membre de l’équipe de développeurs de l’application CropSuit App.

L’application est faite pour être flexible et peut donc être adaptée aux besoins, aux priorités et aux conditions agricoles d’un pays donné lorsqu’elle est adoptée et affinée au fil du temps.

L’enseignement à tirer de l’exemple de la Zambie est clair. Avant de pouvoir répondre aux questions sur les engrais, l’irrigation ou les variétés de semences, il faut d’abord se demander si une espèce est adaptée au sol.

La réponse à cette question peut avoir un impact bien plus grand que ce que pensaient autrefois les agriculteurs.

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