Le présent analyse les principales activités des cinq projets qui ont contribué au soutien et au renforcement du rôle des femmes comme agents de production. Pendant tout le programme, les stratégies suivies et les instruments utilisés ont varié en fonction des conditions et des besoins spécifiques du moment, ont été adaptés aux expériences et de l'apprentissage qui se dégageaient des projets eux-mêmes.
La première étape s'est achevée avec le projet lancé en 19835. L'objectif était alors de renforcer l'organisation en groupes et de soutenir la réalisation de petits projets de production dans lequel les femmes étaient appelées à participer.
Les zones de travail choisies furent les régions d'Olancho, de Comayagua, de Choluteca et de Francisco Morazán. Les principaux instruments adoptés pour répondre aux objectifs immédiats furent: a) un soutien technique permettant aux femmes de s'organiser; b) une assistance technique et financière pour l'identification, la formulation et l'exécution de petits projets contribuant à améliorer les revenus de la famille et à stimuler la participation des femmes; c) une amélioration des compétences des bénéficiaires en techniques productives et en gestion d'entreprise.
55 groupes et plus de 1 00 agricultrices ont reçu un crédit pour 74 petits projets de production et de services. 370 fonctionnaires de l'INA sont intervenus dans 21 cas.
L'analphabétisme et le manque de compétences, auxquels il ne fut pas porté une attention suffisante, ont limité les résultats des actions. En effet, on a fait l'erreur de croire que les femmes n'avaient besoin que de crédits et l'on est parti de l'idée que la compétence n'intervenait que pour 5 pour cent dans l'évaluation des ressources. De plus, partant de la même idée erronée, on a supposé que l'on pouvait appliquer à des femmes analphabètes, et sans les adapter, les méthodes utilisées pour améliorer les compétences des hommes, et qu'elles pourraient assimiler facilement des technologies souvent très élaborées requérant certaines connaissances de base. En d'autres mots, on ne s'est pas préoccupé de la conception et du transfert de technologies adaptées aux femmes.
Avec des cultivatrices qui avaient peur de s'engager dans un emprunt, qui ne savaient pas lire, et dont les tâches domestiques étaient extrêmement lourdes, l'échec de certains projets de production, comme par exemple la faillite du Fondo Rotatorio, était inévitable.
Ceci fut une leçon d'où l'on tira la conclusion qu'il fallait, outre un crédit et une assistance technique, une action sérieuse en matière d'alphabétisation et d'amélioration des compétences, pour amener les femmes à participer à l'activité de production.
La deuxième étape, qui a été concentrée prioritairement sur le développement des compétences, a couvert le déroulement de trois projets distincts. Dans le but de poursuivre le processus entrepris lors de la première étape, en tenant compte des difficultés rencontrées et en tirant les enseignements, le programme a été redéfini6 et a été étendu à deux nouvelles régions, Copán et Paraiso.
Les principaux objectifs étaient les suivants:
· Renforcer l'organisation des femmes rurales;
· Sensibiliser la population, depuis la base jusqu'aux cadres coordinateurs du projet, à l'importance de la participation des femmes;
· Perfectionner les techniques d'amélioration des compétences agricoles;
· Mettre au point des technologies qui tiennent compte des spécificités hommes/femmes, de manière à potentialiser le rôle des femmes dans l'économie familiale;
· Entraîner des agricultrices pour qu'elles apprennent à servir d'intermédiaires entre le système de vulgarisation et les groupes locaux de femmes.
Lorsque les actions se sont achevées, 840 femmes avaient été alphabétisées et 141 étaient devenues monitrices d'alphabétisation. L'amélioration des compétences avait touché 1 700 participantes. La majorité d'entre elles faisaient partie du personnel de terrain en tant que promotrices agricoles et membres de groupe de base, et de l'encadrement mixte des projets en tant que coordinatrices et assistantes.
Les cadres possédaient une qualification technique et furent chargés d'aider les groupes de femmes à créer leurs entreprises en organisant des ateliers ou tout autre forme de réunions (Annexe 1, Tableau 4). Le contenu du programme d'amélioration des compétences comprenait la formation d'animatrices, la formation technico-productive des groupes de base et la consolidation de l'organisation rurale.
L'aspect le plus significatif de ce projet fut, sans nul doute, l'adoption d'une méthodologie nouvelle: les productrices-agents de liaison (PREN). Ces femmes étaient en quelque sorte des animatrices-vulgarisatrices locales qui apportaient aux autres femmes une formation paratechnique qui complétaient le travail des vulgarisatrices professionnelles et étaient chargées de:
· Créer un changement d'attitude devant la participation des femmes;
· Travailler avec les femmes dans le projet de production ou de services;
· Gérer les ressources mises à la disposition des groupes de femmes qu'elles représentaient;
· Promouvoir, créer et administrer les caisses rurales d'épargne et de crédit, selon des critères de rentabilité économique et sociale.
Les PREN assuraient un travail bénévole, diffusant les connaissances et les expériences qu'elles avaient acquises au cours du programme d'amélioration des compétences. Elles étaient notamment chargées de:
· Conscientiser les membres du groupe et la communauté à propos de l'importance de la participation des femmes au développement rural;
· Structurer le groupe et former des responsables à chaque niveau;
· Diffuser les technologies et expliquer leur maniement pratique dans les jardins familiaux, les élevages de volailles ou tout ce qui peut offrir une source de nourriture.
· Assister le groupe pour la mise en place de caisses rurales d'épargne et de crédit, coordonner toute action qui doit servir à apprendre comment constituer un capital et ensuite le gérer;
· assurer la liaison entre les groupes de base et les vulgarisatrices professionnelles impliquées (membres de l'INA ou du SRN).
Ces nouvelles fonctions ont conféré aux PREN: a) un statut particulier au sein de la communauté; b) une reconnaissance officielle qui, dans certains cas, correspondait à un salaire; c) le maniement d'instruments comptables et financiers qui a contribué à améliorer leur productivité; d) une ouverture sur le marché du travail. De fait, certaines femmes PREN ont été engagées pour travailler dans les projets "Trifinio", "Apoyo en la Actividad Agrícola de los grupos Campesinos de Choluteca (PROAPACH)" et "Desarrollo Integral des Valle de Otoro".
Un "module de formation" est un lieu de rencontres entre femmes où elles peuvent partager leurs problèmes et leurs expériences; il offre un cadre de travail pour la recherche des potentialités et des obstacles, non seulement entre PREN, mais entre toutes les femmes impliquées dans un projet. Tenir les réunions d'amélioration des compétences dans un lieu clos, c'est-à-dire en y restant pour les repas et pour dormir, est un élément très positif.
L'expérience acquise par ce programme jusqu'en 1989 et la nécessité de consolider les résultats obtenus par les groupes bénéficiaires, ont conduit la FAO à apporter son soutien par un projet de pointe de six mois, "Aide à l'amélioration des compétences des agricultrices en faveur de la participation des femmes au processus de développement"7. Il s'agissait de consolider non seulement les connaissances acquises par les agricultrices formées jusqu'alors, mais aussi leur rôle d'agents de promotion socioéconomique dans les zones rurales.
Par la suite, le propos du projet s'est élargi à la définition d'une stratégie pour découvrir les moyens d'améliorer les compétences dans d'autres régions, ainsi qu'à l'élaboration et à la mise en oeuvre d'une méthodologie PREN en matière d'alimentation et de nutrition.
En termes concrets, c'est plus de la moitié des PREN en fonction antérieurement sur le terrain qui ont approfondi leur travail dans des ateliers de perfectionnement.
La deuxième étape du processus s'est achevée par un nouveau projet8 de consolidation des groupes ruraux, de formation d'agents de vulgarisation et de nouveaux PREN qui s'occupa également de la formation pratique des agricultrices. L'axe central fut incontestablement la formation des PREN. Ce projet a validé l'efficacité de cette méthode PREN. Elle a assurément permis de constater que les capacités productives et entrepreneuriale des femmes rurales peuvent être multipliées, la production et donc les revenus augmentés. Pendant cette phase, 114 nouvelles PREN ont été formées, 48 ont reçu une formation complémentaire. Simultanément, un guide de méthodologie PREN a été élaboré, décrivant le mode de sélection des participantes, le contenu et les mécanismes de formation modulaire, les étapes de perfectionnement, l'évaluation et quelque matériel didactique.
A la fin de la deuxième étape, les conditions étaient remplies pour envisager un transfert de la méthodologie PREN à d'autres utilisateurs potentiels. Malheureusement, l'absence de soutien de la part des équipes de vulgarisateurs de l'INA et du SRN aux PREN qui changent trop rapidement et sont trop réduites en personnel a limité les possibilités d'institutionnaliser le processus. En outre, le changement d'orientation des organismes administratifs impliqués a entraîné un changement de priorités et des nouveaux programmes de travail qui conditionnèrent par la suite les effets espérés.
Formation de 4250 femmes rurales | |
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Module |
Organisatrices de groupes de femmes Monitrices d'alphabétisation Animatrice vie et environnement « Productrice-agents de liaison |
Formation de 280 vulgarisatrices en promotion et organisation et de 110 responsables d'associarions agricoles | |
Productrices-agents de liaisons (3 étapes) |
Sélection (3 mois) Formation (6 modules en 7 mois) Suivi/évaluation |
Lorsque tous les projets de l'étape précédente furent achevés, une profonde réflexion conduisit à la conclusion que, depuis dix ans d'activités centrées sur les femmes et les organisations de base, les conditions étaient mûres pour concentrer les efforts sur les institutions. Il ne s'agissait plus, alors, de changer seulement de cible, mais de définir un nouveau concept, une nouvelle finalité; on passait de "Femmes et développement" aux premières étapes du processus "Parité entre les hommes et les femmes".
Le nouveau projet9, encore en cours, a été conçu pour répondre aux besoins suivants: a) institutionnaliser la méthodologie PREN d'amélioration des compétences, afin de permettre le développement et la consolidation à long terme des résultats obtenus jusque là; b) renforcer les groupes organisés de femmes rurales grâce à un suivi technique de leurs activités par les ONG et les organisations d'agriculteurs; c) garantir aux femmes une participation de fait plus large au processus de réforme agraire par la révision et une mise en pratique effective de la politique des femmes; d) définir le rôle des organisations (ONG et OC).
Pour renforcer et institutionnaliser la méthodologie PREN d'amélioration des compétences, quelques ONG qui avaient déjà développé ces activités dans la zone d'essai, ont été sélectionnées. De fait, "Save the children" se montra la seule association capable d'utiliser son expérience et d'appliquer la méthode PREN à ses programmes. On en a tiré une leçon selon laquelle il ne faut pas surestimer la capacité d'adoption d'un modèle de formation de ce genre par des ONG qui ne l'ont pas expérimenté auparavant, car il est difficile d'ajuster les modalités et les conditions d'exécution à n'importe quel programme en cours.
A la lumière des difficultés et des limites rencontrées au cours de l'étape précédente, il a été décidé d'inclure dans les activités en cours, pendant une phase de transition institutionnelle, trois projets de développement rural financés par des sources internationales, avec la collaboration de la Fondation hondurienne pour la recherche agricole et l'élevage et six autres organisations d'agriculteurs (Annexe 2). La prise en charge du suivi des groupes fut confié à ces dernières qui utilisèrent le personnel dont la formation était incluse dans le projet.
Le projet créa ou renforça la capacité d'autogestion des organisations d'agriculteurs, au niveau national ou à la base, dans le processus d'élimination des obstacles rencontrés par les femmes pour accéder pratiquement aux ressources de production. Dans cette démarche, les organisations, par l'intermédiaire de leurs responsables masculins ou féminins, objets d'une consultation permanente, étaient à la fois acteurs dans la direction du projet et bénéficiaires d'une formation en matière de contrôle du crédit, d'animation et d'évaluation d'un projet. Les dirigeants des organisations nationales d'agriculteurs retirèrent une somme d'informations
importantes sur les expériences, les besoins et les expectatives en matière de participation des femmes.
C'est de cette manière que les groupes dirigeants des organisations reconnurent la nécessité d'impulser, par une action systématique, l'ouverture de nouveaux domaines de participation pour les femmes. Sur cette base, un premier programme de formation d'Animatrices agricoles (PROM) fut créé et s'adressa à 90 femmes affiliées à 11 centrales agricoles différentes. Ces animatrices furent intégrées à la direction nationale d'organisations mixtes ou féminines, pour encadrer les intérêts des agricultrices du pays.
Il convient également de mentionner l'adoption d'un schéma de financement alternatif qui devait faciliter l'accès des femmes aux ressources financières. Diverses initiatives ont servi à promouvoir la participation des agricultrices à des projets d'investissement par l'intermédiaire de Caisses rurales d'épargne et de crédit (CRAH). Ces caisses sont des entités communales qui offrent des prêts et des crédits à leur propres membres et à ceux de la communauté. Dans les zones d'opération de Choluteca, Valle, Comayagua, Intibucá et Copán, 69 groupes de base et plus de 800 personnes ont eu accès à des formes de crédit alternatifs différentes des crédits traditionnels. Plus de la moitié des sommes distribuées venaient de l'épargne des membres et des profits dégagés par les commissions prélevées par les caisses.
Les membres des caisses rurales reçurent une formation en matière administrative et comptables; mais en raison du niveau de scolarité moyen très bas dans les zones rurales et du manque d'expérience, il fut nécessaire de faire poursuivre la formation des CRAH par des cadres compétents de six OC: FEHMUC, CODIMCA, UNC, CNTC, ANAMUC et ALCONH.
Toujours dans le but d'améliorer la condition des femmes honduriennes qui rencontraient des discriminations en matière d'accès aux ressources et qui étaient traitées sur un plan d'inégalité préjudiciable à leur implication dans la production agricole et dans l'élevage, on a procédé, en concertation avec l'INA, à un diagnostic national des ouvertures et des obstacles rencontrées par les agricultrices pour accéder à la terre et aux autres moyens de production.
Grâce à une action conjointe de l'administration publique, des ONG, des organisations d'agriculteurs et des groupes de femmes, les politiques sectorielles agricoles ont été révisées pour intégrer la notion de parité et de traitement équitable entre les hommes et les femmes.
Devant la reconnaissance de l'importance et de l'efficacité de la méthodologie PREN comme instrument de développement agricole et rural dans une optique de parité, le gouvernement du Honduras s'est efforcé d'appliquer cette méthodologie dans six régions du pays dans un projet financé par le gouvernement du Japon.
Ce projet doit se terminer début 1998, La FAO et les autorités nationales ont manifesté leur intérêt dans la poursuite du processus, grâce à un nouveau projet visant à appliquer la méthodologie PREN et à renforcer les compétences techniques susceptibles d'intégrer l'analyse et les objectifs de "genre" au développement rural au Honduras. Une version préliminaire du futur projet10 a été préparée; il devrait commencer en juillet 1998 et durer cinq ans. L'objectif de développement général est de contribuer à abaisser le niveau de pauvreté rurale par une politique et une mise en pratique fondées sur l'équité et la parité. Ceci sera réalisé selon des étapes successives qui viseront réciproquement: pour la première étape, l'intégration du "genre" dans les programmes, les stratégies, les projets et les politiques du secteur public de l'agriculture et de l'élevage; et, pour la seconde étape, l'amélioration quantitative et qualitative de la capacité de production et de gestion des agricultrices dont le rôle est fondamental pour assurer tant la sécurité alimentaire que l'amélioration des conditions de vie sur place.
Ainsi, en septembre 1997, une version préliminaire du plan était prête et portait le titre de:"Lignes directrices du Plan d'action sur la parité dans le Honduras agricole 1996-2000"11. Elle sera présentée au Conseil du développement agricole (CODA), la plus haute autorité du secteur de l'agriculture et de l'élevage, pour révision et approbation. Le plan se propose d'identifier et d'adopter les moyens nécessaires pour initier/renforcer l'accès des femmes rurales aux services sociaux, économiques et politiques dans des conditions paritaires.
En résumé, les principaux résultats obtenus au cours des trois étapes du programme sont:
· un modèle méthodologique de formation d'agents paraphréniques agricoles (Productrices-agents de liaison-PREN) valable, documenté et applicable aux divers organismes, ainsi qu'un ensemble de matériel éducatif à la disposition des organismes publics, des ONG et du personnel des projets de développement;
· des équipes techniques permanentes compétentes en maniement du modèle méthodologique;
· des agents agricoles paraphréniques féminins compétents en matière de théorie et de pratiques relatives à l'exécution de projets de production dont l'effet multiplicateur devrait profiter à 5 000 femmes rurales environ;
· un modèle de financement rural autogéré que sont les Caisses rurales d'épargne et de crédit (CRAH);
· l'amélioration par l'INA des mécanismes d'acquisition de la propriété foncière;
· un système de révision des politiques sectorielles agricoles dans une perspective de parité, par les représentants des ONG, de l'administration publique, des organisations agricoles et des groupes de femmes.