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EL PAÍS, Maria Helena Semedo: «L’agriculture doit être intégrée dans les politiques de lutte contre le changement climatique»

La FAO met en garde contre l’augmentation des migrations dues aux épisodes de famine liés au réchauffement climatique.


09/12/2015

«En matière de lutte contre le changement climatique, l’agriculture est vue comme une menace», prévient Maria Helena Semedo. La directrice générale adjointe de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) souhaite que ce secteur soit «intégré aux politiques climatiques». «Si les politiques n’intègrent pas la dimension agricole, parce qu’elle est vue seulement comme une menace, il y aura toujours plus de personnes qui souffrent de la faim dans le monde», souligne-t-elle depuis Paris où elle participe à la conférence climat qui tente de trouver le premier accord mondial contre le réchauffement climatique. 

A cette occasion, l’agriculture et les usages du sol se sont imposés parmi les mesures contre les gaz à effet de serre à l’origine du réchauffement climatique. Parmi les 186 pays qui ont déjà présenté des plans volontaires pour réduire leurs émissions, environ une centaine ont en effet pris des mesures relatives aux usages du sol et à l’agriculture. Mais Maria Helena Semedo est préoccupée par le fait que ces politiques ne prennent en compte l’agriculture seulement comme une «menace» et que les gouvernements oublient la sécurité alimentaire.

Selon un rapport récent de la Banque mondiale, 100 millions de personnes dans le monde pourraient sombrer dans la pauvreté dans les 15 prochaines années en raison du changement climatique. La principale conséquence, soulignée par cette étude, se mesure en termes de productivité agricole (qui se verrait réduite) et sur les prix alimentaires, qui augmenteront. «A l’heure actuelle, le changement climatique affecte surtout les pays qui ne sont pas à l’origine du problème», relève Maria Helena Semedo. « Cela affecte davantage les pays en développement et les classes sociales les plus défavorisées.» Cela impacte finalement les «moyens de subsistance».

L’augmentation des températures et des phénomènes climatiques extrêmes tels que les sécheresses et les inondations a de fortes conséquences sur l’agriculture. « On ne parle déjà plus du passé, c’est en train de nous affecter», estime Maria Helena Semedo. L’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA en anglais) a présenté il y a quelques semaines une analyse de 28 phénomènes climatiques enregistrés en 2014. Elle a conclu que la moitié d’entre eux ont été plus intenses en raison du réchauffement climatique.

Les migrants climatiques

Maria Helena Semedo est surtout préoccupée par un phénomène croissant, celui des «migrants climatiques». Cette baisse de la production agricole entraîne un mouvement démographique du monde «rural vers les villes». «Et vers d’autres pays», ajoute-t-elle. «Si nous n’agissons pas aujourd’hui, les migrations vont augmenter.»

«Les phénomènes migratoires depuis la Somalie et la Syrie ne sont pas seulement dus à des questions politiques et sécuritaires. Ils sont en effet également liés aux épisodes de sécheresse. La population n’a plus de quoi se nourrir», ajoute la directrice générale adjointe de la FAO. C’est la raison pour laquelle elle insiste sur le fait qu’il est nécessaire de prendre en compte la sécurité alimentaire dans la lutte contre le réchauffement climatique. «Il faut trouver des solutions d’adaptation technologiques», dit-elle, afin de «réduire les émissions» mais aussi d’éliminer la faim dans le monde. 

http://internacional.elpais.com/internacional/2015/12/09/actualidad/1449651014_537853.html

 

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