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Madagascar

Année: 2016 Date de révision: -- Type de révision: --

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Géographie, climat et population

Géographie

Madagascar occupe une superficie de 587 040 km². Le relief accidenté crée une dissymétrie est-ouest et une opposition entre les hautes terres au centre, culminant à 2 876 m, et les régions côtières. Deux escarpements de direction nord-sud–l'Angavo à l'ouest et le Betsimisaraka à l'est–marquent le versant oriental et la partie orientale du pays provoquant une descente abrupte vers l'Océan Indien. La partie occidentale se distingue par deux larges bassins sédimentaires (le Boeny au nord et le Menabe au sud) faiblement inclinés depuis Antsiranana jusqu'au canal de Mozambique à l'extrême sud. Du nord au sud, l'est du pays est formé par une étroite bande côtière bordée de lagons abrités par une barrière de corail (MA, 2012a).

En 2013, les superficies cultivées (terres arables et cultures permanentes) occupaient 4 millions ha, soit 7 pour cent du territoire (tableau 1). Les prairies et pâturages permanents s'étendent quant à eux sur 37 millions ha (64 pour cent du pays). Les cultures vivrières sont les activités agricoles de base et dominent la région des hautes terres centrales, la partie médiane de l'ouest et la partie orientale. Les cultures de rente (industrielles ou d'exportation) occupent la partie orientale, le nord, le sud et l'ouest.

La biodiversité de Madagascar est riche avec ses 5 000 km de littoral, plus de 500 000 ha d'eaux intérieures, 300 000 ha de mangroves (PNUD, 2012) et plus de 12 millions ha de forêts. Près de 80 pour cent d'espèces de plantes et 90 pour cent d'animaux sont endémiques (AfDB, 2014). Cependant la déforestation se poursuit et de nombreuses espèces sont en danger.


Climat

Madagascar reçoit en moyenne 1 513 mm de précipitation par an. Cependant, certains endroits de l'île souffrent de pénuries d'eau à cause de fortes disparités pluviométriques temporales et spatiales, résultant en quatre zones climatiques:

  • La province de Toamasina et une partie de la province d'Antsiranana dans l'est ont un climat tropical humide: la pluviométrie est supérieure à 1 500 mm/an avec un ou deux mois secs et la température du mois le plus frais est de 15ºC.
  • Les provinces d'Antananarivo et de Fianarantsoa dans la région de Tsaratanana dans les hautes terres ont un climat tropical d'altitude (900 à 2 000 m): la pluviométrie est supérieure à 1 500 mm/an avec quatre ou cinq mois secs et la température du mois le plus frais est comprise entre 10ºC et 15ºC.
  • La province Mahajanga et la partie nord de la province Toliary dans la région côtière ouest ont un climat tropical sec: la pluviométrie est inférieure à 800 mm/an avec huit mois secs.
  • La partie sud de la province de Toliary a un climat semi-aride: la pluviométrie est inférieure à 400 mm/an avec huit mois secs et la température du mois le plus frais est de 20ºC.

L'influence des alizés (vents soufflant de l'est vers le ouest) et de la mousson créée un net contraste entre une saison chaude et humide (octobre à mars) et une saison plus fraîche et moins pluvieuse (avril à septembre), à l'exception de la côte est et de l'île de Nosy Be. Dans la zone nord-est la hauteur de pluie peut dépasser les 3 000 mm, alors que dans le sud on enregistre une sécheresse très marquée et prolongée. Sur la côte est, la pluie est répartie pendant toute l'année. Madagascar est frappé chaque année par des cyclones tropicaux. La période cyclonique se situe le plus souvent entre les mois de décembre et mars.

Population

Madagascar compte en 2015 environ 24.2 millions d'habitants dont 65 pour cent sont ruraux, soit une légère urbanisation étant donné que 73 pour cent de la population était rural en 2001 (tableau 1). La densité moyenne est de 41 habitants/km². La croissance démographique, 2.9 pour cent en 2015, diminue légèrement puisqu'elle s'élevait à 3 pour cent au début des années 2000. L'indice de développement humain est en faible progression seulement: de 0.456 en 2000 à 0.510 en 2014 (PNUD, 2015). Tandis que les indicateurs de santé progressent, il y a une stagnation, voire léger déclin, des indicateurs relatifs à l'éducation. L'espérance de vie à la naissance est de 65 ans en 2015 (59 ans en 2000). La mortalité des enfants de moins de 5 ans est de 50 pour mille en 2015, contre près de 110 en 2000 (BM, 2016). La scolarisation en école primaire s'est réduite de 91 pour cent en 2009 à 86 pour en 2013 et la moitié des enfants inscrits en primaire ne finit pas le cycle, en particulier les filles (AfDB, 2014). Au secondaire, elle progresse de 17 pour cent en 2005 à 31 pour cent en 2014. Le taux d'alphabétisation des personnes âgées de plus de 15 ans est de 65 pour cent en 2009, reculant depuis 2000 où il s'élevait à 70 pour cent, mais avec un écart selon le genre qui se resserre cependant (62 pour cent chez les femmes et 67 pour cent chez les hommes en 2009, contre 65 et 77 pour cent respectivement en 2000). Trois quarts des malgaches (51 pour cent des urbains et 82 pour cent des ruraux) vivent en dessous du seuil de pauvreté, particulièrement les ruraux et les familles dirigées par les femmes. Et ce, malgré un taux de chômage évalué à moins de 4 pour cent de la population active depuis 2010 (BM, 2016). La desserte en eau potable progresse de 40 pour cent de la population totale en 2002 à 52 pour cent en 2015 (82 pour cent en milieu urbain, 35 pour cent en milieu rural, contre 76 et 26 pour cent respectivement en 2002) (tableau 1). Environ 12 pour cent de la population totale a accès aux infrastructures sanitaires en 2015 (18 pour cent en milieu urbain et 9 pour cent en milieu rural), soit une très faible progression depuis 2000 (10 pour cent de la population totale) (JMP, 2015).

Économie, agriculture et sécurité alimentaire

Suite aux élections présentielles et parlementaires de 2013, la situation à Madagascar est de retour à la normale après 5 ans de crise interne socio-politique. Cette instabilité a eu de forts impacts sur le développement du pays et les activités économiques avec une croissance économique négative en 2009, et beaucoup plus faible qu'avant les évènements depuis et jusqu'à 2017 d'après les projections (AfDB, 2014). En 2014, le produit interne brut (PIB) s'élevait à 10 593 millions $EU et l'agriculture y contribuait pour 26 pour cent. Environ 80 pour cent de la population active travaille dans le secteur agricole.

La principale culture est le riz, pluvial ou irrigué, couvrant près de la moitié de la superficie cultivée, ainsi que le manioc, les haricots, le maïs et les tubercules (pommes de terre, patate douce, taro) en moindre mesure. L'agriculture se pratique sur l'ensemble de l'île, mais seuls 30 pour cent des sols cultivables sont cultivés. Les autres îles de l'Océan Indien étant petites et importatrices de nourriture, les potentialités physiques et de marché de l'île sont immenses. Un quart des cultures vivrières, 45 pour cent des cultures industrielles et 90 pour cent des cultures de rente (café, girofle, vanille, litchi, cacao, etc.) sont destinés au commerce. L'agriculture commerciale est concentrée le long de la côte est et dans le nord. En 2013, la production agricole a été très gravement touchée par une invasion acridienne et par des cyclones. La culture sur défriche-brulis, appelée «tavy» constitue non seulement un mode d'exploitation agricole des terres, mais aussi un mode traditionnel d'acquisition de la propriété foncière coutumière. Malgré son interdiction officielle depuis près de 200 ans, il reste fortement ancré dans les mœurs (FAO, 2016).

Plus de 80 pour cent des malgaches pratiquent l'élevage à des fins d'autoconsommation (JIRAMA, 2015). En 2013, le cheptel de Madagascar comptait 9 millions de bovins, près de 2 millions d'ovins et caprins, 1.3 million de porcins et 32 millions de volailles (MA, 2015). La pêche et l'aquaculture, encore peu développées et principalement destinées à la consommation locale, connaissent une forte croissance et occupent le deuxième rang des recettes d'exportations du secteur primaire, en particulier les crevettes, le thon, la langouste et le crabe (JIRAMA, 2015).

Près de 32 pour cent de malgaches sont sous-alimentés sur la période 2010-2012 (FAO, 2015), en particulier dans le sud avec 47 pour cent des enfants de moins de 5 ans souffrant de malnutrition chronique (AfDB, 2014).

Ressources en eau

Madagascar est drainé par de nombreux fleuves et rivières se jetant soit vers l'est dans l'Océan Indien ou vers l'ouest dans le Canal de Mozambique. Tous prennent leur source dans les hautes terres centrales qui divisent l'écoulement oriental–souvent torrentiel–de l'écoulement occidental–lent et irrégulier. Les cinq principaux bassins versants sont donc naturellement divisés et sont proches des quatre grandes régions climatiques de l'île:

  • le versant nord-est et la montagne d'Ambre
  • le versant du Tsaratanana, traversant l'île d'est en ouest, au sud du versant nord-est
  • le versant est
  • le versant ouest
  • le versant sud

Les cours d'eau sont généralement temporaires dans le sud où le climat est plus sec. De manière générale, le régime des eaux est très lié à celui des précipitations. Tout retard ou irrégularité affecte l'approvisionnement en eau. Environ 1 300 lacs et lagunes sont recensés. Les plus grands lacs naturels sont Kinkony, Anketraka, Ihotry, Tsimanampetsotsa à l'ouest, Alaotra à l'est et Itasy au centre. Les principaux lacs littoraux sont concentrés à l'est, où ces lacs réunis par des canaux artificiels le long de la cote sur plus de 600 km constituent le canal des Pangalanes. Neuf sites sont listés Ramsar en 2013 pour une superficie cumulée de plus d'un million ha, dont 0.7 million ha pour les zones humides entourant le lac Alaotra et plus de 0.35 million ha pour la rivière Nosivolo et ses affluents (Ramsar, 2013).

Les eaux souterraines sont utilisées principalement dans les zones semi-arides du sud et très peu dans les zones humides orientales.

Les eaux de surface renouvelables sont évaluées à 332 000 millions m³/an pour l'ensemble du pays. Les eaux souterraines renouvelables sont estimées à 55 000 millions m³/an. Compte tenu d'une partie commune entre eaux de surface et eaux souterraines estimée à 50 000 millions m³/an, les ressources renouvelables totales seraient de 337 000 millions m³/an, soit 13 900 m³/an/habitant en 2015 (tableau 2). Madagascar étant état insulaire, les ressources en eau renouvelables externes sont nulles, de même que l'indice de dépendance. Les 13 retenues les plus importantes ont une capacité totale d'environ 493 millions de m3, dont 108 millions sont destinés à l'irrigation et 385 millions à l'hydroélectricité.


L'assainissement est rudimentaire à Antananarivo, la capitale, comme dans l'ensemble du pays. La plupart des foyers ne disposent pas d'assainissement. Le système d'assainissement est constitué de cinq stations de pompage, de 47 km de réseau d'égouts collectant les eaux usées et les refoulant sans traitement vers les marais Masay, le canal d'Andriantany, le lac Anosy pour finir dans le fleuve Ikopa, à l'aval de la ville.

Utilisation de l'eau

Le prélèvement en eau renouvelable est estimé en 2005 à 13 557 millions m3 dont 13 000 millions m3 (MEEF, 2007) pour l'agriculture (96 pour cent), 395 millions m3 (MEEF, 2012) pour les municipalités (2.9 pour cent) et 162 millions m3 pour l'industrie (1.1 pour cent) (tableau 3 et figure 1). L'irrigation utilise l'eau de surface, vu le coût élevé d'exploitation des eaux souterraines. Les puits et les forages sont essentiellement destinés à l'approvisionnement en eau potable.




Irrigation et drainage

Évolution du développement de l'irrigation

Madagascar possède un potentiel d'irrigation d'environ 1 516 900 ha: 786 291 ha de périmètres formels équipés, 187 000 ha d'extensions de ces périmètres, qui ne sont pas encore équipés mais sont considérés irrigables, 300 000 ha de périmètres familiaux ou traditionnels, plus 243 600 ha résultant de l'inventaire effectué par SOGREAH en 1969. Ces derniers sont des plaines irrigables gravitairement à partir de barrages de retenue ou de dérivation, ou de prises directes au fil de l'eau et se limitent à des superficies de plus de 1 000 ha d'un seul tenant.

L'irrigation débuta à Madagascar suite à la disparition des forêts due à la culture sur brulis. Le riz était cultivé sur la côte est de l'île depuis des siècles lorsqu'elle s'est propagée. À la fin du 16ème siècle, les rois Mérina transformèrent quelques bas-fonds en rizières irriguées sur les hauts plateaux grâce à la construction de digues autour d'Alasora. Au 17ème siècle, les plaines autour d'Antananarivo furent graduellement transformées en vastes rizières en redirigeant l'eau de pluie pour contrôler l'inondation des superficies plantées. A la fin du 18ème siècle, la main d'œuvre des côtes a permis la conversion d'une large partie des hauts plateaux en monoculture de riz. Il existait alors deux types d'irrigation. Le premier dépendait des écoulements d'eau des montagnes qui étaient distribués à de nombreuses terrasses sur les pentes des montagnes. Des digues permettaient de contrôler la quantité d'eau entrant dans chaque terrasse et chaque rizière. Le second type d'irrigation dérivait l'eau des rivières des bas-fonds grâce à des barrages. L'eau était stockée dans des réservoirs et fournie aux champs aux alentours par des canaux. Les deux systèmes se sont développés en parallèle au 19ème siècle lorsque les grands périmètres ont été construits (Tiyambe Zeleza, 1997).

Depuis les années 1950, l'irrigation a bénéficié d'investissements publics. À l'indépendance, en 1960, un projet d'irrigation intensif débuta dans la région d'Alaotra avec la création de la Société malgache d'aménagement du Lac Alaotra (SOMALAC) en 1961. A la fin des années 1970, débuta la «bataille du riz» visant à développer encore plus la riziculture pour parvenir à l'autosuffisance. Pour ce faire, fut lancé en 1978 une opération de micro-hydraulique pour réaliser des petits barrages d'irrigation et remplacer les ouvrages traditionnels insuffisants et fragiles. Cependant la rapide dégradation de l'ensemble des infrastructures hydroagricoles requiert de nombreuses réhabilitations. Le Programme périmètres irrigués depuis 1985 et le Programme national bassins versants périmètres irrigués (PNBVPI) depuis 2006 se sont concentrés sur la réhabilitation ou la réparation d'urgence des infrastructures hydroagricoles endommagés par des cyclones.

L'irrigation à maîtrise totale couvrait en 2000 une superficie totale de 1 086 291 ha (tableau 4). Ajoutant une superficie de 9 750 ha de cultures de décrue non-équipées, la superficie totale avec contrôle de l'eau agricole était 1 096 041 ha. L'alimentation en eau de la superficie en maîtrise totale est essentiellement gravitaire à partir des eaux de surface. Les ouvrages d'alimentation les plus courants sont les prises au fil de l'eau et les barrages de dérivation. Seuls 3 500 ha dans la plaine de Basse-Betsiboka (Marovoay) étaient irrigués par 13 stations de pompage. En ce qui concerne la technique d'irrigation, tout était irrigation de surface sauf 2 400 ha de canne à sucre irrigués par aspersion dans la plaine de Morondava Dabara.



En 2013, la superficie totale avec contrôle de l'eau agricole a augmenté pour atteindre 1.2 million ha (MA, 2013), incluant 904 785 ha de superficies équipées pour l'irrigation en maîtrise totale, 254 562 ha de cultures de bas-fonds non-équipés et 40 653 ha de cultures de décrue non-équipées (figure 2). L'irrigation à maîtrise totale est prédominante dans les provinces de Antananarivo et Fianarantsoa notamment, alors que les cultures de bas-fonds non-équipées sont principalement pratiquées dans la province de Mahajanga (MA, 2007).


Le secteur irrigué est généralement présenté en:

  • Grands périmètres irrigués (GPI) de surface unitaire supérieure à 2 500 ha.
  • Petits périmètres irrigués (PPI) entre 200 ha et 2 500 ha.
  • Micro-périmètres irrigués (MPI) inférieurs à 200 ha.
  • Périmètres familiaux (PF) (quelques centaines de m2) qui couvriraient une superficie totale de 300 000 ha. Ils se distinguent par des aménagements de conception et construction rudimentaire, sans intervention gouvernementale. Les canaux y sont en terre, les ouvrages hydrauliques en bois, et les prises d'eau de simples saignées pratiquées sur les berges des canaux. Les parcelles ne sont pas protégées contre les crues ni contre les ruissellements des eaux des bassins versants. Sont très rares, pour ne pas dire inexistants, les systèmes d'exhaure manuelle ou l'irrigation par pompage. Ces infrastructures sont temporaires et doivent donc être réparées ou reconstruites à chaque début de campagne, surtout après une saison de pluie abondante. Il n'est pas rare de voir de tels périmètres abandonnés à cause des dégâts provoqués aux installations par les crues ou de l'ensablement des parcelles. On les rencontre dans des dépressions fermées et leur superficie ne dépasse pas 10 ha d'un seul tenant. Ils ne font pas l'objet de recensements reproduits sur un plan cadastral.

Depuis l'adoption en 2006 de la lettre politique sur le développement des bassins versants et des périmètres d'irrigation, les périmètres sont classés suivant la complexité des infrastructures hydroagricoles et le mode de gestion et d'entretien du périmètre plutôt que suivant le critère de superficie. On distinguera dès lors: i) les périmètres partenaires où l'État intervient dans la gestion et l'entretien des ouvrages non transférés aux Associations d'usagers de l'eau (AUE); ii) les périmètres autonomes où seules les AUE sont responsables de la gestion de l'entretien de leur périmètre. Dans cette nouvelle classification, tous les GPI sont classés dans les périmètres dits partenaires, tous les MPI et les PF dans les périmètres dits autonomes, et les PPI se trouvent suivant le cas soit dans la première soit dans la deuxième catégorie.

Rôle de l'irrigation dans la production agricole, l'économie et la société

L'irrigation occupe une place importante dans le secteur agricole de Madagascar, fournissant de l'eau à plus d'un million d'ha ou 29 pour cent de la superficie cultivée (comparé à 6 pour cent en moyenne pour l'Afrique sub-saharienne). Les cultures irriguées représentent 15 pour cent du PIB et 70 pour cent de la production agricole (BM, 2006). La riziculture domine largement l'agriculture irriguée. D'après le recensement agricole de 2005, près de 70 pour cent des exploitations rizicoles pratiquaient l'irrigation par canaux, i.e. à maîtrise partielle ou totale. Et la riziculture irriguée (en maîtrise totale ou en contrôle de l'eau) représentait 79 pour cent de la superficie récoltée en riz du pays, soit 1 244 847 ha en 2005 (MA, 2007). Cette superficie ne cesse d'augmenter pour atteindre 1 620 615 ha en 2008 dont 1 060 000 ha sont irrigués en saison haute, 280 000 ha en contre-saison et 281 000 ha en pluvial.

Les rendements du riz ont progressé de 2.3 tonnes/ha en moyenne en 2003 à 3.03 tonnes/ha en 2008. Cette moyenne inclue les rendements du riz irrigué–3.33 tonnes/ha en saison haute et 2.97 tonnes/ha en contre-saison–et non irrigué–1.97 tonnes/ha.

La production de riz requiert environ 242 millions de jour de travail chaque année, soit l'équivalent de 970 000 postes à temps complet. La transformation et la commercialisation du riz requiert 70 000 postes supplémentaires (JICA, 2009).

Les autres cultures irriguées sur l'île sont la canne à sucre et le coton. Les superficies récoltées en canne à sucre couvrent environ 23 500 ha en 2010, mais la proportion irriguée n'est pas connue. Les superficies en coton ont fortement diminuées suite à la chute du prix du coton et n'apparaissent pas dans les statistiques agricoles de 2009-10 (MA, 2012a).

Le blé et les légumes sont cultivés dans les bas-fonds ou sur les rizières après la récolte de riz en cultures de contre-saison. Elles ne sont pas irriguées, mais profitent de l'humidité résiduelle du sol et de la faible profondeur de la nappe phréatique.

Femmes et irrigation

A Madagascar, comme dans beaucoup de pays africains, les femmes sont responsables de la collecte de l'eau. Dans le sud du pays, elles doivent parcourir des distances de plus en plus longues pour trouver de l'eau (PNUD, 2012).

La coexistence des droits traditionnels, du droit moderne et des pratiques locales sont souvent à l'origine de l'inégalité de l'accès à la terre entre hommes et femmes. La propriété foncière leur est, en effet, souvent refusée. Elles ne peuvent que très rarement acquérir des terres du fait de règles coutumières, en particulier dans le sud, et n'héritent pas de leur père ni de leur mari, sauf dans le sud-est. Même alors, la terre des femmes revient à leurs familles une fois qu'elles quittent le village pour se marier. L'accès à la terre montre une forte inégalité selon le sexe avec seulement 15 pour cent des terres sont au nom d'une femme, comparé à 52 pour cent au nom d'un homme (FAO, 2016).

La division des tâches entre femmes et hommes est bien définie. Les femmes s'occupent du foyer–repas, enfants–et des tâches agricoles moins pénibles physiquement et techniques, telle que la collecte de l'eau, le désherbage, la plantation et la transplantation. Le défrichage et le labour sont considérés comme des tâches revenant aux hommes (Jarosz, 1991). Du fait de cette division des tâches, les femmes ont été de plus en plus marginalisées de la production de riz irrigué du fait de sa forte dépendance technologique depuis la Révolution Verte, qui correspond plus au travail des hommes (Mitchell, 1997). Ainsi les femmes ont peu de contrôle sur les ressources–terres, eaux, revenus familiaux–et sont très largement absentes des instances de gestion communautaires de l'eau (AfDB, 2013).

État et évolution des systèmes de drainage

En 2005, sur les 979 802 ha de riz irrigué récolté (incluant les superficies non-équipées en contrôle de l'eau uniquement), 679 818 ha sont drainés et 299 984 ha ne le sont pas (MAEP, 2007). On estime qu'environ la moitié des superficies équipées pour l'irrigation à maîtrise totale est drainée.

Gestion de l'eau, politiques et dispositions législatives régissant l'utilisation d'eau en agriculture

Institutions

Les principales institutions participant à la gestion de l'eau sont:

  • Le Ministère de l'eau, de l'assainissement et de l'hygiène (MEAH), dérivant depuis 2015 du Ministère de l'eau (créé en 2008), et en particulier sa:
    • Direction de la gestion des ressources en eau (DGRE)
  • Le Ministère auprès de la Présidence chargé de l'agriculture, de l'élevage (MPAE):
    • Direction générale de l'agriculture (DGA):
      • Direction de la promotion et du développement rizicole (DPDR)
      • Direction du génie rural (DGR):
        • Le Service de l'irrigation, de l'équipement et de l'aménagement (SIEA)
        • Le Service d'appui à la gestion des périmètres irrigués (SAGPI)
  • Le Ministère de l'environnement, de l'écologie et des forêts (MEEF) et son Office national de l'environnement (ONE).

Les institutions dédiées plus spécifiquement à l'eau potable et l'assainissement sont:

  • L'Autorité nationale de l'eau et de l'assainissement (ANDEA)
  • Le Centre national de l'eau, de l'assainissement et du génie rural (CNEAGR)
  • Le Service autonome de maintenance de la ville d'Antananarivo (SAMVA)

Gestion de l'eau

Avant 1985, la gestion des grands périmètres était assurée par des Sociétés d'État et celle des petits périmètres par les Services du génie rural. A la fin des années 1980, l'état s'est désengagé de son rôle de gestionnaire des périmètres hydroagricoles et a mis en place des Associations d'usagers de l'eau (AUE). Les AUE sont les gestionnaires des ouvrages hydroagricoles présents dans leur périmètre, ils sont également responsables de leur entretien et fonctionnement, mais les infrastructures restent la propriété de l'état qui prend en charge leur réhabilitation et l'entretien lorsqu'il s'agit de gros travaux. Depuis 1994, toute action menée sur les périmètres irrigués est basée sur des méthodes participatives qui prévoient l'intervention d'acteurs locaux (paysans bénéficiaires, élus) depuis le stade de l'étude jusqu'à celui de la réception définitive des travaux.

Financement

L'eau proprement dite n'est pas payante, mais les AUE supportent les frais relatifs à l'entretien de leurs périmètres et au fonctionnement de leur bureau, frais qu'elles déterminent elles-mêmes en fonction de leur programme de travail. Les usagers payent une redevance à l'AUE pour couvrir ces frais. L'État assure l'encadrement technique et l'entretien des gros ouvrages dits stratégiques non transférés, et intervient dans les gros travaux de réparation des infrastructures transférées. Le Fonds d'entretien des réseaux hydroagricoles (FERHA) créé en 2002 n'était pas opérationnel et a été remplacé en 2015 par les Fonds de remise en état et d'entretien des réseaux hydroagricoles (FRERHA) national et régionaux.

Politiques et dispositions législatives

La gestion du secteur de l'eau relève principalement du Code de l'eau (loi n°98-029) datant de 1999. Elle érige l'eau en patrimoine de la nation, i.e. un bien public relevant du domaine public dont chaque collectivité est le garant dans le cadre de ses compétences. À ce titre, le code de l'eau fixe les conditions permettant d'assurer la gestion intégrée des ressources en eau et met en place un cadre institutionnel pour promouvoir le développement rationnel du secteur de l'eau et de l'assainissement. Dans ses articles 29 à 31 figurent les dispositions relatives à l'eau d'irrigation. Il est ainsi précisé que tout projet d'irrigation privé requière l'avis de l'ANDEA pour l'utilisation des ressources en eaux aussi bien de surface que souterraines (MA, 2012b). La loi n°90-016 de 1990 a fixé les modalités du transfert de la gestion des périmètres irrigués aux AUE, et déterminé ainsi la création des AUE. Le décret n°2003-793 fixe la procédure d'octroi des autorisations de prélèvements d'eau et le n°2003-940 précise les périmètres de protection des eaux souterraines. Enfin la loi n°2014-042 régit la remise en état, la gestion, l'entretien, la préservation et la police des réseaux hydro-agricoles et remplace la loi n°90-016 de 1990.

Plus généralement, la politique nationale de l'environnement est déclinée dans la nouvelle Charte de l'Environnement (loi n°2015-003).

Les principales politiques et stratégies relatives au secteur de l'eau sont:

  • La lettre de Politique sectorielle eau et électricité 2007
  • La Stratégie nationale de l'eau, de l'assainissement et de l'hygiène 2013-2018
  • Le Plan d'action environnemental (PNAE) reconduit pour de nouvelles phases depuis 1991.

Environnement et santé

La déforestation est le problème environnemental le plus important à Madagascar. Elle est due aux besoins énergétiques en bois, à l'exploitation minière, mais également au système traditionnel de production en «tavy», c'est-à-dire de défriche-brûlis (PNUD, 2012; MA, 2015). La déforestation a des conséquences graves sur l'érosion, entraînant une baisse de la fertilité, ainsi que sur la sédimentation, que ce soit des rivières, des récifs coralliens ou des périmètres irrigués (BM, 2010). Les atteintes à l'environnement (déforestation, feux de brousse) constituent ainsi des contraintes majeures à la pérennité des périmètres. Mais la transformation de marais et de mangroves en rizières aggrave également la pression sur la biodiversité (PNUD, 2012) et accélère la déplétion du capital naturel et les espèces endémiques (AfDB, 2014).

La qualité des eaux n'est encore que peu dégradée du fait de l'utilisation réduite des produits phytosanitaires et des engrais. Cependant, l'absence de traitement des eaux usées municipales est une source de pollution majeure en zones urbaines à la fois des eaux superficielles et des eaux souterraines, de même que les sites de dépôts des déchets ménagers et les rejets industriels (MEEF, 2012). Par ailleurs, l'exploitation minière peut également, de manière localisée, polluée les ressources en eaux (AfDB, 2014).

Enfin, Madagascar se trouve parmi les pays les plus vulnérables au niveau mondial face au changement climatique (MA, 2015).

Perspectives pour la gestion de l'eau en agriculture

La riziculture reste la filière largement dominante du secteur irrigué. En matière de développement rural, l'irrigation est donc l'une des principales préoccupations. Le but est non seulement l'autosuffisance alimentaire et particulièrement en riz, principalement aliment de la population, mais également l'exportation de riz dans la région avec 2.32 millions ha de riziculture et 1.2 million de tonnes de riz exporté en 2020 (MA, 2015). Les objectifs de l'irrigation sont d'améliorer la disponibilité en eau et son usage efficient dans les périmètres d'irrigation, de transférer les structures d'irrigation modernisées aux bénéficiaires, et de renforcer la durabilité des périmètres. Pour atteindre ces objectifs, les priorités du secteur irrigué sont:

  • Réhabilitation/modernisation des périmètres existants
  • Développement de structures d'irrigation efficientes
  • Développement de capacité des AUE et techniciens

Pour la période 2009-2013, l'objectif était de réhabiliter 150 000 ha et d'équiper 10 000 ha additionnels, pour la période 2013-2018, ce sont 200 000 ha supplémentaires réhabilités et une extension des superficies équipées de 10 000 ha (JICA 2009). Cependant, la réparation des dégâts causés par les cyclones prennent souvent du temps et retardent de beaucoup la réalisation des travaux.

Principales sources d'information

AfDB, 2013. Projet de réhabilitation des infrastructures agricoles de la région Sud-Ouest (PRIASO). Banque Africaine de Développement.

AfDB. 2014. Combined report on the 2014-2016 interim country strategy paper (I-CSP) and the country portfolio performance review (CPPR). Banque Africaine de Développement.

BM. 2006. Watershed management project. Project information document (PID). Appraisal stage report No.: AB2420. Banque Mondiale.

BM. 2010. L'environnement à Madagascar: un atout à préserver, des enjeux à maîtriser. Banque Mondiale.

BM. 2016. World Development Indicators. World DataBank. Banque mondiale.

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JMP. 2015. Progrès en matière d'alimentation en eau et d'assainissement – Rapport 2014. WHO/UNICEF Joint Monitoring Programme for Water Supply and Sanitation.

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MA. 2012a. Statistiques agricoles annuaire 2009-10. Ministère de l'Agriculture.

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MA. 2013. Seul 10 pour cent des périmètres irrigués le sont réellement. Interview d'Olivia Rafalimanana, directrice de la régie rurale auprès du Ministère de l'Agriculture.

MA. 2015. Programme sectoriel agriculture: Plan national d'investissement agricole. Ministère de l'Agriculture

MEEF. 2007. Rapport sur l'état de l'environnement 2007. Ministère de l'Environnement et des Forêts.

MEEF. 2012. Rapport sur l'état de l'environnement 2012. Ministère de l'Environnement et des Forêts.

Mitchell, Bruce. 1997. Resource and environmental management. Routledge.

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PNUD. 2016. 2015 Human Development Report. Programme des Nations Unies pour le Développement.

Ramsar. 2013. The list of wetlands of international importance.

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