Tunisie

Année: 2005 Date de révision: -- Type de révision: --

Rapport régional: Rapport sur l'eau 29, 2005

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Carte et barrages:

Tableaux et figures:

Fiche et H2O:
Déni de responsabilité


Géographie, climat et population

La Tunisie, située au nord de l’Afrique en bordure de la mer Méditerranée et du grand Sahara, a une superficie totale de 163 610 km2, dont 11 160 km2 de lacs et de chotts. Elle comprend environ 11.36 millions d’ha de sols aptes à porter de la végétation. Cette superficie est en légère décroissance par l’expansion des centres urbains et des zones humides artificielles (barrages) et par la progression de la désertification. À l’inverse, elle est étendue par l’aménagement de nouveaux périmètres irrigués sur des sols désertiques. La superficie cultivable est estimée à 8.7 millions d’ha.

Le pays peut être divisé en quatre régions physiographiques:

  • les montagnes au nord-ouest, qui se trouvent à l’est de deux chaînes montagneuses, l’Atlas El-Talli et l’Atlas saharien, s’étendant du Maroc à travers l’Algérie jusqu’en Tunisie et dont le sommet s’élève à 1 500 m en Tunisie. Cette région est traversée par des rivières permanentes;
  • les montagnes au sud, inclinées vers l’est jusqu’aux plaines côtières et vers le ouest jusqu’aux plaines désertiques recouvertes de dunes de sable;
  • les plaines côtières, qui sont de vastes plaines longeant la mer Méditerranéenne;
  • les plaines désertiques, qui sont la limite nord du grand désert du Sahara. Plusieurs chotts sont présents dans cette plaine, le plus grand étant le Shat El-Jarid d’une superficie de 5 000 km2 et situé à 15 m en dessous du niveau de la mer.

La superficie cultivée (cultures annuelles et permanentes), évaluée à 4.9 millions d’ha, soit 30 pour cent de la superficie totale du pays et 56 pour cent de la superficie cultivable, est restée relativement stable au cours des dernières décennies (tableau 1).


Le climat de la Tunisie est essentiellement de type méditerranéen. La pluviométrie moyenne est estimée à 207 mm/an, avec un minimum équivalant au tiers et un maximum au triple de cette valeur. Outre cette variabilité dans le temps, on enregistre des différences importantes dans la répartition des précipitations dans l’espace. La pluviométrie annuelle moyenne est de 594 mm au nord, de 296 mm au centre, de 156 mm au sud et de moins de 100 mm dans l’extrême sud-ouest. Environ 80 pour cent de la pluviométrie se concentrent entre les mois d’octobre et mars. L’évapotranspiration potentielle annuelle varie de 1 200 mm dans le nord à 1 800 mm dans le sud.

La population totale de la Tunisie est estimée à 9.9 millions d’habitants (2004), soit une densité moyenne de 61 habitants/km2 (tableau 1). Le taux d’accroissement annuel de cette population est en diminution depuis le milieu des années 1980 et reste inférieur à 1.2 pour cent. La population rurale ne représente que 36 pour cent environ de la population totale et le pays est en train de s’urbaniser rapidement (plus de 75 pour cent d’ici 2025). Le changement fondamental qui s’opère est caractérisé par une population rurale qui semble avoir atteint son apogée, et qui commence lentement à diminuer, migrant vers les zones urbaines côtières. Le taux d’analphabétisme de la population atteint 24 pour cent et celui du chômage 15 pour cent. La desserte en eau potable est estimée à 82 pour cent de la population totale (94 pour cent en milieu urbain, 60 pour cent en milieu rural) (tableau 1). Le taux de couverture sociale est de l’ordre de 84 pour cent.

Économie, agriculture et sécurité alimentaire

Le rôle de l’agriculture dans la croissance économique nationale demeure important, même si, en pourcentage, le PIB agricole tend à diminuer lentement. En 2003, le secteur agricole représentait 12.9 pour cent du PIB, occupait 23 pour cent de la population active et comptait 471 000 exploitations ayant une superficie moyenne de 11 ha environ, tandis que l’industrie et les services absorbaient 29.3 pour cent et 60.4 pour cent du PIB respectivement. Aux exportations de produits agricoles (principalement l’huile d’olive et les fruits) sont imputables plus de 20 pour cent du total des exportations. En raison des conditions climatiques aléatoires, l’agriculture reste tributaire d’une base de ressources limitée et fragile. La croissance moyenne du PIB agricole s’est réalisée à un taux réel de 2.6 pour cent au cours de la période 1997-2001, même si cette croissance n’était généralement pas uniforme. Une caractéristique clé de la performance moyenne du secteur agricole est sa croissance plus rapide que celle de la démographie, ce qui se traduit par un PIB agricole/habitant qui a plus que doublé, et par d’autres impacts positifs sur l’économie en général.

La sécurité alimentaire continue à poser des problèmes sérieux à la Tunisie, tant à cause des aléas climatiques que de la raréfaction des ressources naturelles. Le bilan commercial alimentaire n’atteint actuellement qu’une moyenne de 81 pour cent, avec une évolution marquée, au cours des dernières années, de l’importation des produits céréaliers, des huiles végétales et du sucre. Les principales exportations concernent l’huile d’olive, les dattes et les produits de la pêche. Le nouveau protocole d’accord signé avec l’Union européenne et datant de 2000 vise particulièrement à renforcer la libéralisation des échanges des produits agricoles et la mise à niveau du secteur agricole.

Ressources en eau

Le réseau hydrographique est dense au nord où l’oued Medjerda constitue le fleuve le plus important. Les bassins du nord fournissent des apports relativement réguliers et importants évalués à 82 pour cent des ressources en eau de surface du pays. Les bassins du centre et du sud sont caractérisés par des apports faibles et irréguliers. Le nord se distingue aussi par sa richesse en eaux souterraines peu profondes (plaines côtières du nord-est). Le centre est relativement bien loti en eaux souterraines profondes et peu profondes présentant une qualité moyenne à médiocre. Le sud se caractérise par son potentiel de nappes peu renouvelables provenant du continental intercalaire (propriétés géothermiques, température avoisinant les 75°C) et en partie du complexe terminal.

Les zones humides naturelles, telles que les sebkhats, chotts et lagunes, d’une superficie totale de 8 220 km2, sont des caractéristiques particulières dues à la topographie, à l’irrégularité des précipitations et à l’aridité du climat. Les sebkhats sont les plus répandues. Ce sont des dépressions intérieures qui se remplissent d’eau en hiver et s’assèchent en été; la salinité des eaux y est généralement variable et élevée. Le lac Ichkeul de 9 000 ha est la réserve naturelle la plus renommée. Les lacs artificiels des retenues de barrages commencent à se développer; leur superficie actuelle est estimée à environ 15 000 ha.

Les eaux de surface renouvelables internes sont évaluées à 3.100 km3/an et les eaux souterraines renouvelables à 1.495 km3/an. Considérant une partie commune entre eaux de surface et eaux souterraines, estimée à 0.400 km3/an, les ressources renouvelables totales internes seraient de 4.195 km3/an (tableau 2). Les ressources fossiles exploitables sont évaluées à 0.650 km3. Les ressources en eau renouvelables totales, considérant les eaux de surface et souterraines qui entrent par l’Algérie, sont de 4.595 km3/an.


Environ 2.100 km3/an des ressources en eau de surface sont exploitables grâce à des réservoirs. Il sera possible à l’avenir de valoriser le reste par de grands travaux de conservation des eaux et du sol et par des systèmes de recharge des nappes souterraines.

En ce qui concerne les ressources renouvelables en eau souterraine on distingue deux catégories en fonction de la profondeur de la nappe:

  • jusqu’à 50 m, les eaux sont définies comme phréatiques et peuvent être utilisées pour l’exploitation privée, avec cependant quelques restrictions (périmètres de sauvegarde ou d’interdiction) pour les nappes en surexploitation. Le potentiel est estimé à 0.745 km3/an, mais le volume réellement exploité est de 0.780 km3/an d’où un taux de surexploitation de l’ordre de 5 pour cent;
  • au-delà de 50 m, les eaux souterraines dites profondes sont essentiellement réservées à l’exploitation publique. Le potentiel est estimé à 1.400 km3/an dont 0.650 km3 provenant des nappes fossiles du sud.

La capacité totale des barrages d’une hauteur de plus que 15 m est estimée à 2.555 km3. Les ressources totales exploitables de la Tunisie, évaluées actuellement sur une base moyenne, sont de l’ordre de 4.245 km3/an. À l’état actuel, le volume développé au moyen de grands barrages, de barrages collinaires, de lacs collinaires, de forages et de puits de surface est estimé à 3.598 km3, soit un taux de mobilisation de l’ordre de 85 pour cent. À la politique de création des grands barrages sont associés des grands aménagements de lutte contre les inondations pour protéger les villes et les terres agricoles.

L’emploi des ressources en eau non conventionnelles a été pris en considération depuis les 30 dernières années. Le potentiel des eaux usées traitées, actuellement estimé à 0.148 km3/an, devrait atteindre 0.385 km3/an en l’an 2020. La production d’eau dessalée à partir des ressources souterraines saumâtres du sud est évaluée au stade actuel à 0.013 km3/an; elle est destinée essentiellement à l’approvisionnement en eau potable des centres urbains dans la région du sud-est.

Eaux internationales: enjeux

Les écoulements des oueds reçus par la Tunisie à partir de l’Algérie sont de l’ordre de 0.300 km3/an, dont 0.168 km3 provient du bassin de la Medjerda. Les écoulements vers l’Algérie sont estimés à 0.177 km3/an. Les bassins souterrains du continental intercalaire et du complexe terminal constituent des ressources communes entre la Tunisie, l’Algérie et la Libye. Suite à des accords entre la Tunisie et l’Algérie, a été instituée en 1984 une Commission technique mixte de l’hydraulique et de l’environnement comme cadre de concertation et d’échange d’informations sur les questions communes relatives à l’eau et à l’environnement.

Utilisation de l’eau

Les prélèvements totaux en eau atteignent 2.640 km3/an dont 2.165 km3/an sont destinés à l’irrigation, soit 82 pour cent (tableau 3 et figure 1). Les eaux souterraines constituent 70 pour cent de ces prélèvements mais elles font l’objet de surexploitation dans certaines nappes phréatiques du nord-est et du centre. À l’avenir, la demande agricole ira sans cesse en augmentant pour atteindre 2.540 km3/an en 2010 tout en conservant sa position prédominante par rapport aux autres secteurs d’utilisation (80 pour cent irrigation, 16 pour cent eau potable, 4 pour cent industrie). L’emploi des eaux usées traitées évoluera, passant de 21 millions de m3/an au stade actuel à 50 millions de m3/an au même horizon 2010. Un vaste programme d’économie d’eau en irrigation a été réalisé depuis 1995 en vue de maîtriser la consommation d’eau agricole et de réduire les exigences de l’irrigation dans le long terme.



Irrigation et drainage

La Tunisie dispose d’une superficie cultivée par habitant parmi les plus élevées d’Afrique (environ 500 ha pour 1000 habitants en 2002), mais le taux d’irrigation de ces terres est faible (< 7 pour cent). L’aridité du climat, la dégradation de la qualité des sols due à l’érosion, l’irrégularité des précipitations et l’insuffisance des ressources en eau expliquent les faibles performances en matière de production de l’agriculture pluviale.

Évolution du développement de l’irrigation

Compte tenu des ressources en eau affectées au secteur de l’agriculture, le potentiel d’irrigation est estimé à 560 000 ha. Ce chiffre comprend 410 000 ha pour les périmètres en maîtrise totale ou partielle et 150 000 ha pour l’irrigation de complément et les épandages de crues.

La superficie totale avec contrôle de l’eau était de l’ordre de 394 000 ha en 2001, à savoir 367 000 ha pour une maîtrise totale ou partielle avec des ressources en eau quasi permanentes, et 27 000 ha d’irrigation par épandage de crues ou d’irrigation de complément selon la disponibilité des ressources (tableau 4 et figure 2). La superficie équipée pour l’irrigation en maîtrise totale ou partielle comprend:

  • 166 000 ha d’irrigation de type informel équipés sur de petits périmètres constitués à titre individuel par les agriculteurs (environ 70 000 exploitants agricoles concernés), grâce à des investissements privés, à partir de puits de surface et de forages profonds ou par pompage dans les oueds;
  • 201 000 ha équipés sur des périmètres à réseau d’irrigation collectif, à partir de forages profonds et barrages collinaires pour les périmètres moyens (77 000 ha, 25 000 exploitants agricoles concernés), et à partir de retenues de barrages pour les grands périmètres (124 000 ha, 30 000 exploitants agricoles concernés). Ces périmètres ont été réalisés au moyen d’investissements publics.




Les réseaux collectifs sont généralement modernes et étanches en vue d’économiser l’eau et d’éviter dans certains cas l’engorgement des sols: réseaux en canaux préfabriqués ou en conduites basse pression pour l’irrigation de surface, et réseaux en conduites sous pression pour l’irrigation par aspersion. L’efficience de ces réseaux est d’environ 85 pour cent.

Grâce à des subventions accordées par l’État à partir de 1995, les techniques modernes d’irrigation ont évolué d’une façon marquée dans les différents périmètres irrigués. En 2001, les superficies équipées pour une irrigation de surface étaient de 215 000 ha dont 91 000 en irrigation de surface améliorée et 124 000 en irrigation de surface de type traditionnel; les superficie équipées pour l’irrigation par aspersion s’élevaient à 90 000 ha, tandis que 62 000 ha avaient des systèmes d’irrigation localisée. Ces derniers n’occupaient que 6 000 ha en 1991 (tableau 4 et figure 3). L’efficience moyenne à la parcelle est estimée à 68 pour cent.


Les eaux souterraines constituent la source principale d’approvisionnement en eau d’irrigation et plus de 61 pour cent de la superficie équipée est irriguée par ces eaux (tableau 4 et figure 4). Environ 33 pour cent de la superficie équipée reçoit l’eau de surface et 2 pour cent des eaux usées traitées, tandis que la superficie restante, environ 4 pour cent, est irriguée par un mélange d’eaux de surface et d’eaux souterraines. Dans l’ensemble, l’irrigation est à caractère «énergétique» et 95 pour cent des périmètres sont munis d’un système de pompage. La capacité totale de pompage était estimée à 150 000 kW environ en 2000.Rôle de l’irrigation dans la production agricole, l’économie et la société


Le mode de faire-valoir direct intéresse 91 pour cent des terres irriguées, alors que la location ou le fermage ne couvre que 2.5 pour cent, et le métayage ou les autres formes 6.5 pour cent. Environ 98 pour cent des exploitants agricoles assurent par eux-mêmes la gestion directe des exploitations. La taille moyenne des exploitations agricoles irriguées est de 2.9 ha, ce qui dénote le caractère encore social de l’irrigation et la tendance vers l’intensification agricole dans certains périmètres irrigués en vue de maintenir un niveau de revenu acceptable. Environ 45 pour cent des périmètres irrigués sont des petits périmètres de moins de 50 ha (tableau 4 et figure 5).


Les deux tiers environ des périmètres irrigués en maîtrise totale ou partielle sont consacrés à l’arboriculture et aux cultures maraîchères (tableau 4 et figure 6). L’arboriculture est représentée notamment par les espèces de type méditerranéen: oliviers à huile et de table, agrumes (oranges-maltaises, clémentines) et palmiers dattiers dans le sud (Deglet Nour pour 65 pour cent de la production). Les espèces à noyaux et à pépins se sont notablement étendues au cours des deux dernières décennies. Le maraîchage reste dominé par les tomates, les piments, les pommes de terre et les cucurbitacées. Ce type de culture s’étend sous irrigation dans la majorité des périmètres irrigués. Les cultures sous abri froid se sont développées à partir des années 1970 et occupent actuellement 7 700 ha environ. La géothermie dans certaines régions du sud (Gabès, Kébili, Tozeur) a permis d’étendre les cultures maraîchères sous abri chaud sur 120 ha, ce qui classe la Tunisie au troisième rang pour ce secteur (10 000 tonnes de production dont 20 pour cent destinés à l’exportation).


Les céréales (blé dur et tendre, orge) et les fourrages occupent 17 pour cent et 13 pour cent respectivement des périmètres. La faible superficie irriguée en céréales est remarquable. En effet ce type de culture, présent essentiellement au nord, n’est pas totalement irrigué et dépend beaucoup des pluies automnales. L’encouragement gouvernemental accordé à l’élevage laitier a entraîné une évolution de l’irrigation vers les cultures fourragères. La production du secteur irrigué est estimée à 35 pour cent (en valeur) de la production agricole totale; sa participation à l’exportation agricole est de 20 pour cent et à l’emploi agricole de 27 pour cent.

Les coûts d’aménagement des périmètres publics et privés irrigués se situent entre 5 185 et 7 540 dollars EU/ha selon la taille des périmètres. Le coût de réhabilitation varie entre 975 et 1 540 dollars EU/ha selon le niveau de remplacement des équipements à engager. Le coût d’exploitation et d’entretien annuel va de 96 à 222 dollars EU/ha en fonction du volume d’eau d’irrigation consommé par hectare, dont de 25 à 35 pour cent sont consacrés à l’énergie. Le coût moyen des installations d’irrigation sous pression sur les exploitations agricoles varie selon les techniques utilisées: 1 100 dollars EU/ha pour l’aspersion, 2 200 dollars EU/ha pour l’irrigation localisée.

État et évolution des systèmes de drainage

L’assainissement agricole occupant 192 000 ha intéresse presque exclusivement les périmètres publics irrigués. Le drainage souterrain concerne environ 30 000 ha dans les périmètres où existe le risque d’un rehaussement de la nappe phréatique sous l’effet de l’irrigation. Ce type de drainage s’effectue par fossés profonds ou drains en poterie et PVC. Les périmètres du nord et les oasis sont à fort risque d’hydromorphie liée à l’irrigation. Le coût d’aménagement du drainage souterrain est de l’ordre de 1 100 dollars EU/ha. Seuls 10 pour cent des terres équipées de drainage souterrain le sont par pompage.

Gestion de l’eau, politiques et dispositions législatives régissant l’utilisation d’eau en agriculture

Institutions

Le Ministère de l’agriculture, de l’environnement et des ressources hydrauliques (MAERH) est l’opérateur principal dans le domaine de l’eau. Les Directions générales les plus importantes dans ce ministère et qui s’occupent directement de l’eau sont:

  • La Direction générale des ressources en eau (DGRE), chargée du suivi et de l’évaluation des ressources en eau.
  • La Direction générale des barrages et des grands travaux hydrauliques (DGBGTH), dont les principales activités sont la construction des barrages et des grands aménagements hydrauliques, et la gestion des barrages.
  • La Direction générale du génie rural et de l’exploitation des eaux (DGGREE), qui est responsable de l’irrigation/drainage, de l’équipement rural et de l’approvisionnement en eau des populations rurales.

Les commissariats régionaux au développement agricole (CRDA), qui sont rattachés au MAERH, sont des établissements publics administratifs dotés de la personnalité morale et de l’autonomie financière, chargés à l’échelle régionale des travaux d’aménagement des périmètres publics irrigués. La gestion de ces périmètres est partagée entre les CRDA et les groupements d’intérêt collectif. Les CRDA, avec l’appui de l’Agence de la vulgarisation et de la formation agricole (AVFA), sont responsables de la diffusion des techniques agricoles et d’irrigation dans les différents périmètres irrigués.

D’autres établissements publics sous tutelle du même ministère ont un rapport plus ou moins direct avec les opérations d’aménagement et de gestion des périmètres publics: SECADUNORD (exploitation et maintenance des grandes adductions de transfert d’eau), l’Agence foncière agricole (application de la loi de réforme agraire et suivi de la mise en valeur).

La coordination du secteur de l’eau est assurée par le Secrétariat d’État aux ressources hydrauliques et à la pêche.

L’Agence nationale de la protection de l’environnement (ANPE) est l’organisme public sous tutelle du Secrétariat d’État à l’environnement chargé du suivi de la qualité des eaux et de la lutte contre la pollution.

Gestion de l’eau

La gestion des périmètres publics irrigués est assurée directement par les CRDA pour les grands périmètres et par des associations d’usagers ou groupements d’intérêt collectif (GIC) pour les périmètres moyens. Les services des CRDA ou les GIC sont chargés de l’exploitation et de l’entretien des réseaux d’irrigation, ainsi que de la distribution de l’eau aux agriculteurs moyennant une redevance payée au volume. Bien que les coûts d’exploitation et d’entretien soient globalement recouvrés pour les périmètres publics irrigués, l’État continue à prendre en charge les opérations de remplacement des équipements importants, et la réhabilitation ou la modernisation des systèmes d’irrigation.

En l’an 2000, on comptait 966 GIC dont les objectifs et les fonctions incluaient notamment l’exploitation et l’entretien des infrastructures d’irrigation mises à leur disposition par l’État, la fixation des redevances et la répartition de l’ensemble des dépenses relatives à l’eau en fonction de l’intérêt de chaque propriétaire à l’aménagement. Cette gestion associative est en train de s’étendre dans les grands périmètres sous gestion des CRDA, et il est prévu que l’ensemble de ces périmètres soit transféré aux GIC à l’horizon 2006. Parallèlement à cette opération, des projets de réhabilitation et de modernisation des périmètres publics irrigués sont en cours en vue de faciliter la gestion des réseaux par les GIC et de créer les conditions favorables à l’adoption des techniques d’irrigation modernes à la parcelle par les irrigants.

Politiques et dispositions législatives

Le Code des eaux, promulgué en 1975 (Loi N° 75-61 du 31 mars 1975, modifiée et complétée par les lois N° 87-35 du 6 juillet 1987, N° 88-94 du 2 août 1988 et N° 2001-116 du 26 novembre 2001), constitue le texte législatif de base qui régit toute intervention dans le domaine de l’eau. Les dispositions principales de ce code se rapportant à l’usage agricole de l’eau concernent particulièrement l’instauration du droit d’usage, l’économie de l’eau et la lutte contre le gaspillage, l’obligation de la valorisation de l’eau agricole, les conditions de réutilisation des eaux usées traitées à des fins agricoles, et les modalités de tarification de l’eau.

La réforme agraire dans les périmètres publics irrigués est régie par la loi N° 63-18 du 27 mai 1963 (modifiée et complétée par la loi N° 30 du 6 mars 2000). Cette réforme repose sur quatre principes fondamentaux: la limitation de la propriété par la fixation d’une taille minimale et d’une taille maximale variant avec la vocation des périmètres, la contribution des propriétaires aux frais d’aménagement hydraulique, la réorganisation foncière dans le but d’assurer une utilisation rationnelle de l’eau, et l’obligation de mise en valeur des terres aménagées.

Environnement et santé

Qualité des eaux

Les eaux d’irrigation sont relativement salées (1.5 à 4 g/litre) mais le degré de salinisation des sols irrigués n’atteint pas un niveau alarmant grâce au lessivage par l’eau d’irrigation et par les précipitations, et à l’intensification encore réduite des périmètres considérés à fort risque de salinisation. Ces derniers, couvrant 23 pour cent des superficies aménagées, font l’objet d’un suivi régulier de la salinité et de la piézométrie, notamment pour les terres pouvant être affectées par le rehaussement des nappes phréatiques.

Impact de la gestion de l’eau en agriculture sur l’environnement

Le développement de l’irrigation, ainsi que l’emploi agricole de plus en plus intensif des engrais, ont entraîné, dans certains périmètres irrigués à partir des nappes phréatiques, une salinisation des eaux en raison de la surexploitation de ces nappes, d’une part, et une pollution par les nitrates, d’autre part.

La menace la plus grave pour les ressources en eau de surface vient de l’envasement prématuré des retenues de barrages dû essentiellement à l’érosion des sols. Compte tenu de la mise en eau de nouveaux ouvrages dans le temps et de l’envasement, le volume utile sous retenue normale des barrages varierait de 2.100 km3 en 2005 à 1.990 km3 en 2010.

Perspectives pour la gestion de l’eau en agriculture

La stratégie de mobilisation des ressources en eau adoptée en 1990 vise à l’horizon 2010 la mise en valeur de 95 pour cent des ressources de surface et 100 pour cent des ressources souterraines. À cet horizon, la Tunisie aura achevé l’aménagement de la quasi-totalité de son potentiel d’irrigation en maîtrise totale ou partielle. Tout en poursuivant cette politique de mobilisation des ressources, la Tunisie a entrepris au cours des dernières années plusieurs réformes qui visent la mise en œuvre d’une politique axée sur la gestion de la demande qui prévoit:

  • la réalisation de programmes d’économie d’eau dans le secteur de l’irrigation pour une meilleure préservation des ressources en eau disponibles (amélioration de l’efficience des réseaux d’irrigation, réhabilitation et modernisation des périmètres, extension des techniques modernes d’irrigation à la parcelle, etc.);
  • la mise en place de systèmes de tarification de l’eau adaptés aux conditions de chaque périmètre en vue d’améliorer le recouvrement des coûts et d’inciter à la valorisation économique de l’eau;
  • la gestion intégrée des ressources dans l’objectif de maîtriser la surexploitation des nappes souterraines et de protéger ces ressources contre la pollution;
  • la valorisation des ressources en eau non conventionnelles par l’utilisation de plus en plus intensive des eaux dessalées et des eaux usées traitées à des fins agricoles;
  • la participation plus active des usagers à la gestion des eaux agricoles au moyen de la création de groupements d’intérêt collectif;
  • la mise en place des actions d’accompagnement nécessaires au développement agricole et à la meilleure mise en valeur des périmètres irrigués.

Outre l’amélioration de la gestion de l’eau, ces différentes mesures visent à renforcer le rôle de l’irrigation dans la production et la sécurité alimentaire. L’objectif est d’élever le niveau de participation de l’irrigation à 50 pour cent en valeur de la production agricole totale du pays.

Principales sources d’information

Agence nationale de la protection de l’environnement. 2001. État de l’environnement: rapport national 2000. Ministère de l’environnement et de l’aménagement du territoire.

Agrar, Coyne et Bellier, GKW, Ministère de l’agriculture. 1992. Economie d’eau 2000.

Direction générale des études et du développement agricole. 2003. Annuaire des statistiques agricoles - 2001 (arabe). Ministère de l’agriculture, de l’environnement et des ressources hydrauliques.

Direction générale du génie rural, Ministère de l’agriculture. 1994. La gestion de l’eau en Tunisie.

Direction générale du génie rural et de l’exploitation des eaux. 2001. Enquête sur les PPI, préparation du Xè Plan. Ministère de l’agriculture, de l’environnement et des ressources hydrauliques.

Direction générale du génie rural et de l’exploitation des eaux. 2001. Étude d’évaluation du programme national d’économie d’eau en irrigation. Ministère de l’agriculture, de l’environnement et des ressources hydrauliques.

Direction générale du génie rural et de l’exploitation des eaux. 2003. Les ressources en eau. Ministère de l’agriculture, de l’environnement et des ressources hydrauliques.

Direction générale de la planification du développement et des investissements - S/D STAT. 2000. Résultats de l'enquête sur les périmètres irrigués en intensif. Ministère de l’agriculture, de l’environnement et des ressources hydrauliques.

Direction générale de la production agricole. 2002. Exploitation des périmètres irrigués avec des eaux saumâtres (arabe). Ministère de l’agriculture, de l’environnement et des ressources hydrauliques.

Direction générale des ressources en eau, Ministère de l’agriculture. 1991. Commission de réflexion sur le développement des ressources en eau de surface.

Hamdane, Abdelkader. 2002. L’irrigation en Tunisie. Institut méditerranéen de l’eau (IME).

Hamza, M. & Khanfir, R. 1992. Évolution du potentiel et de l’exploitation des ressources en eaux souterraines.

Institut national de la statistique. 2001. Annuaire statistique de la Tunisie 2000. Annuaire n°43. Ministère du développement économique.

Institut national de la statistique. 2001. Rapport annuel sur les indicateurs d’infrastructure - 2000. Ministère du développement économique.

Mtimet, A. 1993. Connaître les sols pour mieux les protéger. Ministère de l’agriculture, de l’environnement et des ressources hydrauliques.

SONEDE. 2002. Rapport annuel SONEDE - 2001.



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