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Niger

Source: FAO Déni de responsabilité

Cliquez ici pour une carte plus détaillée.


Version 2005


Géographie, climat et population

Le Niger est un pays totalement enclavé qui s’étend sur 1 267 000 km2. Il partage ses frontières avec l’Algérie et la Libye au nord, le Tchad à l’est, le Nigéria et le Bénin au sud et le Burkina Faso et le Mali à l’ouest. La frontière la plus proche de la mer est à plus de 600 km du golfe de Guinée. Les trois quarts du pays sont constitués d’un désert chaud et sont situés dans la zone septentrionale du pays. Le Niger est un immense plateau d’une altitude moyenne de 500 m avec des reliefs peu contrastés: les hauts plateaux du nord-est, le massif de l’Aïr (jusqu’à 2 000 m), les bas plateaux de l’ouest, du centre et du sud et les plaines. Les terres cultivables représentent 16.5 millions d’hectares dont seulement 4.5 millions étaient exploitées en 2002 par l’agriculture (tableau 1). Ce potentiel est très inégalement réparti entre les régions du pays: les départements de Dosso, Maradi, Tahoua, Tillabéry et Zinder réunissent près de 98 pour cent des terres cultivables du Niger.

Le climat est de type sahélien caractérisé par une longue saison sèche de huit à 10 mois (d’octobre à mai), une courte saison des pluies qui dure trois ou quatre mois (juin à septembre) et une importante variation du nombre de jours de pluie du nord au sud, où la pluviométrie annuelle est comprise entre moins de 100 mm et 700-800 mm, divisant ainsi le pays en quatre zones climatiques:

  • la zone saharienne (65 pour cent du territoire national) avec des précipitations inférieures à 100 mm/an. La température avoisine en moyenne les 35°C et le climat est désertique;
  • la zone sahélo-saharienne (12.2 pour cent du territoire national) avec des précipitations annuelles comprises entre 100 et 300 mm. Le climat est subdésertique;
  • la zone sahélo-soudanienne (12.9 pour cent du territoire national) avec un domaine sahélien au nord, où les précipitations annuelles varient de 300 et 600 mm, et un domaine soudanien au sud;
  • La zone soudanienne (0.9 pour cent du territoire national) qui reçoit plus de 600 mm/an.

Le domaine sahélien est caractérisé par une végétation passant par des formations contractées ou arbustives claires au nord, à des formations plus diffuses et arborées au sud. Le domaine soudanien comprend une végétation de savane qui se distingue par une strate herbacée continue où dominent les graminées vivaces et une strate ligneuse renfermant des arbustes et des arbres. Au cours de ces dernières décennies, une sécheresse persistante a accéléré l’avancée du désert qui est passée de 66 à 77 pour cent de sa superficie. L’indice le plus révélateur demeure l’assèchement du fleuve Niger auprès de la capitale Niamey, lorsqu’il cessé de couler en 1985. La température moyenne annuelle atteint 29°C, et l’ETP est très élevée (2 114 mm/an à Tillabéry) et supérieure aux précipitations à l’exception du mois d’août.

La population en 2004 était d’environ 12.4 millions d’habitants, dont 77 pour cent de ruraux (tableau 1). La densité s’élève à 10 habitants/km2 mais 90 pour cent de la population se concentrent dans la bande d’environ 200 km de large au sud du territoire, le long de la frontière du Nigéria où la pluviométrie est favorable à l’agriculture et à l’agropastoralisme. En 1999, 63 pour cent des Nigériens vivaient en dessous du seuil de pauvreté dont 83 pour cent en milieu rural. La faiblesse des revenus est la cause principale de la malnutrition chronique et saisonnière observée: 41 pour cent des enfants de moins de 5 ans vivent dans un état de malnutrition chronique, et 20 pour cent sont atteints de malnutrition chronique sévère. L’eau potable n’était accessible que pour 46 pour cent de la population en 2002 (80 pour cent en milieu urbain et seulement 36 pour cent en milieu rural). L’espérance de vie à la naissance en 2003 était de 46 ans et la croissance démographique s’élevait à 2.9 pour cent la même année. La scolarisation est très faible, avec moins de 30 pour cent sur la période 1996-2003, et connaît une grande disparité entre milieu urbain où elle s’élève à 68 pour cent (74 pour cent pour les garçons et 61 pour cent pour les filles) et milieu rural où elle n’atteint que 18 pour cent (24 pour cent pour les garçons contre seulement 12 pour cent pour les filles).

Économie, agriculture et sécurité alimentaire

Le Niger est un des pays les plus pauvres du monde avec un PIB par habitant de 217 dollars EU en 2003. Le secteur agricole continue à occuper une place centrale dans l’économie nigérienne. En 2003, il contribuait pour 40 pour cent au PIB et, en 2001, pour 44 pour cent aux recettes d’exportation. Il est, de ce fait, le premier secteur d’activité du pays, occupant 87 pour cent de la population active en 2004. De 1983 à 2000, le bilan de la production céréalière disponible a été déficitaire 14 années sur 17 par rapport aux besoins, à l’exception des années 1988, 1998 et 1999. L’équilibre est notamment recherché à travers les importations (représentant 12 à 14 pour cent des disponibilités alimentaires dont plus de 50 pour cent en provenance des pays voisins: Nigéria, Mali, Burkina Faso, Ghana et Bénin) et l’aide alimentaire. Les céréales (blé et riz notamment) figurent au premier rang des produits importés, suivies des huiles végétales et des sucres. Les principaux groupes à risque sont les producteurs traditionnels dont les terres sont peu productives, les éleveurs qui ont trop peu de bétail pour en tirer un revenu suffisant, les bergers engagés comme gardiens de petits troupeaux suite à la perte de leur cheptel, les pasteurs en voie de sédentarisation, les femmes chefs d’exploitation agricole qui n’ont pas suffisamment de main-d’oeuvre pour cultiver, les familles avec trop peu de membres actifs, et les individus ayant des besoins alimentaires élevés (femmes enceintes ou allaitant et enfants).

L’activité agricole se concentre essentiellement au sud, dans la zone soudanienne, sur une bande d’environ 200 km de large, la plus arrosée du pays, alors que la zone sahélienne au nord demeure la région de prédilection de l’élevage. Chaque année 70 000 à 80 000 ha de nouvelles terres sont occupés par l’agriculture aux dépens des forêts et de l’élevage du fait de l’accroissement de la population et des terres de culture. La majorité de la production agricole est réalisée par des exploitations familiales de petite taille, tournées presque exclusivement vers l’autosubsistance et dont les techniques demeurent très traditionnelles. La quasi-totalité des terres cultivées est occupée par les cultures pluviales, principalement le mil et le sorgho, le niébé, et secondairement le manioc. La majeure partie de la production, 85 pour cent, est autoconsommée. L’arachide et le coton, qui étaient autrefois des cultures d’exportation importantes, contribuent aujourd’hui marginalement à l’économie. Le caractère aléatoire des pluies dont l’agriculture nigérienne demeure largement tributaire, la persistance de la sécheresse et la pauvreté des sols sont autant de facteurs limitants de la productivité agricole.

Ressources en eau et utilisation de l’eau

Ressources en eau

Le Niger dépend pour près de 90 pour cent de l’extérieur pour ses ressources en eau. Le fleuve Niger, fleuve international, est le seul cours d’eau permanent du pays. Il traverse le sud-ouest du pays sur une longueur de 550 km, depuis sa frontière avec le Mali jusqu’au Bénin et au Nigéria, en passant par une large plaine découpée par des vallées sèches. Enfin, le Niger se trouve sur deux grands bassins trans-frontaliers: le bassin Irhazer Lullemeden, et le bassin du Tchad.

Les ressources en eau renouvelables sont globalement estimées à 33.65 km3/an, dont 31.15 km3 d’eau de surface et 2.5 km3 d’eau souterraine. Les conditions climatiques arides ou semi-arides qui règnent sur la plus grande partie du pays font que les ressources renouvelables en eau superficielles sont très irrégulières dans le temps et se conservent mal dans l’espace. Seule une partie des ressources renouvelables est réellement exploitable par le Niger pour des raisons technico-économiques, environnementales et géopolitiques. La part régulièrement disponible (90 pour cent du temps) des ressources en eau de surface et souterraine ne représente que 5 km3/an.

Environ 29 km3/an d’eau de surface proviennent du fleuve Niger. Il existe des fluctuations dans les volumes écoulés dues aux aléas climatiques (« cycles » de sécheresse). Ainsi, le volume moyen du fleuve Niger ayant transité à Niamey de 1929 à 1991 était de 28 km3/an, soit 32 km3/an pour la période de 1929 à 1968 et 23 km3/an pour celle de 1969 à 1991. De plus, sur le parcours se produisent des pertes par évaporation, alors que les pertes par infiltration sont limitées.

À l’extrême est, le lac Tchad se retire de plus en plus et il a disparu à l’intérieur des frontières du Niger depuis 2004, laissant uniquement le Komadougou Yobe, source intermittente d’eau superficielle. Depuis la fin des années 1970, cette étendue d’eau s’est considérablement amoindrie, du fait de l’appauvrissement des apports du Chari et des pluies qui assuraient 98 pour cent de son alimentation.

Le Niger a environ 20 réservoirs de capacité moyenne, permettant le stockage de 0.1 km3, mais certains d’entre eux s’envasent aggravant le risque de pénurie d’eau. Les mesures des transports solides donnent des concentrations variant de 10.5 à 52 g/litre, soit des dégradations spécifiques de 2 100 à 4 200 tonnes/km2 par an. C’est ainsi que les barrages de l’Ader Doutchi Maggia ont perdu de 13 à 80 pour cent de leur capacité en moins de 15 ans.

Le volume des ressources en eau souterraine renouvelables est estimé entre 2.5 et 4.4 km3/an. Les principaux aquifères sont:

  • les aquifères alluviaux, en particulier celui du goulbi de Maradi, ceux des vallées de l’Aïr et du kori Teloua, des koris de la zone de l’Ader-Doutchi-Maggia, des dallols Bosso, Maouri et Foga, de la vallée de la Komadougou et des koramas;
  • les aquifères discontinus du socle, notamment ceux du Liptako et du Damagaram-Mounio;
  • les aquifères du continental terminal et du continental hamadien;
  • la nappe du pliocène du bassin du lac Tchad;
  • la nappe phréatique du Manga dans le bassin du lac Tchad;
  • l’aquifère des grès d’Agadez.

Il faut ajouter l’énorme réserve d’environ 2 000 km3 d’eau souterraine non renouvelable dont une petite partie est mise en valeur pour soutenir les activités minières du nord du pays.

Le Niger a d’importantes zones humides, mais seuls 220 000 ha sont protégés et enregistrés par la convention RAMSAR comme zone humide d’importance internationale (Parc du W au bord du fleuve Niger). Le manque de pluies de ces 20 dernières années a conduit à la destruction de la végétation naturelle et à la réduction de la productivité agricole.

Utilisation de l’eau

En 1988, 8 pour cent de l’eau potable provenaient de sources d’eau superficielle et 92 pour cent d’eau souterraine. Le principal usage de l’eau est l’agriculture avec 2 080 millions de m3 en 2000, ou 95 pour cent du total (tableau 2 et figure 1) La consommation domestique et industrielle s’élevait respectivement à 94 et 12 millions de m3.

Eaux internationales: enjeux

La majeure partie des ressources en eau fluviales et souterraines utilisables pour l’irrigation sont des ressources partagées. Des accords internationaux ont été conclus afin de permettre la mise en place de structures destinées à faciliter la gestion rationnelle de ces ressources:

  • Créée le 21 novembre 1980 par la convention de Faranah, l’Autorité du bassin du Niger (ABN) est une organisation régionale regroupant neuf États riverains du fleuve Niger. Ses principales attributions sont: i) l’harmonisation et la coordination des politiques nationales de mise en valeur des ressources en eau; ii) la participation à la planification du développement par l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan de développement intégré du bassin; et iii) la promotion et la participation à la conception et à l’exploitation des ouvrages et des projets d’intérêt commun.
  • Le protocole d’accord bilatéral du 12 juillet 1988 avec le Mali, relatif à la coopération dans l’utilisation des ressources en eau du fleuve Niger.
  • Le 18 juillet 1990, le Niger et le Nigéria ont signé un accord de coopération afin d’organiser la gestion de leurs quatre principaux bassins fluviaux communs (Maggia/Lamido, Gada/Goulbi de Maradi, Tagwaï/El Fadama et la section inférieure du bassin fluvial de la Komadougou Yobé). Cet accord, dit de Maïduguri, est relatif au « partage équitable de la mise en valeur, de la conservation et de l’utilisation des ressources en eaux communes ». Les résultats de cette coopération sont à ce jour très minces. Un travail important reste à faire en vue d’une relance effective de la coopération entre les États concernés par les ressources en eau partagées.
  • Enfin, le pays reste membre de la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT) créée en 1964, malgré la disparition du lac lui-même du territoire, car son bassin versant occupe 28 pour cent du pays.

Développement de l’irrigation et du drainage

Évolution du développement de l’irrigation

Le potentiel en terres irrigables est d’environ 270 000 ha, 140 000 ha étant concentrés dans la vallée du fleuve Niger.

La maîtrise de l’eau a été introduite au Niger à partir de 1966, en riziculture dans la zone de Niamey et en polyculture à partir des retenues collinaires dans la région de Tahoua. Trois facteurs ont contribué au développement rapide de l’irrigation: i) la sécheresse qui a sévi à partir du début des années 1970 et qui a fait prendre conscience des lourds aléas qui pèsent sur les productions pluviales; ii) les rendements élevés obtenus rapidement en riziculture irriguée et en cultures maraîchères; iii) l’engagement de l’État, des organisations paysannes et de plusieurs bailleurs de fonds.

Les superficies avec contrôle de l’eau se chiffrent à 85 348 ha, tandis que la superficie en collecte des eaux de ruissellement (conservation des eaux et des sols, défense et restauration des sols: CES/DRS) est estimée à 300 000 ha (tableau 3 et tableau 4). Pour les superficies avec contrôle de l’eau on distingue (figure 2):

  • 13 663 ha d’aménagements hydro-agricoles (AHA) en maîtrise totale, encadrés par l’Office national des aménagements hydro-agricoles (ONAHA), dont 12 615 ha sont exploités. Leurs principales productions sont le riz, le coton et le blé.
  • 60 000 ha de périmètres de contre-saison (PCS) en maîtrise partielle, dont 53 000 ha en exploitation. Suite à la sécheresse de 1984, qui a entraîné un important déficit alimentaire, une campagne nationale a été lancée pour le développement des cultures de contre-saison. Celles-ci ont ainsi connu un grand essor et sont pratiquées sur plus de 1 000 sites. En général, les parcelles n’excèdent pas un hectare. On compte deux types de PCS: les sites traditionnels antérieurs à 1984 exploités par leurs propriétaires qui ont bénéficié de l’appui de l’État (fonçage de puits et clôture), et les sites spécialement aménagés par ce dernier à partir de 1984 pour sécuriser les populations résidentes ou annuellement déplacées par la sécheresse; sur ce dernier type, et contrairement au premier, l’exploitation en contre-saison n’est réalisée que lorsque les résultats de la campagne d’hivernage sont mauvais. Leur mise en valeur avait atteint plus de 55 000 ha entre 1985 et 1990.
  • Les irrigations privées qui se pratiquent sur quelques milliers d’hectares (les superficies exactes étant en cours d’estimation). Il s’agit d’aménagements de petite taille (moins d’un hectare à quelques hectares pour les périmètres les plus importants), à maîtrise partielle ou totale, utilisant aussi bien les eaux de surface que les nappes phréatiques.
  • La submersion qui concerne 12 000 ha au maximum (10 000 ha sont mis en culture en crue moyenne).

Les superficies aménagées en CES/DRS, qui ne sont estimées que de façon très approximative, seraient de 300 000 ha environ, et sont cultivées en pluvial avec une efficience hydrique meilleure et des résultats agronomiques supérieurs de 50 pour cent à ceux notés au niveau des terres non aménagées. Ces aménagements se sont généralisés au cours des deux dernières décennies, plus particulièrement dans les départements de Tahoua et de Tillabéry.

Si aucune ambiguïté n’est à relever au niveau des aménagements encadrés par l’ONAHA et des sites de collecte des eaux de ruissellement, la distinction entre «irrigation privée» et «cultures de contre-saison» peut paraître moins évidente dans certains cas. De plus, il semble que certains des PCS ont quasiment disparu ou ont été morcelés en parcelles individuelles, chaque exploitant adoptant son système d’irrigation propre, évoluant ainsi vers un type d’irrigation privée. La distinction entre les deux sous-types est donc aujourd’hui moins aisée (tableau 4).

L’utilisation de motopompes devient de plus en plus courante dans les vallées du Niger et de la Komadougou. Les cultivateurs qui en sont équipés ont nettement développé les cultures de contre saison (0.5 à 0.8 ha): blé, cultures maraîchères, canne à sucre et vergers.

Il faut aussi noter l’émergence d’exploitations irriguées agroindustrielles, parmi lesquelles on distingue deux sous-types très différents: a) les petites parcelles aménagées par un investisseur non agricole dans son village d’origine, qui ne dépassent pas quelques hectares et gardent une gestion de dimension familiale, et b) les grandes exploitations de plusieurs dizaines, voire centaines, d’hectares aménagés par de gros investisseurs nigériens ou même étrangers (cas d’entrepreneurs libyens), cultivées en arachide, niébé, sésame.

Rôle de l’irrigation dans la production agricole, l’économie et la société

Les coûts d’aménagement des AHA à l’hectare sont élevés, de 8 700 à 14 000 dollars EU, selon la taille et les caractéristiques spécifiques des sites et des systèmes de mobilisation de l’eau. Dans les PCS, ils varient considérablement selon les systèmes (mobilisation de l’eau et systèmes d’exhaure et de distribution), et se situent dans une fourchette de 1 300 à 3 000 dollars EU. Par comparaison, les coûts unitaires d’aménagement de l’irrigation privée sont relativement faibles, de 700 à 2 000 dollars EU selon les systèmes, et mis en évidence par les projets en cours et l’orientation (majoritaire) vers des cultures maraîchères et fruitières, ce qui rend les investissements beaucoup plus rentables. Enfin, l’aménagement en collecte des eaux de ruissellement coûte de 30 à 400 dollars EU/ha en fonction des techniques (parfois combinées).

Les cultures irriguées présentent une très grande variété de types (une trentaine environ) et se classent, pour les plus importantes, en cultures maraîchères (oignon, chou, laitue, poivron, tomate, courgette, aubergine, carotte et ail), céréales (riz, blé), tubercules (manioc, patate douce et pomme de terre), fruits (melon), légumineuses (niébé, dolique) et cultures diverses (canne de bouche, tabac et coton) (tableau 3 et figure 3). Pour les deux saisons de 1997, les superficies cultivées sur l’ensemble des périmètres encadrés par l’ONAHA se répartissaient comme suit: 14 208 ha de riz, 790 ha de blé, 2 215 ha d’autres céréales, 1 644 ha de coton, 419 ha de cultures maraîchères.

Ainsi, bien que le sous-secteur de l’irrigation ne représente qu’une part infime des superficies cultivées, il joue une part importante (30 pour cent) et largement prépondérante (90 pour cent) dans la valeur monétaire et les recettes d’exportation de l’ensemble des productions végétales. La contribution de l’agriculture irriguée (essentiellement riz et cultures de contre-saison) est estimée à environ 14 pour cent de la valeur totale du PIB agricole. Les recettes d’exportation des productions irriguées (surtout oignon) sont actuellement d’environ 13 millions de dollars EU.

Les rendements moyens en paddy sur les périmètres de l’ONAHA étaient évalués à environ 4.7 tonnes/ha avec un taux d’intensité culturale proche de deux. À l’heure actuelle, du fait de la conjonction de nombreux facteurs, le niveau moyen des rendements rizicoles est retombé à 4 tonnes/ha par cycle, tout comme ont baissé les intensités culturales.

Gestion de l’eau, politiques et dispositions législatives régissant l’utilisation d’eau en agriculture

Institutions

Les Directions les plus actives en matière de gestion de l’eau et des terres sont:

  • Le Ministère de l’hydraulique, de l’environnement et de la lutte contre la désertification (MHE/LCD): la Direction des ressources en eau (DRE), et la Direction des infrastructures hydrauliques (DIH) chargée de l’alimentation en eau potable sur l’ensemble du territoire en dehors des centres urbains; la Direction de l’environnement (DE), la Direction des études et de la programmation (DEP) et le Bureau d’évaluation environnementale et des études d’impact (BEEEI). Le MHE/LCD assure la tutelle de la mise en oeuvre du Programme hydraulique national (PHN), en collaboration avec les autres ministères concernés. Le Ministère a aussi pour mission, entre autres, la conception, l’élaboration et la mise en œuvre des politiques adoptées par le gouvernement en matière de préservation et de développement des ressources forestières, halieutiques et fauniques, de lutte contre la désertification, de prévention et de contrôle de la pollution et des nuisances, ainsi que de gestion de l’environnement.
  • Le Ministère du développement agricole (MDA): l’Institut national de recherches agronomiques du Niger (INRAN); l’Office national des aménagements hydro-agricoles (ONAHA) qui a récemment recentré ses activités sur la mise en valeur des périmètres.
  • Le Ministère des ressources animales (MRA).
  • Le Haut Commissariat à l’aménagement de la vallée du Niger, sous la tutelle du Cabinet du Premier Ministre.
  • Le Conseil national de l’environnement pour un développement durable (CNEDD), sous la tutelle du Cabinet du Premier Ministre, est un organe qui a pour mission d’élaborer, de faire mettre en oeuvre, de suivre et d’évaluer l’exécution du Plan national de l’environnement pour un développement durable (PNEDD). Il est surtout chargé de veiller à la prise en compte de la dimension environnementale dans les politiques et programmes de développement socioéconomique du Niger.

L’approvisionnement en eau des centres urbains relève de la Société du patrimoine des eaux du Niger (SPEN), société d’État dotée de la personnalité juridique et de l’autonomie financière dont le processus de privatisation est engagé, et de la Société d’exploitation des eaux du Niger (SEEN), société privée chargée de l’exploitation. La SEEN dessert 51 centres urbains (PSE). Enfin, existe l’Association nigérienne de développement de l’irrigation privée (ANPIP) dont le but est de promouvoir le développement durable de l’irrigation à petite échelle et l’émergence d’entreprises agricoles viables, d’entreprises de services d’accompagnement efficaces et de groupements autonomes et organisés d’irrigants.

Gestion de l’eau

En 1982, il a été décidé de confier la gestion des aménagements aux coopératives regroupant tous les exploitants d’un même périmètre. Les coopératives ont été étroitement associées à la prise de cette décision. Le mécanisme a fonctionné de façon satisfaisante tant que les coopératives bénéficiaient de l’appui et du contrôle rapprochés de l’ONAHA, des projets et des autorités. À partir de 1990, avec la dégradation de la situation des finances publiques et le nouveau paysage de pluralisme politique, ces conditions n’étaient plus réunies et la pérennité de l’exploitation des aménagements a commencé à se détériorer, en même temps que se ralentissait le rythme d’aménagement de nouveaux périmètres. En 1992 a été adopté un document intitulé «principes directeurs d’une politique de développement pour le Niger», qui instaurait la mise en place d’un système de gestion et de maintenance des ouvrages hydrauliques et des moyens d’exhaure par les communautés bénéficiaires, en vue d’une utilisation rationnelle et économique des ressources en eau.

À partir de 1993, des réformes profondes du secteur de l’eau et de l’assainissement ont été engagées. Elles prévoyaient:

  • l’élaboration et l’adoption du schéma directeur de mise en valeur et de gestion des ressources en eau en 1993;
  • l’actualisation de ce schéma directeur en 2000;
  • l’élaboration et l’adoption de la politique et des stratégies du secteur de l’eau et de l’assainissement en 2001, assorties d’un Programme hydraulique national.

Financement

Les investissements requis par les AHA ont été importants jusqu’en 1992 et ont dépassé dans tous les cas les capacités propres de financement des communautés bénéficiaires. Les coûts des réalisations ont donc été supportés pour l’essentiel par les pouvoirs publics qui ont eu recours à la coopération bilatérale et multilatérale pour mobiliser les fonds nécessaires à l’exécution des aménagements projetés. Les bénéficiaires de l’AHA (coopératives attributaires) n’ont pas participé au financement de l’investissement, mais devraient l’exploiter en supportant la totalité des coûts d’exploitation (y compris celui de l’entretien des ouvrages et des équipements, ainsi que le renouvellement de ces derniers). Les populations bénéficiaires des PCS, encadrés par les services agricoles d’arrondissement, ont contribué en force de travail à la réalisation des périmètres, qui représentaient de 10 à 30 pour cent du coût total. L’irrigation privée, longtemps ignorée par les dispositifs étatiques classiques appui-conseil (recherche, vulgarisation agricole et hydraulique), est financée de bout en bout par des privés (généralement individuels). Les travaux de collecte des eaux de ruissellement sont réalisés avec une forte intervention de la population qui participe matériellement à leur exécution (53 à plus de 90 pour cent de contribution).

Politiques et dispositions législatives

Traditionnellement, le contrôle et la gestion des terres relèvent du chef de village et, au niveau supérieur, du chef de province, du canton ou du groupement nomade qui sont dépositaires d’un pouvoir politique et judiciaire sur les terres. Avec l’avènement du Code rural (ordonnance n° 93-015 du 2 mars 1993), les principes fondamentaux fixant le cadre juridique des activités agricoles, sylvicoles et pastorales ont été clairement définis. L’article 5 de l’ordonnance énonce que « les droits qui s’exercent sur les ressources naturelles bénéficient d’une égale protection, qu’ils résultent de la coutume ou du droit écrit ». Ce choix de l’équivalence des sources, rare en Afrique, vise à ce que la législation moderne prenne en compte la réalité et assure au mieux la sécurité des détenteurs de droits coutumiers. Ce choix réaliste prend acte du fait que l’ensemble du monde rural est massivement régulé par la coutume et qu’il continuera à l’être encore pendant longtemps. Deux problèmes fonciers majeurs restent toutefois en suspens: celui du statut foncier des périmètres aménagés avant l’adoption du Code rural et celui des périmètres irrigués situés en bordure de fleuve.

Concernant la ressource en eau, les principaux textes sont:

  • l’ordonnance n° 93-014 du 2 mars 1993 portant régime de l’eau modifiée par la loi n° 98-041 du 7 décembre 1998 qui a pour objet de définir et de déterminer le régime des eaux et les conditions d’utilisation et de protection de cette ressource;
  • le décret n° 97-368/PRN/MH/E, adopté le 2 octobre 1997, qui détermine les modalités d’application de l’ordonnance n° 93-014, et en particulier le cadre de gestion de l’eau, le domaine public en matière de cours d’eau souterrains, la gestion, l’entretien et le bon fonctionnement d’un point d’eau public, les prélèvements des eaux (souterraines et superficielles), la protection qualitative des eaux, les sources de pollution et les moyens de lutte, et les responsabilités de la gestion des travaux d’aménagement des eaux;
  • l’ordonnance n° 93-13 du 2 mars 1993 instituant un code d’hygiène publique qui concerne l’eau, ses nuisances ou sa protection;
  • l’ordonnance n° 93-15 du 2 mars 1993 relative aux principes d’orientation du code rural. Dans le cadre de l’ordonnance sont constituées à titre expérimental des commissions foncières au niveau de quelques arrondissements. Ces commissions ont pour objectif de favoriser un accès équitable des opérateurs ruraux aux ressources naturelles, le règlement durable des conflits et la sécurisation des investissements agricoles et pastoraux pour une gestion patrimoniale des ressources;
  • l’ordonnance n° 93-16 du 2 mars 1993 portant loi minière, qui souligne dans son article premier que les eaux souterraines relèvent «sauf stipulation expresse de la présente ordonnance, d’un régime particulier défini dans d’autres lois»;
  • la loi n° 98-56 du 29 décembre 1998 portant loi-cadre sur la gestion de l’environnement;
  • l’ordonnance n° 97-00l du 10 janvier 1997 portant institutionnalisation des études d’impacts sur l’environnement;
  • l’arrêté n° 12 du 12 février 1999 relatif à la maintenance des ouvrages publics ruraux.

Environnement et santé

On estime à 350 ha la superficie de terres abandonnées à cause de leur trop haut niveau de salinité. Par ailleurs, entre 400 ha et 600 ha seraient affectés par la salinité. Les grands périmètres sont les plus durement touchés. La préparation du sol souvent très limitée, le nivellement inadéquat des parcelles et un mauvais drainage sont aussi mis en cause.

La prolifération sur le fleuve Niger de la jacinthe d’eau, indicateur par excellence du processus d’eutrophisation des plans d’eau, témoigne de l’état actuel de dégradation de la qualité des eaux.

Sur les aménagements hydro-agricoles, l’augmentation des maladies d’origine hydrique chez les êtres humains a atteint des proportions alarmantes. Bilharziose, diarrhée, paludisme, etc. font partie du quotidien des familles vivant à proximité des périmètres. Le cas de la bilharziose urinaire à S. haematabium est largement répandu au Niger. Son taux de prévalence y est de l’ordre de 75.5 pour cent.

Perspectives pour la gestion de l’eau en agriculture

Pour atteindre ses objectifs, le gouvernement envisage d’exploiter le potentiel en terres irrigables en encourageant le secteur privé et les associations paysannes à développer la petite irrigation sur les terrasses du fleuve Niger et dans les vallées sèches, où la nappe phréatique est proche et peut être exploitée grâce à des forages manuels. Il vise à l’augmentation des superficies à 97 000 ha en 2010 avec la priorité de promouvoir le développement de la petite irrigation (3 000 ha/an) en finançant des lignes de crédit d’investissement pour l’acquisition par les agriculteurs d’équipements de petite irrigation peu coûteux et faciles à installer. En 1996 a démarré un projet-pilote de promotion de l’irrigation privée afin de créer les bases institutionnelles, techniques et agronomiques d’un développement soutenu des irrigations initiées et animées par le secteur privé, en complément des efforts déjà déployés par les pouvoirs publics au niveau des aménagements hydro-agricoles par l’entremise de l’ONAH. L’adoption de la «Stratégie nationale de développement de l’irrigation et de la collecte des eaux de ruissellement» réserve, de plus, une large place au développement de l’irrigation privée.

Le PHN «Eau et développement durable» issu du «Schéma directeur de mise en valeur des ressources en eau» se propose, tout en assurant les fonctions sociales de l’eau, de faire de celle-ci un véritable facteur de développement conciliant à la fois les préoccupations socioéconomiques et les exigences de protection des ressources naturelles. Pour renforcer le cadre institutionnel, sept Unités de gestion de l’eau (UGE) seront créées comme cadre de planification, de mise en œuvre et d’exploitation des ressources en eau pour répondre aux demandes des commissions d’aménagement du territoire. Une Commission nationale de l’eau (CNE) devrait prendre le relais du Comité technique permanent de coordination des activités de planification, de mise en valeur et de gestion des ressources en eau. Son mandat sera, entre autres, de veiller à la mise à jour permanente de la politique de l’eau, de conseiller le gouvernement dans le choix d’options stratégiques, d’émettre des avis sur les aspects essentiels permettant d’arbitrer les litiges en matière de gestion des eaux (internes et partagées), etc. La CNE serait représentée par les conseils régionaux de l’eau qui ont pour cadre d’intervention les UGE.

Principales sources d’information

ARID. 2003. Compte-rendu de l’atelier de lancement du projet APPIA au Niger, 9 octobre 2003.

Banque mondiale. 2000. Niger - Towards water resources management.

CNEDD, OSS, Ce.S.I.A. 2000. Exploitation et état des ressources naturelles au Niger.

FAO. 1991. Projet de promotion de la petite irrigation privée. Mission de préparation. Centre d'investissement/Banque mondiale, programme de coopération rapport N° 42/91 CP-NER 23.

FAO. 1993. Schéma directeur de mise en valeur et de gestion des ressources en eau. Rapport du projet NER/92/007.

FAO. 1996. Niger - Suivi du Sommet mondial de l’alimentation. Projet de stratégie pour le développement agricole national. Horizon 2010.

FAO. 1998. Aperçu nutritionnel par pays - Niger.

FAO. 2001a. Niger - Stratégie nationale de développement de l’irrigation et de collecte des eaux de ruissellement.

FAO. 2001b. Étude prospective du secteur forestier - Niger (FOSA).

FAO. 2003. Niger - Éléments de stratégie pour la sécurité alimentaire et le développement agricole - Horizon 2015.

République du Niger, PNUD, CNEDD. 1998. Plan national de l’environnement pour un développement durable.

République du Niger, ANPIP. 2001. Projet de promotion de l’irrigation privée (PIP2) - volet évaluation environnementale de la seconde phase (projet de catégorie environnementale B). Rapport de mission.

Pigeon J.L. 2000. République du Niger - Étude d’impact du projet sectoriel « eau ».

PNUD. 2003. Bilan environnemental - Niger.

SOGREAH/BRGM. 1981. Étude du plan de développement de l’utilisation des ressources en eau du Niger.

(Monographie telle que publiée dans le Rapport sur l'eau 29, 2005)
     
   
   
       
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