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Quand la chasse aux pertes alimentaires tient dans une coque de noisette


Alimentés par des résidus de coques, de nouveaux séchoirs contribuent à réduire les pertes des précieuses noisettes de Géorgie

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Les fruits à coque occupent le septième rang des exportations géorgiennes. Cela dit, les méthodes de séchage et les pratiques de sécurité sanitaire des aliments sont déterminantes pour éviter la présence d’aflatoxine, une substance toxique qui rend les lots récoltés impropres à la consommation. © FAO/Guram Saqvarelidze

28/09/2026

À 31 ans, Shete Kemoklidze a passé l’essentiel de sa vie au milieu des noisetiers.

«Les noisettes ont bercé mon enfance», raconte-t-il. «J’avais 13 ans lorsque mon père a planté ce verger. L’hiver, il me réveillait à cinq heures du matin, et nous faisions tout ensemble.»

À Kvareli, une municipalité de Kakhétie située dans l’est de la Géorgie, 13 de ses 17 hectares sont en pleine production. Shete cultive l’Anakliuri, une variété locale, et récolte au moins trois tonnes de noisettes séchées par hectare.

Il y a quatre ans, il a vécu une situation sans précédent: un revendeur lui a retourné ses noisettes. «On avait détecté de l’aflatoxine dans mes noisettes», explique-t-il.

L’aflatoxine est une substance toxique produite par des champignons qui se développent lorsque les noisettes restent humides, qu’elles soient au sol, dans leur enveloppe végétale ou déjà stockées. «Si de l’aflatoxine est détectée dans un lot, les noisettes deviennent impropres à la consommation humaine», précise Shete. «Il faut alors jeter et détruire le produit. J’ai perdu environ 20 000 USD comme ça. C’était directement lié à un mauvais séchage [des noisettes].»

Quand on a cultivé, traité, récolté et payé une production, la voir finir à la poubelle avant même d’être consommée est douloureux. Au préjudice économique et aux répercussions sur les moyens de subsistance de l’agriculteur s’ajoute le gaspillage de toutes les ressources naturelles et financières consacrées à la production.

Aujourd’hui, Shete est bien mieux armé contre les risques de pertes alimentaires et de contamination par l’aflatoxine, qui lui ont autrefois coûté une récolte. Dans le cadre du Programme européen de voisinage pour l’agriculture et le développement rural (ENPARD IV), financé par l’Union européenne et le Gouvernement suédois et mis en œuvre par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), Shete a suivi une formation à la sécurité sanitaire des aliments et bénéficié d’une subvention de contrepartie pour acheter un séchoir à noisettes. Grâce aux connaissances et à la machine qu’il a acquises, sa récolte est désormais à l’abri du gaspillage.

L’or pousse bel et bien sur les arbres

Perdre une récolte est d’autant plus douloureux quand on sait ce qu’une bonne récolte peut rapporter. Et en Géorgie, les noisettes valent leur pesant d’or.

«Les noisettes, c’est notre pétrole, notre or noir», explique Shete.

Selon l’Office national de la statistique de Géorgie, les noisettes et les autres fruits à coque occupaient le septième rang des produits d’exportation du pays en 2025. Cette année-là, la Géorgie a exporté plus de 18 000 tonnes de noisettes, pour une valeur totale de plus de 165 millions d’USD.

L’aflatoxine est un risque connu dans les pays producteurs de noisettes. C’est l’une des raisons pour lesquelles le secteur accorde tant d’attention à la gestion des vergers et aux pratiques après récolte.

Contrairement à un défaut visible, la présence d’aflatoxine n’est pas facile à détecter, d’où l’importance d’un séchage adéquat.

Lorsqu’une récolte finit à la poubelle avant même d’être consommée, la perte est douloureuse: au préjudice économique s’ajoute le gaspillage de toutes les ressources naturelles et financières mobilisées pour la produire. © FAO/Guram Saqvarelidze

Les coques, carburant du séchoir

Shete suivait déjà les formations de la FAO à la sécurité sanitaire des aliments lorsqu’il a entendu parler de l’initiative de subventions de contrepartie destinée aux producteurs géorgiens de noisettes.

Grâce à une subvention de contrepartie, il a acheté un séchoir de pointe et un élévateur vertical pour y acheminer les noisettes.

Mieux encore, le foyer fonctionne avec des coques de noisettes, autrefois considérées comme de simples déchets.

«Ces déchets sont désormais notre principale source d’énergie pour le séchage», explique‑t-il. «La boucle est bouclée: on récolte, on transforme, on décortique les noisettes, puis les coques font tourner le séchoir.»

Selon la même logique, les noisettes cassées sont pressées pour en extraire l’huile, puis les résidus sont moulus en farine.

«Rien n’est jeté», souligne Shete. Il compte maintenant s’équiper d’un broyeur pour restituer au sol les résidus issus de la taille.

Un coup de main aux voisins

Shete et d’autres bénéficiaires de subventions font aussi sécher les noisettes de leurs voisins: des centaines de tonnes qui, auparavant, seraient restées en tas à sécher au gré de la météo.

«Aujourd’hui, même les agriculteurs qui n’ont que trois ou cinq tonnes nous demandent de faire sécher leurs noisettes pour les protéger du risque de contamination par l’aflatoxine.»

Dans le cadre du programme ENPARD mené par la FAO et financé par l’Union européenne et la Suède, des producteurs géorgiens de noisettes ont suivi une formation à la sécurité sanitaire des aliments et bénéficié de subventions de contrepartie pour acheter des séchoirs, afin de protéger leurs récoltes et de réduire les pertes alimentaires. © FAO/Guram Saqvarelidze

Chaque étape compte

Shete le sait d’expérience: les noisettes de Kakhétie se vendent plus cher. Leur qualité repose sur l’application rigoureuse des pratiques de sécurité sanitaire des aliments et sur l’accès à des équipements adaptés, comme le séchoir.

«Il y a beaucoup à faire», explique Shete. «D’abord les traitements. Ensuite, il faut récolter le plus vite possible. Puis viennent le séchage et, enfin, le stockage dans de bonnes conditions.»

Sans ces étapes, les noisettes risquent de se vendre à bas prix, de ne plus trouver de preneur, voire d’être entièrement perdues. La culture des noisettes ouvre pourtant de belles perspectives aux agriculteurs géorgiens.

«Rares sont les cultures dont les prix restent stables», observe Shete. «Les noisettes, elles, gardent leur valeur… à condition d’en prendre soin.»

Une seule mesure ne suffit pas: la réduction des pertes alimentaires se joue à chaque étape. Si le séchoir joue un rôle important, les pratiques de sécurité sanitaire des aliments doivent être appliquées d’un bout à l’autre de la filière. Avec une formation à la sécurité sanitaire des aliments et des équipements adaptés, les pertes alimentaires peuvent être évitées.

Plus le pays exporte, plus les volumes menacés de perte augmentent. Mais les noisettes sont l’or de la Géorgie, et les bénéfices à la clé valent bien les efforts consentis.