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Pas de sol, pas de problème


La culture hydroponique offre une solution innovante et intelligente face au climat aux agriculteurs familiaux à la Grenade

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Dans le sud de la Grenade, l’exploitation familiale des Benjamin s’est tournée vers l’hydroponie pour faire face au problème des précipitations irrégulières. La culture hydroponique consomme jusqu’à 90 pour cent d’eau en moins que les méthodes de culture traditionnelles. ©Josanne and Roger Benjamin

27/04/2026

Dans la petite serre d’une exploitation familiale du sud de la Grenade, la laitue pousse sans terre, grâce à l’énergie solaire. Les Benjamin (Roger, 41 ans, et Josanne, surnommée Candy, 38 ans) se tiennent à l’intérieur de cette structure ombragée, observant l’écoulement de l’eau à travers un réseau de tuyaux étroits. La laitue surélevée semble familière – brillante, verte, bien espacée – pourtant, elle pousse avec ses racines suspendues dans un flux continu d’eau riche en nutriments, et non dans le sol.

Ils ne cherchaient pas à construire quelque chose d’unique. Ils cherchaient à résoudre un problème. Les précipitations tombaient par à-coups, ou se faisaient attendre pendant des semaines, et, en raison du changement climatique, chaque saison apportait davantage d’incertitudes que la précédente. Comme beaucoup de petits exploitants agricoles, ils travaillaient avec des marges étroites, si bien qu’une seule mauvaise récolte pouvait anéantir des mois d’efforts.

Ils ont commencé par se former eux-mêmes. Roger consacrait ses soirées à visionner des vidéos en ligne et à s’informer sur les conditions dans lesquelles l’hydroponie pourrait fonctionner pour eux. Ce qu’ils ont construit au départ était simple: une serre ombragée, un ensemble de tuyaux et un système de surveillance rudimentaire, qu’ils ont adapté au fur et à mesure de leur apprentissage.

L’occasion d’améliorer le système s’est présentée grâce à un projet mis en œuvre par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et financé par le Fonds vert pour le climat. Il s’inscrivait dans une série de projets pilotes destinés à fournir des données utiles à la planification de l’adaptation à la Grenade.

Le couple a reçu un système amélioré comprenant une serre, un système hydroponique robuste, une pompe solaire, des panneaux solaires et des batteries, ainsi qu’une formation à leur utilisation. Leur production est ainsi passée d’environ 500 têtes de laitue à près de 1 300. La croissance a été significative (avec une augmentation de 160 pour cent), mais a également nécessité une meilleure compréhension du fonctionnement de ce système plus complexe.

Par rapport aux méthodes de culture traditionnelles, la culture hydroponique consomme jusqu’à 90 pour cent d’eau en moins. En tant que technologie d’adaptation au changement climatique, la culture hydroponique réduit également l’exposition aux organismes nuisibles disséminés par la terre, et permet une utilisation plus efficace de l’espace, des intrants et de la main-d’œuvre. La laitue, le chou vert, les épinards, les herbes, les piments et les tomates, des cultures à croissance rapide et à haute valeur, se prêtent particulièrement bien à cette méthode et peuvent être récoltés plus fréquemment.

Toutefois, l’hydroponie repose sur la précision. La famille Benjamin utilise une méthode reposant sur l’écoulement en continu d’une fine couche d’eau riche en nutriments dans les tuyaux, alimentant les plantes au fur et à mesure. Régler correctement ce débit s’est avéré être l’une des étapes les plus difficiles du processus.

Si la pente des tuyaux est trop raide, le débit est trop rapide et les racines ne reçoivent pas suffisamment de nutriments; si elle est trop faible, le débit ralentit, l’eau stagne, et les racines risquent de ne pas recevoir suffisamment d’oxygène. Apprendre à trouver cet équilibre a pris du temps, tout comme s’adapter à l’utilisation d’engrais spécialement conçus pour les systèmes hydroponiques, qui sont plus coûteux que les intrants conventionnels mais durent plus longtemps.

Les Benjamin ont amélioré leur système hydroponique grâce au soutien financier et technique d’un projet FAO-FVC. ©Josanne and Roger Benjamin

Pour les Benjamin, la culture de la laitue ne constitue qu’une partie de l’équation. Se faire une place sur le marché s’est avéré tout aussi important. La demande est régulière, mais la concurrence des producteurs établis est rude. L’exploitation agricole vend désormais la majeure partie de sa laitue aux supermarchés, tout en utilisant les réseaux sociaux pour atteindre directement les clients. Les clients reviennent souvent, explique Candy, car ils apprécient la qualité constante et la fraîcheur des produits.

Le couple envisage d’ores et déjà de se diversifier. Ils aimeraient cultiver des tomates, des choux et des choux-fleurs, mais pour ce faire, il est nécessaire d’adapter le système hydroponique, notamment en installant des tuyaux plus larges afin d’accueillir des variétés aux racines plus volumineuses.

Ce que le système offre avant tout, c’est la stabilité. À la Grenade, les conditions climatiques extrêmes, notamment les périodes de fortes pluies, peuvent détruire les cultures en provoquant leur pourriture et l’apparition de champignons, tandis que la chaleur peut assécher les sols et réduire les rendements. Ces pressions sont réduites à l’intérieur de la structure couverte. La charpente métallique et la conception ventilée permettent à l’air chaud de s’échapper tout en protégeant les plantes des pluies excessives, créant ainsi un environnement contrôlé où la production peut se poursuivre même dans des conditions difficiles.

L’exploitation d’un système hydroponique s’accompagne de certaines contraintes. Notamment l’électricité, car les pompes doivent fonctionner en continu afin de maintenir les flux d’eau, d’air et de nutriments. Pour y remédier, des panneaux solaires, une pompe solaire et des batteries ont été fournis dans le cadre du projet, représentant un coût d’investissement initial élevé, mais permettant ensuite de maintenir les coûts d’exploitation à un niveau raisonnable. Cette solution contribue à réduire les émissions et à augmenter les revenus des agriculteurs.

L’entretien est relativement limité, et la surveillance du système requiert environ 30 minutes par jour. La nature du travail a également évolué, devenant moins pénible physiquement que l’agriculture traditionnelle, puisqu’il n’est plus nécessaire de labourer le sol ni de rester longtemps penché.

Le système hydroponique de la ferme familiale des Benjamin fonctionne désormais indépendamment des conditions météorologiques, et d’autres agriculteurs ont commencé à s’essayer à l’hydroponie. ©Josanne and Roger Benjamin

Ces changements ont attiré l’attention de la communauté environnante. D’autres agriculteurs explorent désormais l’hydroponie, et les Benjamin ont partagé leurs connaissances, aidant plusieurs d’entre eux à mettre en place des systèmes similaires et leur proposant de visiter leur exploitation.

À l’avenir, Roger et Candy envisagent de créer un modèle «de la ferme à la table», dans lequel les clients pourraient acheter leurs produits directement à la ferme. Ils souhaitent également continuer à partager plus largement leur expérience, en s’appuyant sur ce qu’ils ont appris à force de faire des essais et de commettre des erreurs.

À la ferme familiale des Benjamin, la serre et le système hydroponique fonctionnent désormais indépendamment des conditions météorologiques, ce qui empêche la dilution des nutriments et la prolifération des organismes nuisibles. Pour les Benjamin, cette évolution a non seulement transformé leur façon de cultiver, mais aussi leur vision des possibilités offertes par leurs terres.

En plus d’avoir apporté son soutien aux projets pilotes en faveur de la résilience face au changement climatique, la FAO a aidé le gouvernement de la Grenade à améliorer ses capacités de production et de gestion des données pour la planification de l’adaptation grâce à un certain nombre d’outils et d’instruments, à savoir un portail de gestion des connaissances, un atlas des risques climatiques, un indice de précipitations standard et un indice national de sécurité alimentaire ainsi qu’une politique et un plan d’action en matière d’alimentation et de nutrition. 

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