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Rien ne se perd, tout se transforme en avantages


En Géorgie, le compostage contribue à la santé du sol, à la salubrité des produits et à la réduction des déchets

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Nana Nikuradze a modifié ses pratiques agricoles après avoir rejoint une ferme-école de la FAO soutenue par l’Union européenne et la Suède. Pour la première fois, elle prépare du compost à partir de résidus végétaux, qu’elle laisse se décomposer et se transformer en engrais biologique. ©FAO/Guram Saqvarelidze

26/10/2026

Nana Nikuradze n’est pas agronome de formation, elle a suivi un cursus en études germaniques. Pourtant, après avoir eu des enfants, elle a décidé de cultiver des produits sains pour nourrir sa famille. Ainsi, lorsque son époux et elle ont commencé à faire pousser des légumes, l’agriculture est devenue son activité principale.

«J’ai toujours voulu assurer une alimentation saine à ma famille», confie-t-elle. «Dans un deuxième temps, j’ai décidé d’en faire profiter les autres aussi.»

Avec son mari et leurs trois enfants, elle gère un hectare de terre agricole à Samtredia, dans l’ouest de la Géorgie. Ils y cultivent notamment des piments doux, des aubergines, des tomates, des piments forts, des melons et du maïs. Les années fastes, ils vendent leur excédent de production au marché de Koutaïssi, la grande ville la plus proche.

Pendant ces huit années de maraîchage, Nana a essentiellement pratiqué une agriculture traditionnelle, dans le sillage de ses parents et de son époux. Elle a commencé à changer son approche il y a deux ans, lorsqu’elle a rejoint une ferme-école soutenue par l’Union européenne et le Gouvernement de la Suède. Plusieurs de ces écoles ont été créées dans le cadre du Programme européen de voisinage pour l’agriculture et le développement rural (ENPARD IV), mis en œuvre par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

L’objectif des fermes-écoles est de promouvoir une utilisation sûre et efficiente des produits phytosanitaires tout en formant les agriculteurs et les agricultrices à préserver la santé du sol, à gérer efficacement les semis et l’eau et à réduire les résidus végétaux grâce au compostage, en vue d’une production biologique.

Cette année, pour la première fois, Nana produit son propre compost, à partir de résidus agricoles, de paille, de matière végétale verte et de fumier provenant de son petit troupeau laitier; disposés en couches, ils se décomposent pour former un engrais biologique.

«Mon objectif est de remplacer 100 pour cent des engrais chimiques par du compost biologique pour produire des aliments encore plus sains», explique-t-elle.

Elle fait remarquer que c’est aussi une nouvelle façon de considérer les déchets. Jadis, les agriculteurs de son village brûlaient les résidus de récolte et les autres déchets de matériel végétal au lieu de les valoriser pour nourrir le sol.

«Cela détruisait la biomasse du sol et tuait aussi des insectes utiles», explique Nana. «Ce qui partait autrefois en fumée retourne aujourd’hui à la terre. On économise ainsi sur les engrais et on produit des aliments plus sains».

Supprimer les intrants chimiques peut faire baisser les rendements au début mais procure des avantages: un sol plus sain et la réapparition d’insectes utiles. Ces bénéfices se cumulent et s’accentuent au fil des années. ©FAO/Guram Saqvarelidze

Nana n’utilise pratiquement pas de pesticides, d’herbicides ni d’insecticides, notamment parce qu’elle élève plusieurs colonies d’abeilles à des fins de pollinisation et veut éviter de les exposer à des risques. Lorsque des ravageurs apparaissent sur sa parcelle, elle et sa famille les éliminent à la main grâce des pièges à base de phéromones fournis par la ferme-école de la FAO.

Selon Rati Kharshiladze, spécialiste en agronomie et vulgarisation à la FAO, «renoncer aux intrants chimiques peut entraîner une légère baisse des rendements, mais cette dernière est compensée par des avantages: un sol en bonne santé, la réapparition d’insectes utiles et des produits exempts de résidus de pesticides. Ces bénéfices ne durent pas qu’une saison mais se cumulent au fil des années. Ils s’accroissent tant que les pratiques sont appliquées.»

Un aspect différent, un meilleur goût

Les produits de Nana ne ressemblent pas toujours à ce que les consommateurs ont l’habitude de voir. «Mes brocolis ne sont pas aussi gros que ceux qui reçoivent des engrais chimiques», explique-t-elle. «Mais leur parfum et leur saveur sont incomparables.» Elle ajoute qu’il en va de même pour ses pastèques et ses melons, qui sont plus petits mais ont un meilleur goût.

Pour elle, cet a priori sur l’apparence des produits traduit un véritable manque de sensibilisation des consommateurs; elle espère que cette lacune sera comblée et que les agriculteurs qui travaillent sans intrants chimiques seront plus soutenus.

Le compostage est une manière de recycler les déchets pour produire à nouveau de l’énergie. Il est essentiel de sensibiliser à la réduction des déchets et à la production de denrées alimentaire sans produits chimiques pour soutenir les agriculteurs biologiques et leur production. ©FAO/Guram Saqvarelidze

Sur sa parcelle d’un hectare, Nana aimerait un jour construire quelques petits gîtes pour accueillir des visiteurs et leur permettre de découvrir ses pratiques et d’y participer. Elle imagine ses hôtes récolter des légumes à ses côtés, apprendre à préparer des plats géorgiens traditionnels avec les produits tout juste cueillis ou encore s’essayer à la confection de leur propre tas de compost.

«Tout ce que je fais ici, j’ai envie de le partager avec eux», confie-t-elle. En plus des gîtes, elle prévoit d’élever son petit troupeau de vaches laitières ainsi que quelques poules, «juste ce qu’il faut pour montrer aux visiteurs comment on vit dans un village géorgien».

«Pour moi, des villages où l’on applique avec rigueur des pratiques saines font la force d’un pays. Nous recyclons ce qui était autrefois considéré comme des déchets pour produire à nouveau de l’énergie grâce à un engrais biologique. C’est pourquoi j’aimerais faire découvrir à des citadins ce qu’est vraiment un village, et tout ce qu’il peut offrir lorsqu’il bénéficie d’un soutien.»

Le programme ENPARD a permis d’atteindre plus de 1 500 agriculteurs et agricultrices dans toute la Géorgie, qui ont bénéficié de formations sur le terrain. Destinée à réduire la pauvreté en milieu rural, cette initiative promeut le développement du potentiel cultural de la Géorgie et ouvre des perspectives économiques aux populations rurales. Depuis 2021, il contribue aussi à améliorer la sécurité sanitaire des aliments dans le pays grâce à un financement supplémentaire reçu du Gouvernement de la Suède et de l’agence tchèque de développement.