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L’inspectrice à pied d’œuvre à la frontière


Évaluer les risques pour renforcer la sécurité sanitaire des aliments aux Comores

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Les pays modifient leurs procédures de contrôle à l’importation des aliments afin de mieux protéger les denrées que leurs populations consomment. Aux Comores, la FAO a relevé des lacunes dans les contrôles des importations du pays et a contribué à les pallier en se tournant vers des méthodes fondées sur des données factuelles. ©FAO

04/06/2026

Les conteneurs sont arrivés par la mer comme d’habitude, discrètement, sans aucun indice quant à leurs marchandises ou à d’éventuelles ruptures de la chaîne du froid. À leur bord se trouvaient des ailes de poulet importées qui provenaient de plusieurs lots et d’importateurs différents: autant de points d’interrogation sur ce qui s’est passé entre l’élevage et le quai.

Hounaidat Abdouroihamane, inspectrice sanitaire assermentée à l’Institut national de recherche en agriculture, pêche et environnement des Comores, a rassemblé les formulaires administratifs, une tâche qu’elle accomplit désormais en priorité et de façon systématique.

Menée au point d’entrée à la frontière d’un pays fortement dépendant des importations, cette inspection témoigne d’un changement à l’œuvre dans les moyens mobilisés par les pays pour protéger les aliments que leur population consomme. Dans le cadre d’une initiative financée par l’Union européenne (UE) visant à examiner les systèmes de sécurité alimentaire de 10 pays d’Afrique orientale et australe, dont les Comores, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a relevé des lacunes dans les contrôles à l’importation de ces pays.

Grâce à un financement du Gouvernement d’Irlande et à des contributions volontaires flexibles, la FAO a aidé à combler ces lacunes en faisant évoluer le système, qui est passé d’un contrôle réactif à une approche structurée et fondée sur des données factuelles, concentrant des moyens limités sur les cargaisons présentant le plus de risques.

L’enjeu est tout sauf abstrait. De fait, les Comores importent plus de 80 pour cent des denrées alimentaires consommées sur leurs trois îles. Le riz, la viande et les produits laitiers, qui sont des aliments consommés quotidiennement par près d’un million de personnes, transitent par une poignée de points d’entrée où les inspecteurs assurent le dernier contrôle institutionnel avant que les denrées n’arrivent sur le marché.

Des marchandises qui ne sont pas conformes mais passent les contrôles ne s’arrêtent pas à la frontière. On les retrouve dans les maisons et les écoles, et dans les repas des enfants et des personnes âgées, qui dépendent tout particulièrement d’un système alimentaire qui ne doit pas les abandonner. Au-delà du coût humain, les maladies d’origine alimentaire sapent le budget des ménages et mettent à rude épreuve les systèmes de santé.

Pendant des années, le système de gestion de ce risque reposait sur des observations empiriques. Or, cette approche est irrégulière, non documentée et impossible à défendre ou à reproduire à grande échelle.

L’inspection fondée sur l’analyse des risques repose la question qui est au cœur du travail des inspecteurs. Plutôt que de chercher à savoir quels conteneurs il faut ouvrir, elle cherche à identifier ceux qui sont les plus susceptibles de présenter un danger, et répond à cette question en s’appuyant sur des éléments concrets.

Hounaidat établit désormais un profil de risque avant chaque intervention. Elle s’intéresse à la nature du produit, à sa périssabilité, aux antécédents de conformité de l’importateur, aux conditions et à la durée du transport, ainsi qu’à la traçabilité de la documentation. Elle évalue ses constatations avant de décider où concentrer ses efforts.

L’inspection des ailes de poulet a été l’occasion de mettre cette méthode en pratique. En s’appuyant sur les profils qu’elle avait établis, Hounaidat a prêté une attention particulière aux lots à haut risque. «Les contrôles étaient plus ciblés et les ressources, à savoir le temps et les prélèvements, ont été utilisées de manière optimale», explique-t-elle.

«Maintenant, je prends des décisions qui sont à la fois cohérentes pour le pays et protectrices des consommateurs.»

Les Comores importent plus de 80 pour cent de leur alimentation. Une cargaison de denrées non conformes peut se retrouver dans les maisons et les assiettes de la population. C’est à Hounaidat et aux autres inspecteurs sanitaires qu’il incombe d’empêcher cela. ©FAO

Un rapport de la FAO publié à la fin de l’année 2025 a déterminé que les approches et la catégorisation du contrôle des aliments fondées sur l’analyse des risques faisaient partie des domaines où les besoins sont les plus pressants en Afrique orientale et australe. Il met en évidence un décalage entre la conscience du fait que l’inspection fondée sur l’analyse des risques constitue une bonne pratique et l’existence des infrastructures institutionnelles nécessaires à sa mise en œuvre.

Les Comores ont été le premier pays à mener à bien l’évaluation soutenue par la FAO et à approuver les recommandations finales. Grâce à un financement de l’UE, le pays a mis en œuvre l’outil d’évaluation des systèmes de contrôle des aliments de la FAO et de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), un instrument conçu pour évaluer l’ensemble du système de contrôle alimentaire, de la production à la vente au détail, et non pas considérer l’inspection comme une fonction isolée.

Cette approche systémique montre toute l’importance de la collaboration entre des organismes tels que les douanes, les autorités portuaires, le Ministère de la santé et la chambre de commerce. Les cas de non-conformité sont désormais signalés aux organismes compétents. Les cargaisons dangereuses qui pouvaient autrefois passer entre les mailles du filet, profitant des failles entre les différents mandats institutionnels, se retrouvent maintenant face à un système moins déficient.

Ce projet a été expressément conçu dans le but de lever les obstacles à la libéralisation des échanges tout en protégeant les consommateurs. Avoir un système de contrôle des aliments qui intercepte ce qu’il faut intercepter et autorise ce qu’il faut autoriser est un atout commercial, car la réputation sanitaire d’un pays n’est pas un enjeu minime: elle conditionne le traitement réservé à ses produits à l’étranger et la confiance des consommateurs à l’intérieur du pays.

«Il est important de renforcer la sécurité alimentaire pour soutenir le commerce et l’économie et pour améliorer l’image sanitaire du pays», déclare Hounaidat.

Les Comores ont été le premier pays à adopter l’évaluation soutenue par la FAO. Grâce à un financement de l’UE, le pays a mis en œuvre l’outil d’évaluation des systèmes de contrôle des aliments de la FAO et de l’OMS. ©FAO

La pérennité des résultats obtenus dépend de leur diffusion. Hounaidat explique que les compétences et les outils qu’elle a acquis ont une valeur qui dépasse le cadre de ses propres inspections, précisément parce qu’ils peuvent être transmis. «Ces outils peuvent être transmis à des collègues», précise-t-elle, «ce qui renforce progressivement les capacités nationales.»

Hounaidat espère que les listes de contrôle seront harmonisées et que les grilles d’évaluation des risques seront renforcées dans l’ensemble des organismes et sur les trois îles, qui n’ont pas, à l’heure actuelle, de procédures d’inspection uniformes.

Elle veut aussi que soient mises en place les infrastructures permettant d’assurer cette conformité: des bases de données contenant l’historique des importateurs, des registres de traçabilité accessibles et la numérisation des processus d’inspection, qui permettront d’éclairer les décisions futures.

S’appuyant sur la dynamique du projet initial, des initiatives supplémentaires consolident les systèmes de contrôle des aliments et garantissent la pérennité des efforts de renforcement des capacités. Sur deux des îles des Comores, Mohéli et Anjouan, la FAO déploie les approches de contrôle des aliments fondées sur l’analyse des risques en organisant des ateliers, ce qui permet de renforcer les compétences pratiques des inspecteurs tout en favorisant des pratiques de contrôle harmonisées et décentralisées dans tout le pays.

Dans un métier où les erreurs de jugement, dans un sens comme dans l’autre (laisser passer des marchandises dangereuses ou immobiliser une cargaison sûre), ont des conséquences bien réelles, cette confiance n’est pas un luxe. C’est ce que le système exige des personnes qui travaillent à la frontière.

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