Des politiques à l’action: des avancées majeures dans la lutte contre la pêche INDNR

En Méditerranée et en mer Noire, des pays prennent des mesures afin de créer des conditions équitables pour les pêcheurs légitimes de la région et de veiller à ce que les produits de la mer soient obtenus dans le cadre d’activités réglementées.
05/06/2025
La Journée internationale de la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (pêche INDNR) n’est pas qu’une simple note sur le calendrier. Il s’agit d’un appel mondial à protéger nos océans et les communautés qui en dépendent.
En Méditerranée et en mer Noire, la tendance est en train de s’inverser en matière de pêche INDNR. Ces dernières années, la Commission générale des pêches pour la Méditerranée (CGPM) a considérablement intensifié sa coopération avec les pays dans le domaine de la lutte contre la pêche INDNR et les engagements se sont traduits par des mesures concrètes – en mer, dans les ports et en termes de politiques. À l’approche de la Conférence des Nations Unies sur les océans de 2025, qui se tiendra la semaine prochaine à Nice, le message est clair: la pêche INDNR n’aura pas sa place dans la région à l’avenir.
Un front uni contre la pêche INDNR
Portée par l’Union européenne et ses États membres, ainsi que par la Türkiye, le Maroc et d’autres pays, la CGPM enregistre actuellement des progrès considérables en matière de lutte contre la pêche INDNR. Un des principaux progrès accomplis pendant cette campagne est l’amendement du règlement de l’Union européenne sur le contrôle, qui, fin 2023, a contribué à renforcer considérablement l’utilisation de technologies numériques et de systèmes modernes de gestion de données aux fins de la surveillance des activités de pêche dans les pays de l’Union européenne. L’amendement permet notamment de promouvoir l’utilisation d’applications mobiles intuitives afin de simplifier les procédures de communication des rapports pour les pêcheurs professionnels et amateurs et tous les navires de pêche, quelle que soit leur taille, et de faciliter l’enregistrement de leurs captures dans les journaux de bord électroniques ou d’autres plateformes en ligne. La CGPM s’appuie sur l’expérience de ses membres pour appliquer les enseignements tirés dans toute la région et intensifie actuellement son action afin de faire reculer efficacement la pêche INDNR.
«Au fil des années, les responsabilités du secteur de la pêche en matière de conservation des ressources et d’inspections se sont accrues. Il a été possible d’y faire face grâce à l’application de technologies de pointe qui permettent d’exercer le contrôle et la surveillance en temps réel. Concrètement, cela signifie un avenir durable pour nos ressources halieutiques», affirme un inspecteur des pêches du Service des pêches maritimes, à Malaga (Espagne).
Un des piliers de ces efforts consiste à élaborer et mettre en œuvre des plans d’action nationaux visant à prévenir, contrecarrer et éliminer la pêche INDNR (PAN-INDNR). Jusqu’à présent, en 2025, des améliorations importantes ont été enregistrées dans ce domaine, l’Albanie, le Monténégro, la Türkiye et l’Ukraine travaillant en étroite collaboration avec la CGPM dans le cadre de la rédaction, de la révision et de la mise en œuvre de leurs cadres nationaux.

Pêcheurs en Türkiye ©FAO-CGPM/Claudia Amico
«Le rôle des inspecteurs des pêches a sensiblement évolué, sachant que la technologie et des règlements plus stricts renforcent notre capacité à détecter et à contrecarrer la pêche INDNR. Cette évolution non seulement favorise une gouvernance des pêches plus juste mais elle renforce également la protection des écosystèmes marins fragiles. Aujourd’hui, notre travail va au-delà du seul contrôle de l’application des règlements – c’est un engagement en faveur de la durabilité», affirme Sadettin Doğu, Chef du Département des pêches et de l’aquaculture du Ministère de l’agriculture et des forêts de la Türkiye.
Ces plans sont renforcés par une boîte à outils régionale (modèles de documents juridiques, pratiques optimales et soutien pratique) qui a été conçue pour aider les pays à élaborer leurs PAN-INDNR. Ils sont également alignés sur les pratiques optimales internationales, la Stratégie 2030 de la CGPM et le Plan d’action régional de la CGPM pour la lutte contre la pêche INDNR.
De nouvelles technologies améliorent la traçabilité
Le Maroc fait partie des premiers pays à avoir mis au point des solutions électroniques pour signaler les captures et suivre la pêche artisanale, lesquelles consistent notamment à utiliser des technologies telles que l’identification par radiofréquences pour améliorer la traçage des produits et combattre la pêche INDNR.
«Nous pêchons jour et nuit, mais la pêche illicite menace notre avenir en épuisant les stocks de poisson dont nous dépendons. Si la mer est vide, ma famille n’a plus de moyens de subsistance», affirme El Ayachi El Gargari, un artisan pêcheur du Maroc.

Pêcheur au Maroc ©FAO-CGPM/Claudia Amico
La CGPM a apporté son concours à ce processus en adoptant des recommandations contraignantes et en offrant des examens juridiques dédiés et un appui en matière de rédaction de textes législatifs à plusieurs pays.
Décisions de la CGPM dans ce domaine
- Recommandation CGPM/46/2023/19 relative à l’établissement d’un système de documentation des captures de corail rouge en mer Méditerranée
- Recommandation CGPM/46/2023/20 relative à l’établissement d’un système de documentation des captures de turbot en mer Noire (sous-région géographique 29)
- Recommandation CGPM/46/2023/21 relative à l’observation des navires, modifiant la Recommandation CGPM/44/2021/21
- Recommandation CGPM/46/2023/17 relative à un programme international conjoint d’inspection et de surveillance des pêches de coryphène commune en dehors des eaux relevant de la juridiction nationale en mer Méditerranée
- Recommandation CGPM/46/2023/18 relative à un programme international conjoint d’inspection et de surveillance en dehors des eaux relevant de la juridiction nationale en mer Adriatique (sous-régions géographiques 17 et 18)
Ces mesures sont complétées par des formations visant à doter les autorités et les inspecteurs nationaux des compétences et des outils nécessaires pour renforcer les contrôles des pêches. Dans toute la région, des procédures d’inspection conjointes sont expérimentées et de nouvelles technologies sont mises en place dans les systèmes de suivi des navires par satellite (SSN), le but étant de créer un système d’application de la réglementation plus moderne, plus uniforme et plus transparent.
Un nouveau dispositif pour faciliter le travail des inspecteurs et protéger les pêcheurs
Le Monténégro a récemment participé à un programme pilote sur les SSN qui a permis de tester l’utilisation de transpondeurs sur des navires de pêche artisanale qui se sont portés volontaires. Cette initiative marque un tournant dans la coopération entre les pêcheurs et les autorités et démontre qu’il est possible d’intégrer la pêche artisanale dans des cadres de suivi numériques.

Srećko Andričić, pêcheur de la municipalité de Tivat, Monténégro
«Les systèmes de surveillance des navires par satellite sont essentiels pour protéger les ressources marines, car ils indiquent où opèrent les navires. Ils permettent de détecter des activités de pêche illicite et d’améliorer les efforts de planification et de conservation»

Knežević Ivo, pêcheur d’Ada Bojana, Monténégro
«J’étais favorable à la mise en place du SSN pilote sur mon bateau, car il a de nombreux avantages. Il renforce la sécurité sur nos petits bateaux et aide les inspecteurs à détecter la pêche illicite. Les données sont également mises au service de la conservation des ressources et permettent de garantir une utilisation équitable de l’aide publique, notamment en ce qui concerne le carburant.»
Perspectives
En 2015, la CGPM a proposé que le 5 juin devienne la Journée internationale de la lutte contre la pêche INDNR, une date qui correspond à l’entrée en vigueur de l’historique Accord relatif aux mesures du ressort de l’État du port. Dix ans plus tard, la lutte contre la pêche INDNR est loin d’être terminée, mais quelque chose de fondamental est en train de changer. Les pays ne travaillent plus en vase clos. Ils partagent des connaissances, coordonnent leur action et matérialisent leurs engagements politiques sous la forme de mesures concrètes.
Alors que nous célébrons l’édition 2025 de la Journée internationale de la lutte contre la pêche INDNR, nous mettons à l’honneur les efforts collectifs des autorités, des pêcheurs, des inspecteurs et des communautés côtières qui se battent pour des océans plus équitables et plus durables. La CGPM reste un partenaire engagé dans cet effort, car elle aide à transformer l’ambition en action et l’action en impact durable.
Désormais, la lutte contre la pêche INDNR consistera à protéger les populations, les écosystèmes et l’avenir de nos mers.
Les travaux de la CGPM dans le domaine de l’application sont rendus possibles par le soutien financier de l’Union européenne, le principal donateur de la CGPM, ainsi par l’appui prêté par le Fonds pour l’environnement mondial.
Ressources:
- Journée internationale de la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée | FAO
- Proclamation d’une Journée internationale de la lutte contre la pêche INDNR | GFCM, 2016
- Plan d’action régional pour la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée | FAO
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Photo de couverture: Inspections au port © Ministère de l’agriculture et du développement rural, Albanie
Major advances to #FightIUUFishing in the Mediterranean and the Black Sea
— General Fisheries Commission for the Mediterranean (@UN_FAO_GFCM) June 5, 2025
Countries are taking action to level the playing field for legitimate fishers in the region & ensure that seafood is obtained through regulated activities.
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