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Cultiver son jardin dans un camp de réfugiés


Grâce aux formations sur les potagers innovants, les légumes comme les compétences prospèrent dans ce camp de réfugiés du Kenya.

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Mariam vit dans le camp de réfugiés de Hagadera, à Dadaab, dans l’est du Kenya, depuis 19 ans. Son jardin l’a aidée à se sentir un peu plus chez elle, mais surtout, il fournit des légumes nutritifs aux sept membres de sa famille. ©FAO/Joseph Othieno

26/01/2026

Le potager de Mariam se trouve dans le camp de réfugiés de Hagadera, situé à Dadaab, dans l’est du Kenya. C’est dans ce camp semi-permanent de maisons en tôle ondulée et de tentes de toile que cette femme vit depuis 19 ans. Elle est arrivée ici à l’âge de 34 ans, chassée de son pays natal, la Somalie, par les troubles politiques, et elle n’a pas connu d’autre foyer depuis.

Elle s’est énormément investie, au fil des années, pour faire de ce lieu un chez-soi. Son jardin l’y a beaucoup aidée, mais il a également offert aux sept membres de sa famille une importante source de produits nutritifs et variés.

L’appui aux jardins potagers du camp de Dadaab est l’une des composantes d’un projet d’aide à l’installation des réfugiés financé par l’Union européenne (UE) et mis en œuvre par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), en collaboration avec d’autres organismes des Nations Unies.

Si 2 000 communautés de réfugiés et d’accueil de Dadaab ont bénéficié d’une aide à la création de jardins dans le cadre de ce projet, le potager de Mariam sort du lot. Avec les semences que lui a fournies la FAO, elle cultive des épinards, du chou frisé (communément appelé Sukuma Wiki), des morelles noires, du niébé, de l’amarante et de la corète potagère. Ses productions se démarquent largement en quantité comme en qualité, raison pour laquelle les autres membres de la communauté viennent prendre conseil auprès d’elle. Certains lui demandent également quelques légumes pour nourrir leur famille.

«C’est devenu la norme; les femmes viennent ici pour admirer mon potager. Je fournis des légumes à certaines d’entre elles, mais la plupart sont tout simplement éblouies, car elles n’auraient jamais imaginé que de tels potagers puissent exister à Dadaab. À leur tour, elles ont pris leur courage à deux mains pour créer leur propre potager», explique Mariam. 

Avec les financements de l’UE, la FAO a contribué à la mise en place de potagers dans le camp de réfugiés, fournissant des semences et dispensant des formations sur la production maraîchère et la nutrition. ©FAO/Joseph Othieno

Dadaab étant située dans une région principalement sèche, aux sols sableux et aux ressources en eau limitées, il s’agissait d’une véritable gageure. Cependant, la FAO a dispensé des formations expliquant comment produire des cultures dans ces conditions. Mariam aussi a dû se démener pour entretenir le jardin verdoyant qui prospère aujourd’hui. Pour l’épauler, cette femme à la main verte reçoit des visites régulières des prestataires de services de vulgarisation agricole de la FAO, qui surveillent la progression de ses cultures.

«Après la formation, on m’a dit que les légumes avaient besoin d’un sol franc [un type de sol fertile]. Le sol à Dadaab étant principalement sableux, il a fallu que j’aille chercher de la terre à une heure d’ici, avec un âne et une charrette», raconte Mariam. «Mais je savais que j’allais réussir, comme en témoignent les résultats que vous voyez aujourd’hui», poursuit-elle.

Elle ajoute que c’est principalement son désir de voir ses enfants manger des aliments variés, et en quantité suffisante, qui l’a poussée à créer un potager. Mariam fait désormais partie des réfugiés autonomes qui n’ont plus besoin de rations alimentaires, concrétisant ce qui était son rêve et son ambition.

«Ces légumes sont meilleurs que ceux que j’avais l’habitude d’acheter au marché. Ils sont frais, et grâce à eux, je dépense beaucoup moins en achats», souligne Mariam.

Son potager lui permet d’économiser environ 45 USD par mois. Avec cet argent, elle peut acheter d’autres biens essentiels pour sa famille.

Mariam et les sept membres de sa famille mangent des légumes à chaque repas et ont même de quoi en donner une partie à leurs voisins, contribuant à populariser la pratique du potager auprès des autres réfugiés. ©FAO/Joseph Othieno

Mariam explique que sa principale contrainte est le manque d’espace. Elle rêverait d’agrandir son potager afin de pouvoir produire davantage – suffisamment pour nourrir sa famille, voire pour vendre les excédents au marché.

«Je suis sûre que mes légumes auront plus de succès que ceux qui viennent d’autres régions, car ils arriveront très frais sur l’étal», ajoute-t-elle.

En plus des formations sur les potagers, les ménages peuvent également assister à des démonstrations culinaires qui leur permettent d’acquérir des compétences pratiques et renforcent leur capacité à préparer des repas variés et nutritifs à partir d’aliments disponibles localement.

«C’est formidable de voir des femmes comme Mariam et beaucoup d’autres adopter ce mode de production alimentaire, qui est très pratique mais surtout très efficace en termes de nutrition et de revenus», déclare Elizabeth Kamau, responsable du projet à la FAO.

Le projet a pour ambition d’atteindre 2 000 foyers supplémentaires, en encourageant également l’élevage de volailles de basse-cour. La carence en fer et l’anémie chez les femmes en âge de procréer et la faible diversité de l’alimentation des enfants de moins de 5 ans restent des préoccupations majeures à Dadaab. En cultivant des légumes et en élevant des volailles, les familles s’assurent l’accès à des aliments frais et abordables qui contribuent à combler les carences nutritionnelles.

Le présent article fait partie d’une série célébrant les agricultrices du monde entier. Des productrices, pêcheuses et éleveuses pastorales aux commerçantes, agronomes ou encore entrepreneuses rurales, toutes sont à l’honneur. L’Année internationale des agricultrices (2026) vise à reconnaître leurs contributions essentielles à la sécurité alimentaire, à la prospérité économique et à l’amélioration de la nutrition et des moyens de subsistance, malgré la lourde charge de travail, les conditions de travail précaires et l’accès inégal aux ressources dont elles pâtissent. Elle promeut une action collective et des investissements ayant pour but l’autonomisation des femmes dans toute leur diversité et la mise en place de systèmes agroalimentaires plus justes, plus inclusifs et plus durables pour tous. 

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