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Un œuf par jour qui fait toute la différence


Créer des liens entre les repas scolaires et la petite agriculture au Bhoutan

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L’initiative «Un enfant, un œuf», lancée par le Gouvernement du Bhoutan avec le concours de la FAO, met directement en lien des petits éleveurs de volaille et des programmes d’alimentation scolaire en vue de lutter contre la malnutrition chez les enfants tout en créant un marché stable pour les producteurs ruraux. ©FAO/Choki Wangmo

01/04/2026

Empruntant une route qui peut facilement passer inaperçue et qui serpente entre les arbres touffus des collines boisées du Bhoutan, Tenzin Drukpa et Pampa Maya Tamange livrent pile après pile de plateaux chargés d’œufs à 15 écoles primaires des districts de Thimphu et de Chhukha.

Tenzin et Pampa font ce trajet chaque mois, depuis leur exploitation à flanc de colline, pour acheminer leurs produits jusqu’aux assiettes de centaines d’enfants, pour qui le repas scolaire est parfois le repas le plus nutritif de la journée.

L’initiative, lancée par le Gouvernement royal du Bhoutan avec le concours de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), met directement en lien des petits éleveurs de volaille et des programmes d’alimentation scolaire en vue de lutter contre la malnutrition chez les enfants tout en créant un marché stable pour les producteurs ruraux. Ce projet pilote mené sur deux ans, appelé «Un enfant, un œuf», permet actuellement de proposer des œufs à 32 000 élèves dans 343 écoles du pays.

Au Bhoutan, près d’un enfant sur cinq âgé de moins de 5 ans souffre d’un retard de croissance, environ 9 pour cent sont en insuffisance pondérale et plus d’un tiers des adolescentes sont touchées par l’anémie. Les œufs sont l’un des aliments les plus riches en nutriments à disposition. Ils sont riches en protéines, en matières grasses saines, en vitamines et en minéraux qui sont essentiels pour le développement cérébral, la croissance et le système immunitaire des enfants.

Les élèves disent avoir remarqué une nette amélioration de leur santé et de leur énergie à l’école et les enseignants indiquent que les élèves semblent plus attentifs en cours depuis le lancement du programme.

De l’autre côté de l’équation, on trouve Tenzin, qui a commencé son élevage de volaille en 2018 et qui, par le passé, a déjà presque tout perdu. Lorsque la pandémie de covid-19 a frappé, le prix des œufs s’est effondré et les plateaux d’œufs invendus se sont accumulés dans ses hangars. Puis en 2023, une toxine présente dans l’alimentation de ses animaux s’est propagée parmi son élevage et a tué 2 700 poules, engendrant une perte estimée à 3,6 millions de ngultrum – environ 43 000 USD.

Il n’a pas abandonné. Le Gouvernement lui a accordé un prêt de relance économique pour lui permettre de reconstituer et de développer son exploitation. Le marché des œufs s’est progressivement rétabli et, lorsque l’initiative «Un enfant, un œuf» a débuté, elle a donné accès à quelque chose qui n’a pas de prix: un acheteur fiable. Aujourd’hui, ses hangars abritent 4 000 volatiles et le gloussement des poules se mêle au bruit des plateaux d’œufs destinés aux écoles des environs.

«Avant, le marché des œufs était instable», dit Tenzin. «Cette initiative nous a ouvert des portes. Maintenant, nous savons que les écoles ont besoin de nous.»

Au Bhoutan, près d’un enfant sur cinq âgé de moins de 5 ans souffre d’un retard de croissance, environ 9 pour cent sont en insuffisance pondérale et plus d’un tiers des adolescentes sont touchées par l’anémie. ©FAO/Choki Wangmo

Des changements et des rapprochements similaires se produisent dans le sud-ouest du Bhoutan, où les agriculteurs répondent aussi à la demande prévisible des écoles. Dans le district de Samtse, près de la frontière avec l’Inde, Ganesh Bdr Ghalley, âgé de 37 ans, vendait souvent ses œufs à perte, mais il approvisionne désormais deux écoles qui accueillent plus de 200 élèves. «J’ai deux enfants qui vont à l’école», dit-il. «Fournir des œufs est aussi un acte de bonne volonté.»

Toujours dans le district de Samtse, plus à l’est, l’élevage de volaille de Dependra et Sabitra Gurung compte 750 poules qui permettent d’approvisionner en œufs une école primaire située à proximité, qui accueille 300 élèves. «L’initiative nous a aidés en nous donnant accès à des marchés fiables», explique Dependra. «Nous sommes désormais autosuffisants.»

L’initiative pilote sur deux ans permet actuellement de fournir des œufs à 32 000 élèves dans 343 écoles du Bhoutan. Le programme propose également une formation à 280 cuisiniers dans 20 districts, pour leur apprendre de nouvelles recettes et les bonnes pratiques en matière de sécurité sanitaire des aliments. ©FAO/Sonam Phuntsho

Les œufs au menu dans les écoles

À l’école primaire de Soeltapsa, un ensemble de petits bâtiments scolaires surplombe une petite cour d’école entourée de collines verdoyantes. Située dans le district de Samtse, l’école accueille des enfants des villages qui parsèment la campagne environnante. Avant l’initiative, les cuisiniers utilisaient rarement des œufs pour préparer les repas scolaires.

«Les œufs sont devenus une part importante de l’alimentation des enfants à l’école», dit Karma, une fournisseuse d’œufs et membre du groupe des femmes de Soeltapsa. «Avant l’initiative, nous ne fournissions pas d’œufs et ils n’étaient pas servis lors des repas.»

Pour les cuisiniers de la cantine scolaire, qui préparent des repas pour des dizaines d’enfants en même temps, les œufs durs étaient la solution toute trouvée – simple, rapide et fiable. Mais les enfants remarquent quand le menu est toujours le même et ils avaient commencé à le faire savoir. Face à cela, le programme a proposé une formation à 280 cuisiniers dans 20 districts, pour leur apprendre non seulement de nouvelles recettes, mais aussi de meilleures pratiques en matière de sécurité sanitaire des aliments.

Et cela se voit aux fourneaux. Des cuisiniers qui avant n’utilisaient presque que de l’eau bouillante font maintenant revenir de l’ail et de l’oignon et mélangent des œufs et des pommes de terre à de l’hoentshey – un type d’épinard sauvage qu’on trouve au Bhoutan – pour préparer du gongdo hoentshey, une sorte d’œufs brouillés agrémentés de piment.

D’autres cuisinent de l’egg paa: des œufs durs cuits à feu doux dans un mélange délicieusement épicé de tomate, de gingembre et d’ail, servis avec des quartiers de pomme de terre dorés à souhait et parsemés de piment vert et de coriandre. Le Gouvernement a également augmenté l’allocation destinée aux repas scolaires, qui est passée de 1 500 ngultrum à 3 100 ngultrum par enfant (soit environ 38 USD), signe que le programme élargit sa portée.

Dans sa ferme à flanc de colline à Damchu, Tenzin réfléchit à la prochaine étape. Selon lui, un meilleur accès aux poussins, de meilleurs hangars et des prix équitables aideraient les agriculteurs à développer leur production tout en aidant les enfants à mieux grandir, créant ainsi une nouvelle génération en bonne santé. 

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