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Quand la chaleur se fait sentir


Quatre solutions pratiques face à la chaleur extrême dans le secteur agricole

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On parle de chaleur extrême lorsque les températures dépassent les valeurs normales pendant une durée suffisamment longue pour entraîner un stress physiologique et causer des dommages directs aux cultures, aux animaux d’élevage, aux espèces aquatiques, aux forêts et aux populations. FAO/Patrick Meinhardt

22/04/2026

Autrefois, la chaleur ne posait pas de problème à Sary Kea, une rizicultrice du bassin nord du Tonlé Sap, au Cambodge. Jusqu’à ce qu’elle commence à nuire à ses récoltes. Ces dernières années, à cause des épisodes de chaleur extrême, elle a perdu une grande partie de ses récoltes de riz.

«Nous avons dû semer à plusieurs reprises, mais la pluie n’est jamais tombée» explique‑t‑elle. Chaque tentative infructueuse était synonyme de perte de revenus, de coûts supplémentaires et d’une inquiétude grandissante pour la saison suivante. Ce scénario se répète bien au-delà du Cambodge.

Une nouvelle analyse conjointe de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) montre dans quelle mesure la chaleur extrême interagit avec la pluie, l’humidité, le vent et la sécheresse pour produire des effets combinés qui perturbent aussi bien les exploitations agricoles que les écosystèmes.

On parle de chaleur extrême lorsque les températures diurnes et nocturnes dépassent les seuils normalement observés pendant une durée assez longue pour causer un stress physiologique et causer des dégâts directs aux cultures, aux animaux d’élevage, aux espèces aquatiques, aux forêts et aux populations. Il en résulte une baisse des rendements, des difficultés pour le secteur de la pêche, un risque accru d’incendie et des conditions de travail dangereuses pour les travailleurs agricoles.

Pour s’adapter, il faudra investir dans des variétés végétales et des races animales tolérantes à la chaleur, adopter de nouvelles pratiques et faire des choix difficiles quant aux espèces à cultiver et aux zones propices à leur culture. Toutefois, les agriculteurs aussi ont besoin de réponses concernant les saisons à venir. La chaleur étant amenée à s’intensifier au cours des prochaines années, des solutions immédiates et concrètes s’imposent. Voici quatre des réponses à apporter face à la chaleur extrême:

1. Alerte précoce et intervention rapide

Les agriculteurs ne peuvent pas se préparer à ce qu’ils ignorent, d’où l’importance de l’alerte précoce, l’un des moyens les plus efficaces pour faire face à la chaleur extrême. Or, les prévisions de température à elles seules ne suffisent pas. Elles doivent se traduire par des indications pratiques au niveau local pour permettre aux agriculteurs de prendre les bonnes décisions.

Au Cambodge, le projet PEARL, financé par le Fonds vert pour le climat (FVC), aide environ 450 000 agriculteurs dans quatre provinces à se prémunir contre les vagues de chaleur dangereuses grâce à l’installation et à la modernisation de stations météorologiques, ainsi qu’à l’envoi d’indications adaptées aux des différentes variétés cultivées, au moyen d’une application mobile, qui diffuse des alertes sous forme de SMS ou de messages vocaux à l’intention des agriculteurs ayant des difficultés à lire.

Ainsi, au début de la saison chaude en avril, il a été conseillé aux agriculteurs cambodgiens d’utiliser du paillis pour conserver l’humidité du sol. Lorsque les prévisions indiquent des températures supérieures à 38 °C, les alertes recommandent de mettre les légumes à l’ombre, de stocker de l’eau supplémentaire, d’irriguer pendant les heures les plus fraîches et de garder les produits à l’abri du soleil.

Grâce à ce délai, les agriculteurs ne sont plus pris au dépourvu face à la chaleur et peuvent prendre les mesures nécessaires. Il existe différentes mesures efficaces en fonction des cultures, des animaux et du lieu, mais le principe reste le même: combiner des conseils adaptés au contexte local à des produits de base pour réduire le stress thermique. Dans certains cas, cela implique de mettre les cultures à l’ombre, d’installer des brumisateurs ou d’accroître le stockage de l’eau. Dans d’autres, il s’agit de modifier les pratiques de gestion: ajuster les calendriers de plantation, nourrir les animaux d’élevage pendant les heures les plus fraîches pour que leur digestion n’aggrave pas la chaleur, ou assurer un accès à l’ombre pour les volailles, qui ne peuvent pas transpirer. 

En haut, à gauche: L’alerte précoce est l’un des moyens de protection les plus efficaces contre la chaleur extrême. Cependant, il faut traduire les prévisions de température en indications pratiques destinées aux agriculteurs. ©FAO/Aris Mihich En bas, à droite: Aujourd’hui, la chaleur extrême constitue l’une des menaces les plus graves pour la santé des agriculteurs, car elle favorise la déshydratation, les lésions rénales et les maladies chroniques. © FAO/IFAD/WFP/Eduardo Sotera

2. Variétés et races tolérantes à la chaleur

Dans les régions où la chaleur extrême devient la norme, il peut s’avérer nécessaire de se tourner vers des cultures plus adaptées au stress thermique ou hydrique, voire de remplacer les bovins par des caprins et des ovins, qui tolèrent mieux la chaleur.

Au Laos comme en Gambie, la FAO et le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) ont fourni des systèmes d’alertes précoces et des indications sur les conditions agroclimatiques, accompagnés du déploiement de variétés végétales tolérantes à la chaleur et à la sécheresse, afin que les agriculteurs puissent anticiper le stress thermique et adapter leurs semis en conséquence. Le Pakistan est un exemple de réussite: dans le cadre d’un projet conjoint de la FAO et du FVC, l’utilisation de variétés de coton et de blé tolérantes à la chaleur et à la sécheresse, associée à des pratiques de protection contre la chaleur comme le paillage, a permis d’obtenir un rendement atteignant 8 USD pour chaque USD investi.

3. Rafraîchir les chaînes d’approvisionnement alimentaire

La chaleur extrême a aussi pour effet d’accélérer la détérioration des produits après la récolte, le stress thermique devenant ainsi synonyme de perte de revenus et de malnutrition. Selon les estimations, 526 millions de tonnes de denrées alimentaires, soit environ 12 pour cent de la production mondiale, sont perdues ou gaspillées en raison d’une réfrigération insuffisante, une situation qu’aggravent les vagues de chaleur. En Jamaïque, le FVC soutient ADAPT Jamaica, un projet appuyé par la FAO, visant à mettre en place des solutions de stockage frigorifique à énergie solaire afin que les petits exploitants puissent conserver leurs produits dans des conditions optimales lorsque la chaleur devient intense.

4. Protection des producteurs

Aujourd’hui, la chaleur extrême constitue l’une des menaces les plus graves pour la santé des agriculteurs, car elle favorise la déshydratation, les lésions rénales et les maladies chroniques, mettant à rude épreuve les systèmes de santé publique. Plus d’un tiers de la main-d’œuvre mondiale, soit environ 1,2 milliard de personnes, est exposée chaque année à des risques liés à la chaleur sur le lieu de travail, l’agriculture figurant parmi les secteurs les plus touchés. Protéger les travailleurs implique de considérer la chaleur comme un risque professionnel, donc de planifier le temps de travail en fonction des prévisions, de prévoir des zones ombragées, de l’eau et des temps de pause et de proposer une formation de base sur les premiers signes de stress thermique.

Depuis qu’elle a accès au service agrométéorologique du Cambodge, Sary Kea peut mieux organiser ses activités rizicoles et s’adapter aux variations climatiques. ©FAO/Pisey Khun

Sary Kea ne voit plus la chaleur extrême comme une menace grave pour ses récoltes. Elle peut s’y préparer. Grâce aux alertes rapides, elle peut adapter ses journées, protéger ses cultures et mettre sa famille à l’abri du danger.

C’est ainsi que les agriculteurs, qui subissent déjà de plein fouet la hausse des températures, se préparent à la chaleur: des alertes précoces qui permettent d’agir, des indications pratiques, des solutions de stockage pour préserver les produits et des mesures de sécurité élémentaires pour les personnes qui travaillent sur le terrain. La chaleur extrême transforme déjà l’agriculture. Voilà comment les agriculteurs gardent une longueur d’avance.