Profil d’information sur le danger : virus Bundibugyo
Focus sur l’exposition animale et l’interface animal-humain
Juillet 2026
La maladie à virus Ebola (MVE), anciennement appelée fièvre hémorragique Ebola, est une maladie humaine grave, souvent mortelle, causée par une infection par des virus du genre Orthoebolavirus, anciennement Ebolavirus, appartenant à la famille des Filoviridae. À ce jour, six espèces connues d’orthoebolavirus ont été identifiées : virus Ebola (EBOV, anciennement appelé virus Ebola Zaïre), virus Soudan (SUDV), virus Reston (RESTV), virus de la forêt de Taï (TAFV), virus Bundibugyo (BDBV) et virus Bombali, ce dernier ayant été identifié pour la première fois en 2018. Parmi celles-ci, les orthoebolavirus Reston et Bombali n’ont pas encore été associés à une maladie chez l’être humain.
Le BDBV a été identifié pour la première fois en 2007 lors d’une flambée épidémique survenue dans le district de Bundibugyo, dans l’ouest de l’Ouganda, où les investigations moléculaires ont montré que le virus était génétiquement distinct des orthoebolavirus connus jusqu’alors (Towner et al., 2008).
Historiquement, les principales flambées documentées de BDBV chez l’être humain sont survenues en Ouganda (2007-2008) et en République démocratique du Congo (2012), avec des données limitées sur la source animale initiale propre à chacun de ces foyers.
En avril 2026, une nouvelle épidémie de maladie à virus Ebola causée par le BDBV a été détectée en République démocratique du Congo, avec des cas importés signalés par la suite en Ouganda. Au 22 juillet 2026, 2 905 cas humains ont été confirmés en République démocratique du Congo (1 269 décès), 20 en Ouganda (2 décès), ainsi qu’un cas importé en France ( U.S. Centers for Disease Control and Prevention,, 2026).
La source d’infection du ou des cas primaires reste en cours d’investigation. À ce jour, les autorités nationales n’ont identifiéni espèce animale spécifique ni événement d’exposition responsable des infections humaines initiales.
Réservoir faunique et sensibilité des hôtes au BDBV
Comparativement au virus Ebola (EBOV), découvert en 1976, les données disponibles sur la présence du BDBV chez les animaux les animaux restent extrêmement limités. À ce jour, aucune étude de terrain n’a démontré une infection naturelle, une excrétion virale ou un maintien du BDBV dans une population animale sauvage ou domestique en Afrique.
Une étude longitudinale menée chez des chauves-souris frugivores paillées africaines (Eidolon helvum) au Cameroun en 2018-2019 a mis en évidence des anticorps réactifs aux antigènes du BDBV, indiquant une exposition antérieure à un ebolavirus antigéniquement apparenté au BDBV (Djomsi et al., 2022). Toutefois, compte tenu de l’importante réactivité croisée des anticorps entre différents orthoebolavirus, ces résultats ne permettent pas de confirmer de manière fiable la circulation du BDBV chez cette espèce. Dans des conditions expérimentales, les macaques rhésus se sont révélés sensibles à l’infection par le BDBV (Mire et al., 2013). Néanmoins, le BDBV est moins uniformément létal que l’EBOV chez cette espèce, la survie étant associée à une activation plus précoce des réponses immunitaires adaptatives (Woolsey et al., 2021 ; Mire et al., 2013).
Sensibilité des animaux domestiques au BDBV
À ce jour, aucune donnée confirmée ne montre que les animaux domestiques aient joué un rôle dans les épidémies de BDBV. Toutefois, des données expérimentales suggèrent que certaines espèces domestiques pourraient être sensibles à l’infection.
Des études menées chez des porcs domestiques montrent que le BDBV peut provoquer une infection productive, avec dissémination tissulaire et excrétion virale, malgré l’absence de signes cliniques évidents (Lewis et al., 2022, 2024). Les porcs infectés expérimentalement ont développé des charges virales détectables dans l’appareil respiratoire, ce qui suggère que la muqueuse respiratoire pourrait constituer une voie importante d’excrétion du virus dans l’environnement. Une étude ultérieure de profilage immunitaire a confirmé que l’infection par le BDBV chez le porc est principalement subclinique, mais induit une forte réponse adaptative dans les poumons et les ganglions lymphatiques trachéobronchiques (Kim et al., 2025).
Dans l’ensemble, ces résultats suggèrent que les porcs pourraient agir comme hôtes subcliniques, avec un rôle possible dans l’amplification virale ou la contamination environnementale. Toutefois, la pertinence épidémiologique de ces observations pour la transmission du BDBV en conditions naturelles de terrain reste incertaine et nécessite des investigations supplémentaires.
Des furets sont considérés comme un modèle mammifère particulièrement pertinent pour l’étude de l’infectiosité, de la pathogenèse et de la transmission des orthoebolavirus, car ils sont sensibles à l’infection par des virus sauvages et développent des signes cliniques proches de ceux observés chez l’être humain.
Des furets infectés expérimentalement avec des isolats cliniques de BDBV sont devenus virémiques au jour 4 et sont morts entre les jours 8 et 9, avec éruption cutanée, thrombocytopénie, lymphopénie, atteintes organiques et réplication virale incontrôlée dans les principaux organes (Kozak et al., 2016). Par ailleurs, Cross et al. (2016) ont montré que le BDBV de type sauvage était létal chez le furet, avec une réplication systémique, confirmant la forte sensibilité de ce modèle mammifère. L’infection entraîne une virémie et une atteinte multiviscérale, en particulier du foie et de la rate, avec une progression de la maladie comparable à celle observée chez les primates non humains.
Données sur les réservoirs et hôtes animaux potentiels d’autres orthoebolavirus
Animaux sauvages
Bien que le réservoir naturel et les voies de franchissement de la barrière d’espèce du BDBV restent incertains, les études portant sur d’autres orthoebolavirus apportent des éléments écologiques importants. Parmi les chauves-souris et les grands singes sauvages, les données les plus solides concernent l’EBOV, tandis qu’elles sont beaucoup plus limitées pour le SUDV et extrêmement rares pour le TAFV. Les seules détections virologiques confirmées chez des hôtes considérés comme de possibles réservoirs concernent l’EBOV, avec détection d’acide ribonucléique (ARN) viral chez trois espèces africaines de chauves-souris frugivores et des données sérologiques chez d’autres chauves-souris frugivores et insectivores.
Toujours pour l’EBOV, les grands singes sauvages et les céphalophes (famille des Bovidae), sont mieux compris comme des hôtes cliniquement sensibles, constituant des impasses épidémiologiques, plutôt que comme des réservoirs (Leroy et al., 2005 ; Judson et al., 2016 ; Riesle-Sbarbaro et al., 2024).
D’autres études ont également apporté des éléments sur les rôles potentiels de petits rongeurs. L’une d’elles a mis en évidence des anticorps IgG anti-orthoebolavirus chez des chauves-souris et des rongeurs à partir d’échantillons collectés en République démocratique du Congo en 2021 (van Vredendaal et al., 2024).
Animaux domestiques
Les données disponibles suggèrent que les animaux domestiques jouent un rôle plus limitée dans l’écologie et la transmission des orthoebolavirus pathogènes pour l’être humain.
Des infections naturelles par des ebolavirus ont été documentées chez les chiens par des études sérologiques. Toutefois, ces infections semblent subcliniques et qu’il n’existe pas de preuve que les chiens transmettent le virus à l’être humain (Allela et al., 2005 ; Olson et al., 2012 ; Haun et al., 2019 ; Fischer et al., 2020).
Parmi les animaux domestiques, les porcs sont ceux pour lesquels les données disponibles sont les plus solides en ce qui concerne la sensibilité à l’infection par les orthoebolavirus et de l’excrétion virale démontrée en conditions expérimentales. Des études de terrain menées en Afrique de l’Est et de l’Ouest ont fourni des données sérologiques compatibles avec une infection par des virus apparentés à l’EBOV ou au SUDV, mais l’infection naturelle par l’EBOV lui-même n’a pas été documentée (Atherstone et al., 2021 ; Fischer et al., 2018, 2020 ; Ogawa et al., 2022 ; Grayo et al., 2024). À ce jour, une infection naturelle chez le porc n’a été démontrée que pour le virus Reston jusqu’à présent (Barrette et al., 2009).
Les données relatives à l’infection chez les petits ruminants semblent limitées à une seule étude menée au Gabon, dans laquelle des chèvres et des moutons présentaient une faible séroprévalence d’anticorps anti-EBOV, sans détection d’ARN viral. Ces résultats sont davantage compatible avec une exposition environnementale qu’avec une infection active (Ndong Mebaley et al., 2025).
Transmission animal-animal du BDBV
Lewis et al. (2024) ont rapporté des données limitées suggérant une transmission potentielle du BDBV entre porcs, sur la base de la séroconversion d’un animal naïf hébergé avec un porc infecté expérimentalement. Toutefois, aucun virus actif n’ait été détecté chez cet animal contact.
Données sur les voies de transmission animal-animal d’autres orthoebolavirus
Les modes de transmission de l’EBOV entre espèces animales vivant en milieu forestier sont peu documentés, mais certaines études ont suggéré un franchissement de la barrière d’espèce depuis les chauves-souris vers les primates non humains, les céphalophes et d’autres mammifères, notamment par la consommation de fruits tombés au sol et potentiellement contaminés par la salive ou le guano de chauves-souris (Gonzalez et al., 2007).
Une étude a également rapporté la prédation de chauves-souris par des singes (Tapanes et al., 2016), suggérant une autre voie potentielle de franchissement de la barrière d’espèce par le virus Ebola vers les populations de primates non humains. Les chimpanzés sont également connus pour chasser les porcs sauvages, ce qui pourrait offrir une opportunité de transmission de l’EBOV entre des porcs infectés et des chimpanzés (Atherstone et al., 2015).
Dans les systèmes de production porcine de petits exploitants en Ouganda, les porcs domestiques divaguent souvent librement et interagissent régulièrement avec la faune sauvage autour de ressources partagées, telles que les arbres fruitiers et les sites d’alimentation, ce qui augmente les possibilités d’exposition interspécifique aux agents pathogènes (Ouma et al., 2014). Des études expérimentales ont montré que les porcs (Sus scrofa) sont sensibles à l’infection par l’EBOV et peuvent transmettre le virus directement à des porcs naïfs en contact, ainsi qu’indirectement à des primates non humains, en l’occurrence des macaques cynomolgus (Kobinger et al., 2011 ; Weingartl et al., 2012). Des observations de terrain réalisées lors de l’épidémie de MVE de 2017 dans le Bas-Uélé, en République démocratique du Congo, ont rapporté une mortalité porcine inexpliquée dans des villages situés dans la zone épidémique, soulevant l’hypothèse d’un possible passage du virus aux porcs domestiques. Toutefois, aucune confirmation virologique n’a été obtenue et d’autres causes, telles que la peste porcine africaine, ne pouvaient être exclues.
Transmission animal-humain du BDBV
Les sources animales des épidémies de BDBV survenues en 2007, en 2012 et plus récemment en 2026 demeurent incertaines, avec des informations limitées ou contradictoires sur les expositions suspectées à la faune sauvage.
Un rapport de mission anthropologique consacré à l’épidémie de BDBV survenue en République démocratique du Congo en 2012 apporte des éléments sur les facteurs de risque potentiels d’exposition au BDBV, notamment d’importants déplacements de chauves-souris frugivores, l’alimentation de chauves-souris dans les manguiers, la collecte par les habitants de fruits tombés et partiellement consommés, ainsi qu’une possible contamination par les chauves-souris des récipients utilisés pour la collecte du vin de palme (Epelboin A., 2012).
Données sur les voies de transmission animal-humain d’autres orthoebolavirus
Au regard des données disponibles sur l’écologie des orthoebolavirus et sur les épidémies passées, les groupes potentiellement exposés comprennent les chasseurs, les personnes manipulant de la viande d’animaux sauvages, les commerçants d’animaux sauvages, les travailleurs forestiers, les mineurs, les personnes entrant dans des grottes ou des sites de repos de chauves-souris, les agriculteurs travaillant à proximité d’arbres fruitiers, ainsi que les communautés collectant ou consommant des fruits contaminés par des animaux.
En Ouganda, des études sérologiques menées chez des personnes en contact avec la faune sauvage ont mis en évidence une réactivité aux antigènes du SUDV, de l’EBOV et du BDBV. Les facteurs de risque comprenaient le contact avec des céphalophes, la chasse aux primates et le fait de toucher ou de consommer des aulacodes, bien que ces associations ne soient pas spécifiques au BDBV (Smiley Evans et al., 2018).
Une autre étude menée en République démocratique du Congo a également indiqué que les visites en forêt ou la chasse, ainsi que l’exposition à des rongeurs ou à des céphalophes, prédisaient une probabilité plus élevée de séropositivité à l’EBOV (Mulangu et al., 2018).
Le rôle actif des chiens domestiques dans l’épidémiologie d’Ebola reste incertain. Toutefois, les chiens et les chats pourraient potentiellement transporter le virus et agir comme fomites lorsqu’ils se nourrissent de carcasses infectées et déplacent des restes plus près des populations humaines.
Les déterminants anthropologiques du passage de la maladie aux populations humaines restent insuffisamment caractérisés.
Tableau 1. Synthèse des données disponibles sur l’exposition, l’infection et la transmission du virus Bundibugyo (BDBV) dans différents groupes animaux.
| Groupe Animal | Données d’exposition | Données d’infection | Données de transmission au sein du groupe ou vers d’autres groupes | Interprétation opérationnelle |
| Chauves-souris frugivores | Réactivité sérologique rapportée, bien qu’une réactivité croisée avec d’autres orthoebolavirus soit possible. | Infection naturelle non confirmée | Inconnues | À prendre en compte dans les investigations centrées sur l’interface animal-humain, tout en évitant de supposer un statut de réservoir confirmé. |
| Primates non humains | Sensibilité expérimentale chez les macaques rhésus. Aucune donnée de terrain. | Infection expérimentale démontrée. Aucune donnée de terrain. | Inconnues | Pertinents principalement pour la comparaison de la sensibilité des hôtes et les investigations sur les événements sanitaires touchant la faune sauvage. |
| Porcs domestiques | Infection expérimentale et excrétion virale rapportées. Aucune donnée de terrain. | Infection expérimentale avec excrétion virale démontrée. Aucune donnée de terrain. | Données expérimentales limitées compatibles avec une transmission entre porcs. Aucune donnée de terrain. | À investiguer uniquement dans des contextes fondés sur le risque ; ne pas suggérer un rôle naturel confirmé. |
| Furets | Sensibilité expérimentale | Infection expérimentale sévère démontrée. | Inconnues. Non pertinent comme donnée sur un hôte naturel. | Modèle expérimental uniquement. |
| Chiens/chats | Inconnues | Inconnues | Inconnues | Envisager avec prudence un risque lié aux fomites et à l’interface animal-humain, sans les considérer comme des hôtes de transmission confirmés. |
Allela, L., Boury, O., Pouillot, R., Délicat, A., Yaba, P., Kumulungui, B., Rouquet, P., Gonzalez, J. P., & Leroy, E. M. 2005. Ebola virus antibody prevalence in dogs and human risk. Emerging infectious diseases, 11(3), 385–390. https://doi.org/10.3201/eid1103.040981
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Zoonose
Les zoonoses sont des maladies qui touchent à la fois les animaux – y compris le bétail, la faune sauvage et les animaux de compagnie – et les êtres humains.