ORGANISATION DES NATIONS UNIES POUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE - aider à construire un monde libéré de la faim
FAO

Aspects économiques de
    l'Agriculture de conservation (1)
Adoption de l'AC
Les agriculteurs sont souvent plus intéressés par des solutions ou techniques dont les effets sont visibles dans un délai court, or les effets de l'AC tant sur le plan technique et qu'économique ne sont visibles qu'à moyen et long termes, une fois que ses principes fondamentaux (réduction ou absence de labour, couverture permanente du sol et, rotations culturales) sont déjà bien intégrés dans le fonctionnement du système de production.

En fait, si les deux systèmes (agriculture traditionnelle et AC) sont pratiqués sur deux parcelles placées dans les mêmes conditions agro-écologiques et de fertilité, on ne peut pas s'attendre à de grandes différences de productivité pendant les premières années. Toutefois, après plusieurs années de culture des mêmes plantes sur les mêmes parcelles, les différences entres les deux systèmes deviennent plus évidentes et nettes.

L'AC exige de nouveaux modes de pensée et de représentation de l'activité agricole. Parallèlement à l'émergence de cette " nouvelle représentation de l'agriculture ", il existe déjà plusieurs références techniques et agronomiques qui pourraient servir de réponse aux producteurs qui hésitent encore à adopter les principes de l'AC. Mais, il est nécessaire de faire des démonstrations pour montrer aux producteurs que les aspects agronomiques et techniques sont directement liés aux modes de gestion économique, et donc, que les améliorations obtenues sur le plan technique et agronomiques grâce à l'AC doivent être quantifiées et évaluées en termes monétaires et économiques.

Avant toute analyse de la gestion de l'exploitation et des aspects économiques de l'AC, il est judicieux de subdiviser le processus d'adoption/adaptation en 4 phases théoriques. Cette division théorique, représentée dans la figure 1, facilite et structure la démarche de travail lorsqu'on cherche à analyser les activités de l'exploitation et l'impact de l'adoption de nouvelles technologies sur le processus de production :
  • Phase 1 - Amélioration des techniques de labour : Pendant cette première phase, aucune augmentation sur les résultats de l'exploitation n'est envisagée. Mais des réductions pourraient survenir au niveau : de la main d'ouvre, les temps de travaux, le recours à l'énergie animale ou mécanique (réduction des coûts de production). Une augmentation dans l'utilisation des produits agro-chimiques, notamment pour le contrôle de l'enherbement. En plus, il pourrait y avoir une augmentation des dépenses du ménage pour compenser une probable (mais non certaine) réduction de la production comparativement à l'agriculture conventionnelle.
  • Phase 2 -Amélioration des propriétés du sol et de la fertilité. Réduction des besoins en main d'ouvre, temps, traction animale, énergie animale et mécanique (réduction des coûts de production). Augmentation des rendements, et conséquemment des revenus nets de l'exploitation.
  • Phase 3 - Diversification des systèmes de culture. Rendements élevés et plus stables. Augmentation des revenus de l'exploitation et amélioration de la fertilité du sol.
  • Phase 4. Le système de production intégré fonctionnement bien. Stabilité de la production et de la productivité. Le producteur a tous les indicateurs pour apprécier la totalité des avantages techniques et économiques de l'AC.

(1)L'essentiel de ce texte est tiré de :
FAO. 2004. Conservation of natural resources for sustainable agriculture: training modules. FAO Land and Water Digital Media Series CD-ROM 27. FAO, Rome. Original references are given in the CD-ROM.

Figure 1. Les différentes phases de transition de l'agriculture traditionnelle à l'agriculture conventionnelle / processus d'adoption de l'AC


Les changements techniques
En raison des opportunités et des avantages que présente le changement technique pour passer à l'AC (augmentation des productions et des niveaux de revenus, réduction des coûts de production) il est important de prendre en considération le processus d'adoption/adaptation et diffusions des innovations techniques. Les potentialités économiques de l'AC en termes de coûts de production, bénéfices, rendements, conservation des sols etc. sont importantes. Toutefois, une faible maîtrise des pratiques d'AC peut pendant les premières années rendre incertain l'impact de l'AC sur les rendements et l'utilisation des intrants. Il est important de garder présent à l'esprit que les décisions d'adoption/adaptation se prennent souvent dans un environnement fait d'incertitudes (aléas de la nature et du marché). Le comportement des agriculteurs vis-à-vis le risque, et en particulier leurs stratégies d'aversion au risque doivent également être pris en compte.

Il existe 4 critères (2) à prendre en compte pour l'adoption des pratiques d'AC :
  1. elles doivent procurer aux producteurs dans un bref délai des résultats concrets et intéressants sur le plan économique
  2. les bénéfices doivent être assez substantiels pour convaincre les producteurs de changer leurs pratiques actuelles
  3. pour que la technologie diffuse, les coûts encourus doivent être au niveau du producteur
  4. l'introduction de l'AC doit être accompagnée et suivie par un service d'appui - conseil sur période assez longue
L'agriculteur qui adopte l'AC peut rencontrer diverses difficultés notamment au niveau du pouvoir d'achat, l'accès au crédit et à l'information ; faible réseau de communication avec les marchés d'intrants et de produits. A cet égard, la disponibilité des intrants en quantité suffisante et au moment opportun peuvent être des facteurs importants du processus d'adoption/adaptation.
(2) FAO, 2005. Conservation agriculture for soil moisture. Briefing notes: Production systems management, Rome. FAO. 4 p.
Gérer les changements dans la gestion des intrants
En principe, le coût de certains intrants (exemple : achat des semences) ne devrait pas être différent entre les systèmes d'AC et d'agriculture traditionnelle. Mais des variations sont souvent observées et peuvent s'expliquer par :
  • Avec l'AC les quantités de semences utilisées sont moindres parce que les pertes en champs sont réduites. Mais, quelques fois, les besoins en semences peuvent être plus grands parce que les densités de semis en AC sont optimales et peuvent être plus élevés que dans le système traditionnel. En fait, les quantités de semences utilisées sont pratiquement les mêmes.
  • Les plantes de couverture jouent un rôle important dans l'AC. Si leurs semences ne sont pas produites par l'agriculteur lui-même, il devra les acheter
  • Comme pour les semences, le coûts des fertilisants sont initialement les mêmes en agriculture traditionnelle qu'en AC. Toutefois, au fur et à mesure que la matière organique du sol augmente sous AC, la fertilité et l'humidité du sol augmentent aussi. Ces deux facteurs contribuent à améliorer l'efficacité des fertilisants, ce qui va induire à long terme une réduction des quantités d'engrais.
  • Les agriculteurs qui ont l'habitude d'utiliser les herbicides sous agriculture conventionnelle pourront continuer à le faire avec l'AC. Plusieurs résultats montrent qu'avec l'AC, les dépenses pour l'achat des herbicides diminuent au fil du temps à mesure que la couverture permanente du sol joue sa fonction de contrôle de l'enherbement. Les herbicides sont importants, mais les producteurs pratiquant le labour traditionnel utilisent des quantités d'herbicides similaires à celles des agriculteurs qui ne pratiquent pas le travail du sol.
Les producteurs qui n'ont jamais utilisé les herbicides soit pour non disponibilité ou à cause du prix élevé, seraient plus enclins à adopter des pratiques alternatives de contrôle de l'enherbement comme l'utilisation du rouleau à lames par exemple.

Quand l'AC est pratiquée correctement, la charge et les attaques des pestes et ravageurs seront réduites comparativement à l'agriculture traditionnelle. Cette réduction est liée à la pratique des rotations culturales et la mise en place des plantes de couverture. Au final, les dépenses pour les traitements pesticides sont considérablement diminuées.

La main d'ouvre. L'impact positif de l'AC sur la distribution des besoins en main d'ouvre pendant la campagne agricole, mieux, la réduction des besoins en main d'ouvre est l'une des principales raisons qui ont motivé l'adoption de l'AC en Amérique latine, et plus particulièrement pour les producteurs qui utilisent essentiellement la main d'ouvre familiale.

Outre la réduction des temps de travaux, la mise en oeuvre pratiques d'AC permet de diminuer le nombre d'opérations culturales nécessaires pour la conduite de la campagne agricole, comme le montre l'exemple présenté dans le tableau 1.

Tableau 1. - Opérations mécanisées et temps de travaux (heures /ha) pour sous différents systèmes de production du haricot au Brésil
Opération
Agriculture de conservation
Agriculture conventionnelle
Passage du rouleau à lames
0.89
-
Semis direct
0.76
-
Traitement herbicide
1.2
0.6
Récolte
0.93
0.93
Labour / pulvériseur
-
1.37
Hersage
-
1.38
Semis 'traditionnel'
-
0.89
Billonnage
-
1
Total
3.78
6.17


Particulièrement dans les zones où la main d'oeuvre familiale devient limitante à cause des migrations, du VIH/Sida etc. l'AC pourrait être une alternative pour les agriculteurs. La réduction des besoins en main d'ouvre permet de :
  • D'augmenter les superficies cultivées
  • De mener des activités/travaux hors exploitation
  • Diversifier les activités, y compris la transformation des produits agricoles
  • Réduire les superficies cultivées en raison des rendements élevées ; permettre la récupération des zones marginales
Le tableau 2 présente un exemple des besoins en temps de travail pour les opérations de préparation du sol en utilisant la traction animale et motorisée. En particulier, l'illustration montre dans le cas de la traction animale, une réduction du travail pouvant atteindre 86%. Le temps nécessaire pour préparer le sol en utilisant le tracteur est réduit de 58% sous AC.

Tableau 2. Temps nécessaires pour la préparation du sol en agriculture traditionnelle et en AC.


Machinerie et équipements
Dans la majorité d'exploitations où l'AC est pratiquée, le nombre d'interventions sur la parcelle est moindre. Les producteurs n'ont donc pas besoin d'un grand équipement. Les coûts dépenses pour la main d'ouvre et le carburant sont minimisées. Par ailleurs, le nombre d'outils est réduit, la charrue et les herses ne sont plus nécessaires. Dans le cas de la motorisation, on peut utiliser des tracteurs de faible puissance : le labour nécessite un tracteur plus lourd/puissant comparativement au semis ou à la pulvérisation des pesticides.

De même, dans les systèmes avec culture attelée, le nombre d'animaux de trait nécessaire diminue. On peut utiliser des espèces autres que les bovins, une paire d'ânes pourrait suffire.

Un nombre réduit d'opérations signifie peu d'utilisation et moins de dégradation des équipements, qui auront ainsi une durée de vie plus longue et vont engendrer moins de dépenses en frais de maintenance ou de réparation.

Le tableau 3 donne un exemple de comparaison des coûts d'entretien des équipements et d'achats du carburant pour la production du soja et du maïs. Le coût de la chaux et des fertilisants, des insecticides, des herbicides et de transport interne ne sont pas pris en compte dans les calculs, parce qu'il ne présente pas de différences significatives entre les deux systèmes.

Tableau 3 - Estimation des coûts pour la machinerie et le carburant dans la production de maïs et de soja au Brésil


Un fait marquant récent et signe de l'intérêt grandissant que les agriculteurs accordent à l'AC est l'adoption de cette nouvelle forme d'agriculture par les riziculteurs d'Asie du Sud- Est. En Indonésie, les petits exploitants agricoles économisent 25 % des temps de travail, 65 % des temps nécessaires pour la préparation du sol, 28% dans l'irrigation par campagne agricole et, 2 à 3 semaines de travail en moins pour les opérations de préparation des terres. Dans la préparation traditionnelle des paddies, 30% de l'eau est utilisée pour les travaux de labour et de formation des flaques. Au cours de ces opérations, une partie importante de cette eau est perdue lors du transport dans les canaux, causant ainsi des pollutions. Les petits exploitants Indonésiens doivent souvent louer l'équipement de labour, et puisqu'il y a peu de propriétaires, beaucoup de producteurs ne parviennent pas à respecter le calendrier cultural. Avec les 2 - 3 semaines de gain de temps réalisé sur les opérations de préparation du sol, l'AC pourrait aider à passer de la situation actuelle d'une seule campagne agricole par an à la double voire la triple culture (trois séquences / an). De telles évolutions s'observent aux Philippines, à Thaïlande et en Inde. En Corée du Nord, l'AC a offre aux producteurs la possibilité de réaliser le semis direct du riz, réduisant ainsi la période d'inter-culture souvent nécessaire avec pour le labour.

Les rendements
Les rendements obtenus avec l'AC sont généralement égaux sinon supérieurs à ceux de l'agriculture conventionnelle basée sur le labour (Figure 2). Toutefois, cette tendance ne doit pas être exagérée, car comme le présente la figure 1, les rendements pourraient chuter pendant les premières années d'adoption de l'AC et ne dépasseront ceux de l'agriculture conventionnelle qu'une fois que le système d'AC s'est stabilisé. Dans toutes les situations, on doit d'abord utiliser et privilégier les données locales par rapport aux références générales.


Figure 3.
Rendements du blé, soja et maïs sous agriculture traditionnelle et sous AC (moyenne sur une période de 8 ans) au Brésil.


Séquestration du carbone
L'AC présente de nombreux avantages sur le plan environnemental. Parfois, ces avantages ne sont pas perçus directement au niveau de l'agriculteur. Entre autres, on peut évoquer : débits de cours d'eau plus réguliers ; réduction de l'érosion ; pas d'envasement des infrastructures et aménagements hydrauliques et hydro-électriques ; des infrastructures routières moins dégradées ; diminution des coûts de traitement des eaux domestiques etc.
Planche 1.
Les eaux littorales sont souvent le siège des dépôts sédimentaires, l'activité des pêcheurs locaux est sérieusement compromise. FAO

Toutefois, le rôle de l'AC dans la séquestration du carbone est de plus en plus reconnu. Les études montrent que le potentiel total de séquestration du carbone grâce à l'agriculture équivaut à environ 40% des augmentations annuelles des émissions de CO2 (3). Les pratiques d'AC qui permettent la séquestration du carbone contribuent à l'amélioration de la qualité de l'environnement et au développement des systèmes de production agricoles durables.
L'impact d'une large adoption de l'AC sur la réduction des émissions des gaz à effets de serre et le changement climatique en général est en train d'être évalué. L'avènement des payements des crédits de carbone aux agriculteurs est considéré avec beaucoup d'intérêt et pourrait aboutir à terme à des bénéfices financiers plus importants pour les producteurs qui adoptent l'AC.
(3) Robbins, M. 2004. Carbon trading, agriculture and poverty. Bangkok, Thailand. World Association of Soil and Water Conservation (WASWC). Special publication 2. 48 p.



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