36. Commercialisation des denrées alimentaires dans le Sud
Victorien Raobsoamanitrandrasana*
Résumé/ Summary
Après la récolte, les paysans de la région sèche de Toliara doivent presque toujours faire face au problème de commercialisation de leur production, devant lequel ils se sentent désarmés.
Devant cette situation, les paysans n'ont que deux alternatives: soit de vendre immédiatement leurs produits à des prix très bas souvent imposés par les collecteurs/stockeurs, soit de ne pas les vendre. Ce dernier cas leur impose le stockage des denrées. Mais la non maîtrise de la protection des denrées par les paysans peut entraîner la perte totale de leurs produits.
Les différents acteurs de la commercialisation: paysan - producteur - collecteur - stockeur - intermédiaire - consommateur ont des intérêts très divergents, voire contradictoires.
Le terrain d'entente est encore très loin.
Actuellement, avec le système de libéralisation, le problème semble s'aggraver car ce système n'est pas encore compris.
La question est de savoir si le système de commercialisation existant profite équitablement aux différents acteurs, s'il permettra un développement durable du monde rural où vit le principal acteur du développement.
After harvesting, farmers in the dry area of Toliara are almost always confronted with the problem of marketing their production, which makes them feel helpless.
In view of this situation, farmers have only two alternatives, i.e. either to immediately sell their produce at very low rates, often fixed by produce collectors/stockers, or not to sell them. In the latter case, they have to store their produce. However, a total loss in produce may occur, as farmers do not master crop protection techniques.
The different marketing actors, i.e. the farmer, the producer, the produce collector, the produce stocker, the middleman, the consumer have very differing, even contradicting interests. There is not yet any ground for understanding.
Today, with the liberalized system, the problem seems to have taken a turn for the worse, as the system has not yet been understood.
The matter is to know whether the existing marketing system is equally profitable for the various actors, whether it allows a durable development of the rural world where the main actors for development live.
Dans un pays agricole et pastoral comme Madagascar, la commercialisation des produits agricoles tient une place importante. En particulier, au Sud où il y a, d’une part, des zones agricoles importantes, et, d’autre part, c’est aussi la zone de drainage des produits alimentaires (riz, légumes, fruits, etc.) des autres provinces, notamment de Fianarantsoa.
Cependant, le système de commercialisation n’est pas bien défini, notamment par un grand nombre de paysans. Mais les circuits de commercialisation existent et souvent suivent la loi du plus fort.
Le maïs est cultivé presque partout dans la région de Toliara. Les surfaces d’exploitation varient de 1 à 800 ha. C’est une culture dévoreuse de forêt. Les techniques culturales sont souvent élémentaires. Il y a pourtant quelques améliorations dans certaines zones.
Le maïs, tout comme le manioc, est une culture de base pour l’alimentation de la population dans des grandes régions du Sud et doit ainsi être stocké, même d’une longue durée. Et les prix à la récolte et à la période de soudure connaissent une différence particulièrement considérable.
Cette culture est pratiquée dans grand nombre de régions et commercialisée à l’état frais et sec.
Le manioc peut être stocké dans le sol au champ, mais à une certaine limite et dans le cas où il n’est pas menacé d’être volé ou ravagé par les rats. Il n’est seulement arraché du sol qu’en cas de besoin. En utilisant les variétés à court, moyen et long cycles, le paysans pourrait bien assurer les besoins de sa famille pendant toute l’année.
Le manioc sec est principalement commercialisé et stocké en cossette.
Elle est cultivée un peu partout mais essentiellement dans l’Androy, dans les vallées de l’Onilahy et du Fiherenana. Les variétés à tubercules rouges se trouvent surtout dans l’Androy et celles à tubercules blanches dans les vallées de l’Onilahy et du Fiherenana.
La patate douce est commercialisée principalement à l’état frais et conservée à l’état sec sous forme de cossettes ou «pika».
Cette culture est pratiquée dans la zone du Nord-Ouest de Toliara, d’Ankililoaka jusqu'à Morombe, dans la vallée de la Taheza Bezaha-Belamoty, dans les régions de Betroka et de Sakaraha, dans la vallée de l’Onilahy, à Amboasary, à Behara et à Morondava.
En général, il y a deux saisons «Tsipala» et «Godra». Quelquefois, il y a une troisième: «Faosa» ou «Tsivalatao».
Pour une durée de plus de deux mois, le riz est stocké sous forme de paddy. En paddy, il est beaucoup plus résistant aux attaques des coléoptères et aux teignes que le riz blanc.
On peut distinguer les variétés suivantes: la rouge sang de boeuf, la marbrée, la blanche, la rouge. Les cultures principales se trouvent dans les vallées du Mandrare, de l’Onilahy et du Fiherenana et dans la région de Tolagnaro, ainsi qu’au Delta du Mangoky.
Cette culture est pratiquée principalement dans la région d’Ankililaoka jusqu'à Morombe et au Delta du Fiherenana.
Il est cultivé un peu partout.
Il est cultivé également un peu partout. Il est très prisé par les habitants du Sud.
Cette culture se trouve un peut partout.
Il est cultivé dans la région de Morondava.
Une grande partie de ces légumineuses sèches doit être stockée, soit pour l’auto-consommation, pour la commercialisation, pour l’exportation, soit pour les semences. Sans protection efficace, avec des produits naturels ou des insecticides synthétiques, ces denrées sont sujettes aux attaques des bruches, principaux ravageurs des légumineuses, et sont détruites en l’espace de 3 à 4 mois.
Autres culturesAyant connu un arrêt presque total, cette culture est reprise depuis 1990 avec le projet Oléagineux de la FAO. Les anciennes zones de culture sont maintenant couvertes, à savoir Ankazoabo, Sakaraha, Toliara, Ankililaoka, Befandriana Sud, etc.
Ces différentes cultures mentionnées plus haut font l’objet de stockage.
D’une manière générale, la commercialisation de leurs produits constitue pour les paysans un problème devant lequel ils se sentent vaincus d’avance. Lors des réunions ou cessions d’information des paysans, ces derniers ne cessent d’évoquer ce problème.
Après tant d’efforts durant la campagne, les paysans passent à la récolte. La récolte est là en abondance ou suffisamment bonne ou mauvaise selon les aléas climatiques, les maladies et les ravageurs, diraient les paysans.
Juste après la joie de la récolte surgit le problème de commercialisation avec toutes ses conséquences:
Les paysans amènent leur produit au marché hebdomadaire du village ou des villages voisins, souvent situés à des dizaines de kilomètres des lieux de production. Le transport se fait par charrette ou par soubique au-dessus de la tête et par taxi-brousse occasionnellement. C’est une forme courante de la commercialisation. Durant la journée du marché, le prix des produits est très fluctuant. Et les questions se posent: Le prix pratiqué est-il calculé? Correspond-il à un prix de revient? Quelle est la base de calcul?
De telles questions ne reçoivent pas de réponse satisfaisante.
Souvent le paysan, au lieu de
transporter leur produit sur de longue distance, attend les acheteurs sur
les lieux même de production. Ces acheteurs sont dénommés «Mpanao
kinanga». Ce ne sont pas des vrais collecteurs mais des gens qui
pratiquent le commerce temporairement. Dans cette forme de
commercialisation, le prix d’achat est très bas.
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Par exemple :
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1 Gobelet de riz
= 150 FMG ou 200 FMG ou 250 FMG 1 Gobelet de maïs = 150 FMG 1 kg de manioc = 200 FMG |
La troisième forme de commercialisation est la vente aux collecteurs. Le paysan transporte leur produit au point de collecte. Il n’apprécie point ce système, mais il est obligé surtout quand la production est en grande quantité. Les produits sont écoulés en une seule fois.
Ces collecteurs stockeurs sont ces différentes sociétés ou maisons ou différents groupes qui vivent de la collecte des produits agricoles. Ils ont reçu récemment le nom d’opérateurs économiques.
Les collecteurs descendent sur les marchés hebdomadaires et achètent les produits tels quels. Ils emploient également des «mercenaires», c’est à dire les collecteurs donnent de l’argent à des personnes qui collectent donc pour eux. Ils s’occupent du ramassage et du transport des produits jusqu’au magasin de stockage. Les mercenaires perçoivent jusqu'à 5 % de la valeur du produit collecté, c’est à dire 5 % de la somme engagée.
Les produits sont destinés pour l’exportation ou pour la vente locale.
Les détaillants sont ces commerçants légaux ou non et qui sont les derniers intermédiaires entre les producteurs et les consommateurs.
Ils s’approvisionnent surtout auprès des collecteurs stockeurs et auprès des «Mpanao kinanga». Ces derniers jouent également le rôle de détaillants.
Le consommateur s’approvisionne généralement auprès des détaillants ou encore auprès des «Mpanao kinanga» ou auprès des paysans producteurs ayant la possibilité d’amener leur produit au marché. L’achat se fait par gobelet pour les céréales et par tas pour les tubercules.
Certaines catégories de personnes ayant la possibilité d’acheter par sac ou par quelques kilogrammes s’approvisionnent auprès des collecteurs stockeurs.
Il faut remarquer que le paysan producteur rejoint rapidement le rang des consommateurs au sens strict, c’est à dire il devient acheteur de ses propres produits. Pour cela, il y a deux raisons. En premier lieu, le paysan ne dispose pas des moyens pour procurer des produits phytosanitaires et ne connaît pas non plus de méthodes naturelles pour conserver ses produits. Il est ainsi obligé de liquider rapidement ses denrées stockées. En deuxième lieu, ses besoins en argent s’accumulent avant la récolte. Ce qui entraîne un certain nombre de paysans à vendre une grande partie ou la totalité de ses rendements après la récolte.
En matière de commercialisation, les intérêts des divers acteurs, paysan - producteur - collecteur - détaillant - consommateur, sont contradictoires.
Les paysans ne sont pas encore en mesure de définir le prix de revient de leurs produits.
Ils ne sont pas encore groupés au sein d’organisation dans laquelle ils pourraient discuter ou essayer de résoudre ce problème de commercialisation.
Les acteurs ne sont pas préparés à la libéralisation car ils doivent suivre certaines règles pour ne pas devenir anarchiques.
Rien ne sert de se verser dans un pessimisme excessif car les améliorations sont toujours possibles. A preuve, certains organismes de développement rural insèrent dans leurs activités des programmes pour l’essor de la commercialisation au niveau des paysans. Cela se traduit, par exemple, par la mise en contact d’opérateurs économiques et paysans.
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* Service Provincial de la Protection des Végétaux de Toliara – Direction de la Protection des Végétaux