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Nouvelles du SMIAR
FAO/SMIAR Suivi Mondial

Niger

Synthèse sur l’évaluation des disponibilités vivrières et de la sécurité alimentaire,
et les perspectives pour 2005-2006

Une évaluation préliminaire des disponibilités vivrières et de la sécurité alimentaire a été menée par une mission technique conjointe avec le Gouvernement nigérien1 , le SMIAR/FAO, le PAM (siège, bureau régional et bureau de pays) et les partenaires2, du 21 octobre au 4 novembre, et suivie d’une mission inter-ministérielle. L’évaluation technique a compris 8 jours de travail sur le terrain dans toutes les régions à l’exception de Diffa, la synthèse des données, la préparation du rapport à Niamey, une réunion d’information avec le Gouvernement, les agences des NU et les représentants des donateurs3.

Les principales conclusions sont les suivantes:

  • Grâce à des précipitations généralement bonnes, les productions agricole et animale sont supérieures à la moyenne sur cinq ans. Cependant, les estimations définitives de la production agricole seront sans doute légèrement révisées à la baisse, car la crise de 2004/2005 a entraîné des problèmes de disponibilités de semences et de main-d'oeuvre en 2005, ce qui fait que les agriculteurs n'ont pas été en mesure de tirer pleinement parti des conditions agronomiques favorables.


  • Cependant la crise de 2004, laquelle a été de même ampleur selon les agriculteurs et les éleveurs interrogés que les crises de 1973 et de 1984, a eu de lourdes répercussions à plus long terme. En raison de la production vivrière très limitée, du fort taux de mortalité du bétail ainsi que des prix records enregistrés pour le mil et d'autres céréales, l'année 2004/05 a eu des conséquences durables sur les actifs et l'épargne des ménages, sur l'endettement et sur l'état sanitaire et nutritionnel des populations. La cherté sans précédent des céréales a eu un effet extrêmement négatif sur les revenus de ménages déjà appauvris et représentera un fardeau très lourd en termes de remboursement des dettes en 2005/2006. À titre d'exemple, pour rembourser un sac de mil emprunté à la fin du printemps 2005, il fallait 2,5 à 3 sacs de mil en octobre de cette année. Compte tenu des dettes élevées et généralisées accumulées en 2004/05, les stocks alimentaires des ménages seront considérablement réduits au début de la campagne de commercialisation 2005/2006.


  • Les marchés céréaliers au moment des récoltes de 2005 sont inondés de céréales vendues par les producteurs pour faire face à leurs besoins financiers pressants ou rembourser leurs dettes. Les prix ont baissé, mais ils restent au-dessus de la moyenne sur cinq ans pour la même époque de l'année. De l'avis de l'équipe, les disponibilités céréalières de la région, y compris dans le nord du Nigéria, sont en général abondantes, et il donc peu probable que les prix - et les flux de mil du Niger au Nigéria - augmentent dans la même proportion qu'en 2004 au cours de la prochaine campagne commerciale. La plupart des céréales disponibles devraient donc rester au Niger, mais la conclusion incontournable est que la vaste majorité des ménages agricoles devront racheter des céréales pour accroître les réserves dont ils ont besoin pour assurer leur consommation jusqu'à la récolte de 2006.


  • Étant donné les niveaux de revenus de la population, qui ont fortement diminué sous l'effet de la crise de 2004/05, la mission prévoit que dans les trois ou six mois au plus, les ménages nigériens seront exposés à un grave problème d'accès aux aliments. Selon la toute dernière étude4, sur une population rurale de 9,24 millions, 1,22 million seraient en situation d'insécurité alimentaire sévère, 1,99 million connaîtraient une insécurité alimentaire modérée.


  • En règle générale, les taux de malnutrition aiguë -modérée et grave - restent très élevés; le nombre d'admissions dans les centres thérapeutiques et centres d'alimentation n'a pratiquement pas baissé par rapport aux niveaux très élevés enregistrés début 2005. Selon l’enquête nutritionnelle nationale entreprise par le Gouvernement du Niger, l’UNICEF et CDC (« Centre for Disease Control and Prevention – Atlanta) en septembre et octobre 2005, 15,3 % des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë. Ce taux atteint même 18 % dans la région de Tahoua et est proche de 16 % dans les régions de Diffa, Maradi et Zinder. Par ailleurs, le taux de mortalité est de 1,7 pour 10,000 enfants par jour et a atteint le seuil critique de 2 par 10,000 enfants par jour dans les régions de Zinder et de Tahoua. En 2005, sous l'effet conjugué de la production vivrière limitée des ménages, des revenus faibles et des prix record des céréales, beaucoup ont sombré dans l'extrême pauvreté et la malnutrition. Mais d’autres facteurs ont également contribués à la malnutrition tels que le manque de soins, et des aspects culturels dont l’impact est cependant difficile à établir. Ceci dit, fort est de constater que les moyens d’existence des populations rurales se sont détériorés et sont devenus précaires.



Toutes les évaluations sur la situation de sécurité alimentaire et nutritionnelle concluent que : i) les causes de l’insécurité alimentaire sont surtout structurelles, et seulement en partie conjoncturelle ; ii) les causes de la malnutrition ne sont pas nécessairement identiques aux causes de l’insécurité alimentaire, et des réponses adaptées s’avèrent nécessaires ; et iii) la dimension de l’accès alimentaire, y compris l’analyse des marchés est essentielle pour appréhender correctement la problématique de la sécurité alimentaire.

La mission a souligné qu'il est essentiel et urgent de mettre en oeuvre des activités qui permettront aux populations en situation d’insécurité alimentaire :
  • • De produire plus de nourriture et de dégager des revenus pendant la contre-saison (de décembre à février)

  • De participer à des programmes vivres-contre-travail ou liquide-contre-travail pour "faire durer" leurs propres disponibilités

  • De continuer pour les enfants d'avoir accès aux centres thérapeutiques et d'alimentation ainsi qu'à des programmes d'alimentation scolaire

  • D'avoir accès à des programmes de reconstitution du cheptel. Cela est particulièrement valable pour les femmes, qui détiennent et gèrent habituellement des troupeaux de petits ruminants

  • De reconstituer les banques céréalières, dont les stocks sont au plus bas

  • D'avoir accès à un micro-financement pour exécuter des activités leur permettant de dégager un revenu supplémentaire.

  • S'agissant de l'exécution des activités génératrices de revenus, le plus tôt sera le mieux; en effet, l'argent détenu par les ménages tant que les prix des céréales sont bas "vaut" plus que celui qu'ils gagneront plus tard dans l'année. La mission a recommandé en outre à toutes les parties que, en plus des systèmes actuels de commercialisation des céréales et du bétail, des renseignements sur les taux de malnutrition soient inclus dans la série d'indicateurs adoptés par les diverses institutions nigériennes, y compris le système d'alerte précoce.


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1. Ministère de l'Agriculture, ministère des Ressources animales, Cabinet du Premier Ministre et Unité d'alerte rapide.

2. Les partenaires qui ont participé sont le CILSS/AGRHYMET, FEWSNet ainsi qu'un observateur du Bureau des affaires humanitaires du Département d'État américain.

3. Les représentants de la Belgique, du Danemark, de la Communauté européenne, de la France, des Pays-Bas et des Etats-Unis ont participé à la réunion.

4. Évaluation de la sécurité alimentaire en situation d'urgence au Niger; PAM, septembre 2005.

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