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Une plante de la savane devenue remède prisé dans le monde entier


Les bienfaits de la «griffe du diable» pour la santé et pour la préservation de la faune sauvage en Namibie

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Présente naturellement en Namibie, au Botswana, au Mozambique, en Afrique du Sud, en Zambie, au Zimbabwe et en Angola, la «griffe du diable» est une plante médicinale traditionnelle qui contribue à faire vivre les populations rurales tout en aidant à préserver la biodiversité. ©FAO/David Mansell-Moullin

02/03/2026

La longue saison sèche touche à sa fin dans le parc national de Bwabwata, en Namibie. Teon Rongwani, qui appartient au peuple autochtone Khoï et est le représentant local de la Kyaramacan Association, essuie son front en sueur et jette un dernier regard à la clairière sableuse où lui et les membres de sa communauté ont passé ces derniers mois à récolter un tubercule charnu dont la gousse dentelée lui a valu le surnom de «griffe du diable».

Teon et le reste du groupe ont campé durant des semaines pour le récolter. Les paniers sont à présent remplis de tubercules, et les grands trous que l’on avait creusés pour les déterrer ont été comblés afin d’aider la plante à repousser à partir de la racine primaire et d’éviter que les animaux ne se blessent.

Ainsi s’achève, pour Teon comme pour 5 000 à 10 000 récolteurs dans toute la Namibie, une nouvelle année de dur labeur sous un soleil brûlant à la recherche d’Harpagophytum procumbens et d’Harpagophytum zeyheri, noms scientifiques de ces espèces de griffe du diable.

Présente dans les savanes arides d’Afrique australe, la griffe du diable, profondément enfouie dans le sol, est difficile à repérer et sa récolte est particulièrement délicate. «Il faut parcourir des kilomètres à pied pour la trouver», explique Teon.

Mais sa communauté se regroupe pour la cueillir ensemble de manière durable.

La griffe du diable est reconnue pour ses propriétés anti-inflammatoires et est utilisée pour calmer les douleurs articulaires et améliorer la digestion. Les populations locales consomment ce remède naturel sous forme d’infusion. La Namibie, qui est à l’origine d’environ 90 pour cent de l’approvisionnement mondial, l’exporte principalement vers l’Europe, Allemagne en tête.

Pour la famille de Teon, comme pour de nombreuses familles rurales, la griffe du diable est une source de revenus majeure, qui permet de payer frais de scolarité, uniformes scolaires, nourriture et soins de santé.

«La griffe du diable est un produit de grande importance pour nous Khoï. Nous l’utilisons depuis l’époque de nos ancêtres», précise Teon. Or, aujourd’hui, sa valeur commerciale croissante assure à sa communauté comme à lui des revenus plus confortables et un avenir meilleur.

«C’est véritablement une plante miracle», conclut-il.

À gauche/en haut: Teon Rongwani a appris à récolter la griffe du diable de manière durable, en laissant les racines primaires dans la terre pour permettre la repousse. ©FAO/David Mansell-Moullin À droite/en bas: La griffe du diable est transformée dans une usine en Namibie pour en accroître la valeur commerciale et respecter les normes internationales de contrôle de la qualité. ©FAO/David Mansell-Moullin

Mais la griffe du diable est une espèce protégée. Les prélèvements excessifs et le commerce illicite font peser une menace sur la plante ainsi que sur les personnes qui la récoltent et la faune qui partage son environnement. Il est crucial de gérer cette ressource rare de manière durable.

Le Programme de gestion durable de la faune sauvage en Namibie, dirigé par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et financé par l’Union européenne et l’Agence française de développement, travaille aux côtés du volet namibien du Fonds mondial pour la nature (WWF Namibia), de la Kyaramacan Association et de réserves locales – George Mukoya et Muduva Nyangana – pour faire en sorte que la récolte de la griffe du diable soit toujours conforme au droit et durable.

«Avant de se rendre sur les terres, les récolteurs doivent être formés. Une fois enregistrés, ils reçoivent un permis et peuvent partir démarrer leur récolte», explique Teon.

Parallèlement, le Programme d’impact sur la gestion durable des paysages des zones arides – dirigé par la FAO, financé par le Fonds pour l’environnement mondial et mis en œuvre par le Gouvernement de la Namibie – assure, à l’intention des communautés, des formations portant sur les bonnes pratiques agricoles et les bonnes pratiques de récolte pour les aider à faire de la griffe du diable une source de revenus durable.

Il s’agit notamment de veiller à ce que les récolteurs consignent par écrit le contenu de leur récolte, recouvrent de terre les trous qu’ils ont creusés et laissent la racine primaire de la plante intacte afin que celle-ci se régénère.

«La récolte est en fait un travail difficile», assure Teon.

«La première règle à respecter coûte que coûte est de ne jamais toucher à la racine primaire, car cela détruirait la plante toute entière», fait savoir Justina Hamwaanyena, responsable de la certification au sein d’une entreprise qui achète les tubercules directement aux récolteurs pour produire des comprimés et de la poudre de griffe du diable certifiés durables, «Fair for Life» et «Fair Wild».

L’appui prêté dans le cadre du Programme de gestion durable de la faune sauvage en Namibie et du Programme d’impact sur la gestion durable des paysages des zones arides inclut des enquêtes sur les ressources de griffe du diable, une aide à l’établissement de quotas durables, ainsi que des mesures permettant de veiller à ce que des contrats d’achat équitables soient signés avec les récolteurs et de réduire la récolte illicite transfrontières.

«Au final, l’objectif que cherche à atteindre la Kyaramacan Association est de s’assurer que les bénéfices dont jouissent ses membres sont équitablement répartis et que les ressources naturelles sont durables», déclare Teon.

De plus, une commission ou des frais de gestion sont appliqués à la récolte de la griffe du diable pour contribuer à couvrir les dépenses opérationnelles des réserves locales, lesquelles favorisent à leur tour la protection de la faune sauvage.

«On a tendance à ne voir dans la griffe du diable qu’une simple plante, mais celle-ci raconte une histoire», rappelle Justina. Le chemin parcouru par le tubercule, des zones arides de Namibie jusqu’aux rayonnages des pharmacies, est aussi un chemin qui relie des communautés autochtones reculées au marché mondial des médicament à base de plantes médicinales.

D’une main habile, une récolteuse découpe précautionneusement un tubercule de griffe du diable pour le faire sécher au soleil. Pour nombre de personnes, ces tubercules sont une source de revenus critique qui permet de payer uniformes scolaires, nourriture et soins de santé. ©FAO/David Mansell-Moullin

Par des initiatives telles que le Programme de gestion durable de la faune sauvage – aujourd’hui présent dans 16 pays et fort d’un consortium de partenaires parmi lesquels le Centre français de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), le Centre de recherche forestière internationale et Centre international de recherche en agroforesterie (CIFOR-ICRAF) et la Société pour la conservation de la faune sauvage –, la FAO investit dans les chaînes de valeur durables pour transformer les moyens de subsistance tout en préservant la biodiversité, en veillant à ce que les cadeaux que nous fait la nature, tels que la griffe du diable, puissent perdurer pour le bien des générations à venir et assurer la continuité des systèmes alimentaires et des systèmes de connaissances des peuples autochtones.

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