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De terre minière à terre féconde


La remise en valeur de terres portant les cicatrices de l’exploitation de mines de diamants offre des moyens de subsistance nouveaux en Sierra Leone

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Le projet de la FAO «Des emplois verts pour les jeunes ruraux» fait évoluer le paysage et l’esprit des gens dans des espaces ayant subi les ravages que cause l’exploitation de mines de diamants ©FAO/Daniele Epifanio

17/04/2024

Dans le district de Kono, dans l’Est de la Sierra Leone, les sols jaunes sont dénudés et exposés, ravinés par la recherche inlassable de diamants. Sur de vastes pans de ce territoire, la terre montre ses cicatrices et son appauvrissement par la perte de la couche superficielle du sol, l’érosion, et sa contamination par des produits toxiques. De nombreuses communautés locales ont connu une histoire mouvementée, marquée par une escalade de conflits ayant eu ces diamants pour enjeu, jusqu’à ce qu’éclate une véritable guerre civile dans les années 1990.

Plusieurs décennies nous séparent à présent de ce traumatisme, et l’on assiste à un changement qui s’opère dans le paysage mais aussi dans l’esprit des citoyens. «Il y a une vie après la mine», nous dit Success Stanley Lavallie, un agriculteur de 27 ans représentant un groupement de jeunes agriculteurs.

Malgré les bons auspices attachés à son prénom, son parcours n’a pas été facile. Outre la mine, il a exercé différents emplois précaires, comme la vente de cartes SIM dans la rue, avant d’intégrer le projet «Des emplois verts pour les jeunes ruraux» de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Cette initiative, qui a pour objet de faire bénéficier de jeunes ruraux d’emplois verts dans l’agriculture, offre à des jeunes de Kono la possibilité de participer à la revalorisation des terres dans les périmètres touchés par l’exploitation minière.

Il s’agit de rétablir la fécondité des sols par l’apport de terreau et de matière organique. En utilisant une couverture végétale, du paillage et en recourant à des techniques de lutte contre les nuisibles, les terres sont restituées à l’agriculture, plus particulièrement l’horticulture biologique et l’apiculture. Ces travaux, conjugués à des formations à l’agriculture, pourvoient des emplois aux participants au projet et permettent de lutter contre le chômage des jeunes et la pauvreté rurale. 

Des jeunes des deux sexes, comme Stanley (ci-dessus à gauche) et Betty (ci-dessous à droite), découvrent de nouveaux moyens de subsistance en transformant des terres jadis dénudées en parcelles maraîchères fertiles. ©FAO/Daniele Epifanio

En Sierra Leone, les jeunes connaissent des difficultés pour obtenir un emploi viable. Près du tiers d’entre eux sont soit sans emploi, soit scolarisés ou en formation.

Plus de 200 jeunes ont intégré le projet dans l’ensemble du pays. La plupart des 15 participants du district de Kono étaient auparavant employés dans le commerce ou travaillaient dans des mines artisanales.

L’agriculture leur offre à présent des possibilités nouvelles. Stanley nous explique: «Nous avons tous grandi dans l’idée que le diamant était notre seul horizon, mais l’activité agricole m’a éveillé à autre chose, et a eu le même effet sur mon entourage et même sur la collectivité dans son ensemble.»

Ce projet contribue aussi à la résilience face au climat, en restaurant la capacité des sols à retenir le carbone et en promouvant des techniques d’irrigation qui rendent les cultures moins vulnérables à la sécheresse.

M. Abdulai Bangura, Coordonnateur national de la FAO pour ce projet en Sierra Leone, arpente le terrain qui porte encore les stigmates de l’exploitation minière extensive et désigne une serre bâtie dans le cadre du projet. «Voilà qui nous aidera à assurer une production toute l’année. En ce moment, nous préparons la mise en production de nos lits de semis car la saison humide commence dans deux semaines», nous confie-t-il.

Les jeunes participants au projet, qui travaillent en ayant à leurs côtés une équipe du Ministère de l’agriculture et de la sécurité alimentaire et d’autres partenaires, ont pu convertir une terre gravement dégradée en parcelle agricole valorisée, où l’on produit aujourd’hui des tomates, des concombres et des pastèques. Grâce au regain de fécondité des sols, ils font aussi pousser des denrées de base locales comme le maïs, l’arachide et le manioc.

Cette transformation de la terre s’opère de la main des participants. «Nous ne nous contentons pas d’apprendre, nous sommes dans les travaux pratiques. Après avoir appris à aménager des semis, je sais à présent les cultiver. Je sais appliquer des engrais organiques aux semis car nous n’appliquons pas de produits chimiques», déclare Stanley.

«L’agriculture a eu sur moi un effet que n’avait eu aucune de mes activités précédentes.» 

Une serre installée dans le cadre du projet de la FAO entretient une production de fruits et légumes toute l’année. Les jeunes agriculteurs cultivent aussi des denrées de base locales comme le maïs, l’arachide et le manioc. ©FAO/Daniele Epifanio

L’alternative à l’exploitation minière que représentent l’apiculture et la production de miel constitue une «chance extraordinaire pour les jeunes, tant sur les marchés locaux qu’à l’exportation. Les jeunes et leurs familles constatent une nette amélioration de leurs moyens d’existence», souligne M. Abdul Munu, Président de Mabunduka, une association d’agriculteurs locaux qui participe au projet.

Pour les femmes travaillant dans le projet, dont certaines ont elles aussi été employées à la mine, ces nouveaux emplois ont apporté de grands changements dans leur vie, affirme Betty Serai Sam, représentante de jeunes agriculteurs. Avant d’intégrer le projet, elle a occupé différents emplois, d’ouvrière à la mine à enseignante d’école primaire.

Grâce au revenu que lui procure son activité d’agricultrice, Betty sait qu’elle peut subvenir aux besoins de sa famille quand c’est nécessaire. «Aujourd’hui, je gagne ici un peu d’argent pour le distribuer à ma famille et m’occuper de ma maison, nous explique-t-elle. J’ai acquis une autonomie.»

Accroître les moyens de subsistance et forger l’autonomie des jeunes sont les mots d’ordre de ce projet. Avec l’aide de cette initiative, Stanley estime qu’au cours des cinq prochaines années, il servira d’«ambassadeur agricole», appliquant les enseignements qu’il a acquis grâce à ce projet et encourageant d’autres jeunes à se lancer dans l’agriculture.

À travers l’enthousiasme communicatif de Stanley et Betty, ce projet de la FAO apporte la preuve qu’il n’est guère de terre qui soit trop dégradée pour être abandonnée. Tout ce qu’il faut pour changer la donne tient en quelques mots: des connaissances, des outils et les aspirations d’une jeunesse qui se forge un avenir.

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