FAO.org

Accueil > Country_collector > FAO en République du Congo > Actualités > Detail
FAO en République du Congo

Forum des Maires de l’Afrique francophone signataires du Pacte de Milan sur la politique alimentaire urbaine

Produits maraichers du site de Mayanga/Brazzaville
14/06/2018

Coopération ville-ville: les collectivités locales de l’Afrique de l’Ouest et centrale engagées pour les systèmes alimentaires locaux durables et résilients.

Kintélé –  La Mairie de Brazzaville et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) avec l’appui du Ministère de l’Europe et des Affaires Estrangères (MEAE) de la République française ont organisé du 12 au 14 juin un forum régional sur les questions pertinentes de l’alimentation et la sécurité alimentaire des populations des villes de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale. L’objectif est de renforcer les capacités des collectivités locales dans l’identification des problèmes majeurs auxquels elles sont confrontées et de partager les expériences entre les villes pour une plus grande durabilité et résilience des systèmes urbains de production alimentaire.

Ce forum de 3 jours qui était placé sous la haut patronage de Monsieur Henri Djombo, Ministre d’Etat, Ministre de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche, a connu la participation des membres du gouvernement congolais, des représentants des partenaires techniques et financiers, de la société civile et du secteur privé ainsi que des représentants des collectivités locales venant de : Abidjan, Bamako, Brazzaville, Dakar, Douala, Kinshasa, Loudima, N’Djaména, Nouakchott  Ouesso, Pointe-Noire, Yaoundé, y compris  les experts de Milan, de Paris et de Rome.

Ouvrant les travaux, Henri Djombo a indiqué l’adhésion totale du Gouvernement congolais à cette initiative de « Partenariat Ville-Ville dans le cadre du renforcement de la coopération sud-sud et triangulaire ». Selon lui, le Congo, à l’instar d’autre pays, s’engage à traduire l’agriculture urbaine et périurbaine comme un axe de la politique agricole gouvernementale. Ainsi son Ministère, en collaboration avec les Ministères de la Formation technique et de la Recherche scientifique, doit accompagner les Mairies et les collectivités locales à travers leurs services opérationnels dans la mise en œuvre de leurs politiques, programmes et projets alimentaires.

Dans son allocution de circonstance, Christian Roger Okemba, Maire de Brazzaville, s’est dit honoré d’accueillir au Congo, et plus particulièrement à Brazzaville, les magistrats des villes francophones d’Afrique ayant répondu à l’appel du partage d’expérience au sein de ce Forum qui a été organisé à travers deux journées de travaux en salle et une journée de visite de terrain. Il a rappelé que la mise en œuvre de l’agriculture urbaine est la réponse appropriée pour atteindre les Objectifs de développement durable 1 et 2 relatifs à l’élimination de la faim et la réduction de la pauvreté. Il a martelé : « au regard de ce défi qu’est l’accès à une alimentation saine, le forum de Brazzaville qui s’inscrit dans la continuité du Pacte de Milan, qui rassemble aujourd’hui 170 villes dans le monde, est une véritable tribune où non seulement les contacts s’établissent directement entre acteurs, mais les participants s’enrichissent de bonnes pratiques liées à l’ensemble des activités de politique urbaine, depuis la production jusqu’à la consommation en passant par la formation et la socialisation ».

Il est important de rappeler que le Nouvel Agenda Urbain, résultat de la conférence Habitat III tenue à Quito en République de l’Equateur en octobre 2016, indique clairement que la sécurité alimentaire et la nutrition sont l'un des principaux défis auxquels les villes sont confrontées aujourd'hui. En effet, au cours des dernières décennies, les systèmes alimentaires mis en place dans de nombreux pays ont subi d’importantes mutations visant à améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition des populations tant urbaines que rurales.

Cependant, ces changements ont eu des effets néfastes inattendus tels que (i) le paradoxe du triple fardeau de la malnutrition chronique avec la sous-alimentation, les carences en micronutriments et l'obésité de plus en plus visible dans les mêmes communautés ; (ii) l’accès réduit de la plupart des familles pauvres et vulnérables à des aliments à haute qualité nutritive en raison de l'augmentation des inégalités, de la faible disponibilité sur les marchés des aliments sains, de l'augmentation et de la volatilité des prix ; (iii) l’impact environnemental accru, contribuant au changement climatique, à la dégradation des terres, à la pollution de l'eau ou encore à la perte de biodiversité. Ces effets néfastes sont davantage marqués en zone urbaine car les processus de production, de transformation, de transport, de distribution, de préparation des aliments et d’élimination des sous-produits et des déchets qui en sont issus s’intensifient avec l’urbanisation croissante.

Suze Percy Filippini, Représentante de la FAO au Congo a indiqué dans son allocution que ces processus nécessitent une meilleure planification urbaine à travers des politiques vertueuses afin d’être de réelles opportunités pour mieux nourrir les villes et assurer un développement rural-urbain intégré. Elle a par ailleurs rappelé que dans plusieurs études dont notamment l’Atlas des dynamiques et des facteurs de migration au sud du Sahara publié conjointement par la FAO et le CIRAD en 2018, la population urbaine africaine croît à un rythme moyen annuel de 4%, soit le double de la moyenne mondiale. A cette croissance démographique naturelle des villes s’ajoutent des migrations locales dont nombreuses font converger vers les villes des populations subissant des événements climatiques et d’autres facteurs naturels, sociaux, politiques et économiques et qui par conséquent, sont à la recherche de meilleures conditions de vie.

Reconnaissant l’implication cruciale des autorités locales dans l'élaboration des systèmes alimentaires, Suze Percy Filippini a rappelé que le rôle de la FAO est d'aider les gouvernements des Etats membres et leurs administrations municipales à optimiser les politiques et les services de soutien aux systèmes alimentaires urbains, à l'agriculture urbaine et périurbaine et à améliorer les systèmes de production, de transformation et de commercialisation des produits alimentaires.

De son côté Charles Ngafouomo, Ministre en charge de la décentralisation a partagé l’expérience du Congo qui, dans le cadre de sa politique de décentralisation, avait déjà transféré aux collectivités locales la compétence en matière d’agriculture, d’élevage et de pêche à travers la loi n° 10-2003 du 6 février 2003, confirmée par la Constitution du 25 octobre 2015 en son article 210. Il a ainsi précisé que les actions en matière d’agriculture urbaine doivent s’arrimer aux dispositifs techniques prévus au niveau de l’administration centrale afin de créer une synergie entre les politiques nationales et celles menées au niveau local.

Au cours des travaux techniques, les participants ont échangé sur des actions conduites par des villes en termes de défis principaux liés à la sécurité alimentaire et nutritionnelle et en termes d’initiatives lancées ou à lancer pour répondre à ces défis.

Par ailleurs, les travaux de groupe ont permis d’aborder sur la base des études de cas de certaines villes, les questions relatives à la production et la commercialisation (cas de Niamey), à la gouvernance des systèmes alimentaires et planification (cas de Douala) et sur le foncier  en rapport avec les Directives Volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers applicables aux terres, aux pêches et aux forêts  (animé par la FAO).

Pour sa part, André Kimbouta Gouverneur de la Ville de Kinshasa, tirant les enseignements de ce forum, s’est engagé à signer le Pacte de Milan pour permettre à sa ville de renforcer la durabilité et la résilience de son système de production alimentaire au regard de sa position au cœur de l’Afrique et de sa démographie galopante.

Stella Mensah Sassou Nguesso, Mairesse de la Communauté urbaine de Kintéle se réjouissant d’avoir abrité cette rencontre stratégique s’est jointe à la vision des participants de lancer le processus d’anticipation qui permettra l’aménagement et la construction des mécanismes appropriés afin de renforcer la sécurité alimentaire des villes.