Repenser les subventions agricoles pour mieux atteindre les ménages vulnérables
Au Sénégal, les subventions aux intrants agricoles représentent un effort public considérable, mais leur impact reste inégal. En 2021, environ 60 milliards de FCFA ont été consacrés aux engrais et aux semences, soit près de 35 % du budget agricole. Cette note politique examine si ces ressources atteignent réellement les ménages les plus vulnérables et si elles améliorent effectivement la production et la sécurité alimentaire.
L’analyse combine une micro-simulation fondée sur les données de 7 120 ménages et une enquête auprès de 1 200 producteurs dans le Bassin arachidier et la Vallée du Fleuve Sénégal. Les résultats montrent que les subventions bénéficient surtout aux ménages agricoles intermédiaires, tandis que les ménages en insécurité alimentaire sévère ne reçoivent qu’une faible part des aides. La distribution est également très concentrée géographiquement, notamment à Saint-Louis, Louga, Kaolack et Fatick. Sur le plan productif, les effets sont contrastés et restent globalement limités, sans amélioration significative des rendements ou des revenus agricoles.
La note recommande donc de revoir en profondeur le ciblage du Programme de Subvention des Intrants Agricoles. Elle propose notamment des critères plus explicites de pauvreté et d’insécurité alimentaire, une meilleure transparence, des outils numériques de suivi, des vouchers ciblés, ainsi qu’un soutien accru aux petites exploitations et aux régions sous-desservies. L’objectif est de transformer les subventions en un instrument plus efficace de justice sociale, de sécurité alimentaire et de transition agricole durable.