Comment généraliser l’agroécologie ?
Les légumineuses, capables de fixer l’azote atmosphérique, sont au cœur de scénarios agroécologiques visant à maintenir la production agricole tout en réduisant le recours aux engrais de synthèse. S’appuyant sur plus de dix années de recherche, Julia Le Noë (IRD), Gilles Billen et Josette Garnier (CNRS/Sorbonne Université) examinent les conditions permettant de généraliser ces systèmes sans compromettre la sécurité alimentaire. Leurs travaux montrent notamment qu’à apports totaux d’azote équivalents et à l’échelle d’une rotation, les systèmes biologiques peuvent atteindre des niveaux de production comparables aux systèmes conventionnels.
Trois leviers complémentaires sont analysés : réduire les apports protéiques et la consommation de produits animaux, reconnecter cultures et élevage afin de mieux recycler les effluents, et développer des rotations longues intégrant des légumineuses, sans engrais azotés de synthèse. Les scénarios étudiés en Europe, en France, en Autriche et en Chine indiquent qu’une telle réorganisation pourrait réduire de moitié les pollutions azotées aquatiques et atmosphériques ainsi que les émissions de gaz à effet de serre. Dans le scénario européen, l’efficience d’utilisation de l’azote passerait de 59 à 76 %.
Les auteurs soulignent toutefois plusieurs points de vigilance, notamment concernant le stockage du carbone organique des sols et la disponibilité du phosphore. Ils identifient également les conditions socioéconomiques, la rémunération des agriculteurs et l’organisation des filières parmi les principaux enjeux de la transition agroécologique.