L’agriculture familiale communautaire: une alliée pour garantir la souveraineté alimentaire et lutter contre la faim

Par Crispim Moreira, Représentant de la FAO en Bolivie

Les Nations Unies ont lancé l'Année internationale de l'agriculture familiale (AIAF), à New York, le 22 novembre 2013, pour souligner le potentiel considérable des exploitations agricoles familiales dans la lutte contre la faim et la préservation des ressources naturelles. 



Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), plus de 500 millions de fermes familiales – exploitations faisant essentiellement appel aux membres de la famille pour la gestion et la main-d'œuvre – produisent de quoi nourrir des milliards d'êtres humains.

Dans de nombreux pays en développement, les fermes familiales représentent environ 80% de toutes les exploitations agricoles. En Bolivie, selon l’Institut national de la statistique (INE), près de 770 000 unités productives sont de petites fermes familiales, d’une dimension moyenne de cinq acres.

D’après les données de la FAO, plus de 70% de la population exposée à l’insécurité alimentaire vit dans les zones rurales de l’Afrique, de l’Asie, de l’Amérique latine et du Moyen-Orient. En Bolivie, dans les zones rurales, quatre personnes sur dix sont pauvres. [Source: données présentées par l’unité de planification  de l’Agenda patriotique pour 2025 (bicentenaire de l’indépendance), avec des informations issues de l’enquête sur les ménages, réalisée en 2012 par l’INE]

Dans son discours prononcé lors du lancement de l’AIAF à New York, le Directeur général de la FAO, José Graziano da Silva, a déclaré: «Rien n’est plus proche du paradigme de la production alimentaire durable que l’agriculture familiale. Grâce à leur production diversifiée, non spécialisée, les exploitations familiales jouent un rôle central en garantissant la pérennité de l’environnement et la  conservation de la biodiversité.»

Une opportunité en or pour la Bolivie

Les activités menées au niveau mondial, régional et national dans le cadre de l’AIAF 2014 offrent une opportunité en or pour promouvoir un large débat en Bolivie. Ce débat devrait déboucher sur des partenariats entre l’État et la société pour la consolidation d’une nation souveraine en matière de production et d’alimentation, reconnaissant les différents types d’agriculteurs familiaux: indigènes, agriculteurs et paysans ‘campesinos’, communautés interculturelles et afro-boliviennes vivant sur tout le territoire national.

En Bolivie, l’Année internationale de l’agriculture familiale coïncide avec des réformes structurelles d’ordre politique et social, entérinées dans le Cadre juridique de la Constitution de l’État, ses plans de développement et sa stratégie appelée «Agenda patriotique» (initiatives liées au développement agricole et productif): Loi n° 144 (Révolution productive); Loi n° 3525 (Production agroforestière écologique); Loi n° 300 (Terre nourricière), et renforcement des lois sur les organisations économiques paysannes (OECAS) et communautaires (OECON).

Depuis la promulgation de la loi 338, le Département du développement rural a défini un programme intensif de construction participative appelé PRONAGRIFS (Programme national en faveur de l’agriculture familiale durable). Ce programme bénéficie d’une coopération technique de la FAO et promeut: a) le Registre national des agriculteurs (RUNPA), un instrument essentiel pour permettre à l’État de planifier sa politique de développement rural et d’atteindre ses objectifs en matière de sécurité et de souveraineté alimentaire, et b) la cartographie des différentes fermes familiales communautaires boliviennes, qui permet à l’État de planifier leurs objectifs matériels et financiers et de fournir des biens et des services aux bénéficiaires de la Loi 338. Cette «cartographie socio-territoriale» de l’agriculture familiale bolivienne permettra de visualiser les réponses aux questions Qui? Combien? Et où?

Pourquoi l’agriculture familiale joue-t-elle un rôle central et stratégique dans la souveraineté alimentaire et la lutte contre la pauvreté? 

Les systèmes agricoles et alimentaires durables et solidaires font partie intégrante du mode de vie des petits agriculteurs familiaux et de leurs moyens de production, car ils créent des activités productives pour les jeunes des communautés rurales. Ainsi, si les activités économiques des agriculteurs familiaux se développent dans le respect des règles de commerce équitable, on pourra parvenir à éradiquer la pauvreté. L’agriculture familiale offre une opportunité de stimuler les économies locales, en particulier si elle est combinée à des politiques spécifiques de protection sociale visant à garantir le bien-être des communautés.

D’une manière générale, l’AIAF 2014 devrait renforcer le dialogue en cours entre le gouvernement et la société, dans le contexte de l’Agenda patriotique pour 2025, avec des contributions de chercheurs, d’universitaires, de responsables des politiques publiques aux niveaux central, départemental et municipal, et d’organes de supervision, et avec la participation sociale des conseils nationaux pour la politique de sécurité alimentaire (CONAN), la production biologique (CNAPE), et le développement productif (CODEP). Le but est d’attirer l’attention de tous les intervenants (État, organisations économiques communautaires paysannes, secteur privé et coopératives économiques et sociales) sur l’agriculture familiale en 2014, pour réaliser les objectifs des stratégies nationales et intégrer le concept constitutionnel de la souveraineté alimentaire sur le terrain, afin qu’il devienne réalité dans les communautés rurales et dans la vie des familles boliviennes.     

27/01/2014