Directeur général QU Dongyu

Regards sur la FAO: une Organisation qui gagne en crédibilité, en cohérence et en influence

Rio de Janeiro, Brésil. Des représentants de pays et d’organisations internationales se sont réunis à Rio de Janeiro pour réaffirmer leur engagement envers l’Alliance mondiale contre la faim et la pauvreté.
©FAO/Max Valencia

 

Année mémorable pour l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 2024 a été marquée par la création, au sommet du G20, de l’Alliance mondiale contre la faim et la pauvreté, une initiative concertée d’ampleur mondiale destinée à intensifier la lutte contre la faim et la pauvreté.

Si l’on doit l’idée de l’Alliance mondiale, dispositif d’échange d’outils financiers et de connaissances à l’appui des mesures prises par les pays, à M. Luiz Inácio Lula da Silva, Président du Brésil, la FAO a joué un rôle incontournable dans sa mise en route et sa conception et a plaidé sans relâche en sa faveur auprès d’instances internationales majeures, en particulier le G20, le G7 et l’Organisation de coopération économique Asie-Pacifique (APEC).

L’Alliance mondiale a fait l’unanimité chez les dirigeants du G20, montrant qu’ils sont pleinement conscients de la volonté universelle d’éliminer la faim et la pauvreté mais aussi qu’ils prennent acte du message martelé par la FAO sur l’importance de la croissance inclusive et de la résilience et sur la transformation des systèmes agroalimentaires mondiaux en vue d’améliorer les conditions de vie et les moyens de subsistance, d’assurer la prise en compte des populations rurales et des groupes marginalisés et de produire suffisamment de nourriture pour une population mondiale en expansion, tout en protégeant l’environnement. La FAO a été choisie pour accueillir le mécanisme d’appui de l’Alliance mondiale, qui sera le pôle de mise en œuvre et regroupera les instruments de politique générale de l’initiative.

En 2024, les membres du G20 ont aussi officiellement déclaré que la Feuille de route sur la transformation bleue 2022-2030 constituait un cadre essentiel à la durabilité à long terme des secteurs de la pêche et de l’aquaculture. Dans la Feuille de route, il est recommandé d’adopter une approche globale en matière de gestion des systèmes alimentaires aquatiques, et on y préconise l’intensification de l’aquaculture durable, l’amélioration de la gestion des pêches, la réduction des pertes et du gaspillage alimentaires, la mise en place de stratégies d’atténuation du changement climatique et d’adaptation à ses effets, ainsi que le renforcement de la gouvernance et l’augmentation des investissements dans le secteur. L’objectif visé est de garantir à chacun l’accès à des aliments d’origine aquatique nutritifs, tout en assurant la protection des écosystèmes aquatiques et en soutenant les populations qui en vivent.

 

© FAO/David Hogsholt

Un village de pêcheurs avec des bateaux de pêche artisanaux amarrés devant les maisons est visible sur la pointe ouest de l’île de Sinipay.
© FAO/David Hogsholt

 

La FAO et le G7

Le G7 a aussi fait grand cas des domaines de travail thématiques essentiels de la FAO, comme en témoigne la participation active de l’Organisation à la réunion des ministres de l’agriculture et à la réunion consacrée à l’aide au développement en 2024. Ces réunions, tenues en Italie, ont été organisées de sorte à permettre la participation de gouvernements de pays africains et d’autres régions du monde. La FAO prend pleinement part à l’initiative du G7 des Pouilles sur les systèmes alimentaires, qui s’axe sur les pays à faible revenu et appuie des projets en Afrique, ainsi qu’à l’initiative sur le café, qui aide des dizaines de millions de petits exploitants, la plupart en Afrique, en Amérique latine et en Asie. Ils représentent 80 pour cent de la production mondiale de café, mise en difficulté par le changement climatique.

La FAO, conjointement au Programme alimentaire mondial (PAM) et au Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires, œuvre à l’instauration d’un mécanisme de financement en cas de crises alimentaires dues à des chocs, qui a été approuvé par le G7 et qui a pour objectif de lutter contre l’insécurité alimentaire aiguë en créant un programme mondial qui renforce les capacités en matière de mesures préventives et d’intervention rapide. Conçu en collaboration par la FAO, le PAM et le Bureau de la coordination des affaires humanitaires, le mécanisme fournit des aides financières modulables afin d’atténuer les difficultés toujours plus importantes provoquées par les crises alimentaires mondiales. Le programme repose sur un modèle novateur qui tire parti des partenariats public-privé, des dispositifs d’assurance et des cadres d’action préventive afin de sauver des vies, de protéger les moyens de subsistance et de rendre la fourniture de l’aide humanitaire plus efficace.

Ces projets assoient la crédibilité de la FAO et témoignent de son ferme engagement en faveur des biens publics, dont la Plateforme géospatiale de l’initiative Main dans la main est un exemple crucial. Comme l’affirme souvent M. Qu, Directeur général de l’Organisation, le monde n’est pas à court de connaissances: «Nous disposons de tous les outils nécessaires dans la boîte à outils». Le temps de la mise en œuvre effective est venu.

 

© FAO/Alessandra Benedetti
© FAO/Luis Tato

Gauche/Droite : Burkina Faso – Une femme transportant des oignons dans un marché du centre-ville de Ouagadougou. © FAO /  Alessandra Benedetti
Kenya - Écoles paysannes sur la résistance aux antimicrobiens et les pratiques agricoles durables. © FAO/Luis Tato

 

Une approche cohérente pour une FAO unie dans l’action

Pour s’acquitter de son mandat, la FAO doit accueillir les contributions de nombreux acteurs et secteurs, raison pour laquelle l’Organisation mène des activités dans des domaines aussi variés que les technologies numériques, les appellations reposant sur l’origine géographique qui préservent et magnifient l’histoire des populations, la diversité des apports alimentaires permettant d’assurer une nutrition adaptée, ou encore la résistance aux antimicrobiens.

Le travail réalisé sur la question du genre, par exemple, est emblématique de la façon dont la FAO a renforcé sa visibilité et produit de meilleurs résultats. En 2023, l’Organisation a ainsi publié un rapport sur la situation des femmes dans les systèmes agroalimentaires, le tout premier sur ce sujet en dix ans. Les résultats des activités de diffusion et de communication ont concordé avec les conclusions des principaux rapports phares de la FAO et ont été amplifiés par son réseau régional et national: des manifestations spéciales ont été organisées dans 15 pays, ce qui a accru l’intérêt porté à l’initiative de l’Organisation «S’engager vers plus d’égalité» tenue en septembre 2024 en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies, tandis que la FAO a aussi joué un rôle de premier plan à la 68e session de la Commission de la condition de la femme.

Depuis peu, la FAO travaille auprès des décideurs du monde entier pour promouvoir une approche globale permettant de résoudre de multiples difficultés. L’Organisation est ainsi intervenue aux trois sessions des conférences des parties de l’année, consacrées respectivement à la biodiversité, au climat et à la désertification, tandis que son Directeur général a pris une part active au séminaire sur les peuples autochtones organisé par le Vatican en juin. Elle a en outre largement contribué aux principales sessions des conférences des parties qui ont eu lieu cette année en prônant la transparence dans les plans et mesures nationaux de lutte contre le changement climatique et en apportant son aide aux pays à cette fin, dans la droite ligne du Forum mondial sur la transparence tenu à Tokyo.

La FAO a reçu en tant qu’équipe mondiale le prestigieux Grand Prix mondial Hassan II de l’eau en reconnaissance de sa contribution aux actions menées au niveau international en faveur de la sécurité de l’approvisionnement en eau et de la sécurité alimentaire. Elle a fait en sorte de donner une meilleure place à ce thème dans le programme mondial en organisant des manifestations internationales comme le Dialogue de Rome sur l’eau, axé sur de nouvelles méthodes de gestion intégrée des ressources en eau. Les membres de la FAO ont d’ailleurs accepté d’en faire un thème transversal prioritaire dans l’exercice biennal en cours. L’Organisation a également présenté un rapport majeur sur l’évaluation des sols touchés par la salinisation dans le monde au Forum international sur les sols et l’eau, coorganisé cette année avec le Gouvernement du Royaume de Thaïlande.

La FAO a aussi reçu le prix Google Geo for Good Impact Award pour sa plateforme en nuage Earth Map, un outil qui aide le public et les concepteurs de petits et grands projets à visualiser et à analyser des données détaillées relatives à l’environnement et au climat à l’aide d’un simple clic.

Ces dernières années, la FAO s’est fait de plus en plus connaître pour son action visant à intégrer mesures préventives et aide agricole pour sauver des vies et renforcer la résilience dans les situations de crise. En 2024, l’action de la FAO a bénéficié à près de la moitié des personnes visées, alors même que l’Organisation n’a reçu que 22 pour cent des financements demandés.

Elle a catalysé les mesures prises au niveau des pays et mobilisé les ressources et l’attention nécessaires au moyen d’activités de communication axées sur l’intensification de l’agroforesterie, la facilitation d’échanges de connaissances Sud-Sud en matière de suivi des forêts et la création du nouveau Pôle mondial de gestion des feux («Fire Hub») destiné à renforcer les capacités des pays en matière de nouvelles technologies et d’innovation sociale, afin qu’ils puissent adopter des pratiques de gestion intégrée des incendies atténuant leurs répercussions sur les moyens de subsistance, les paysages et le climat mondial.

 

Video
Escalating crises and hunger require urgent response, says FAO Deputy Director-General Beth Bechdol

Acute hunger is escalating worldwide. The growing number of people impacted by pressing humanitarian crises in conflict-affected places like Gaza, Ukraine, and Sudan, or by climate extremes, requires urgent and collective action explains Beth Bechdol, FAO Deputy Director-General.

Influence et crédibilité renforcées

Toutes ces réalisations sont le fruit de la participation décisive de la FAO à de grandes rencontres internationales et à des instances gouvernementales destinées à produire davantage d’effets concrets sur le terrain, d’accords, de données, de rapports et d’activités visant à aligner les priorités de l’Organisation sur les besoins des membres, et ce afin de progresser plus rapidement vers la réalisation des objectifs de développement durable (ODD), notamment les ODD 1 (Éliminer la pauvreté), 2 (Éliminer la faim) et 10 (Réduire les inégalités).

La crédibilité et la visibilité de la FAO lors de réunions telles que les sommets du G20 et du G7 bénéficient à ses travaux sur le terrain, comme en témoigne la participation croissante à l’initiative Main dans la main, qui compte aujourd’hui 75 pays et cinq initiatives régionales, et à l’initiative «Un pays, un produit prioritaire», constituée de 87 membres qui travaillent sur 53 produits différents. C’est ce qui lui permet de susciter davantage d’intérêt lorsque de nouvelles initiatives sont lancées, comme «L’atome pour l’alimentation», un projet mené conjointement avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), pour lequel plus d’une dizaine de participants potentiels se sont manifestés.

Le récit efficace, cohérent et parfois extraordinaire que la FAO s’attache à raconter au sujet de l’action à mener pour éliminer la faim et réaliser les quatre améliorations (en matière de production, de nutrition, d’environnement et de conditions de vie) est aussi la raison pour laquelle le portefeuille du Fonds pour l’environnement mondial et celui du Fonds vert pour le climat de l’Organisation affichent une croissance remarquable pour ce qui est de leur ampleur et des ressources mobilisées, et le même constat s’applique au nouveau Fonds de lutte contre les pandémies.

Plus que jamais, la FAO est déterminée à collaborer avec ses membres et ses partenaires, comme le souligne son Directeur général, M. Qu Dongyu: «Travailler ensemble pour veiller à ce que la FAO joue le rôle moteur qui lui incombe sur la voie de l’élimination de la faim, conformément au cœur du mandat qu’elle exécute depuis près de 80 ans».