Cultiver un avenir commun: comment la coopération mondiale à travers le Traité international sur les plantes assure notre avenir alimentaire
Kent Nnadozie
Secrétaire du Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture
Dans les hauts plateaux andins, les agriculteurs plantent encore des semences que leurs ancêtres ont soigneusement conservées il y a des siècles. Au Sahel africain, des coopératives semencières gérées par des femmes font revivre des variétés résistantes à la sécheresse que l'on croyait perdues. Sur tous les continents, ces actes discrets de bienveillance soutiennent nos systèmes alimentaires et notre avenir.
Face au changement climatique, aux tensions géopolitiques, à la perte de biodiversité et à l'insécurité alimentaire croissante, une vérité demeure: aucune nation, communauté ou institution ne peut relever ces défis seule. Notre avenir commun dépend de notre capacité à travailler ensemble – au-delà des frontières, des générations et des secteurs – pour protéger l'un des atouts les plus puissants de l'humanité: les semences et les cultures qui soutiennent la vie.
Né de cette compréhension commune, le Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture, établi sous l'égide de la FAO en 2001 et en vigueur depuis 2004, fournit un cadre mondial pour la conservation, l'utilisation durable et le partage équitable des avantages découlant de l'utilisation de ces ressources mondiales qui sous-tendent nos systèmes agroalimentaires. Mais au-delà d'être un instrument juridique, le Traité représente quelque chose d'encore plus indispensable aujourd'hui: un connecteur.
En tant que connecteur, le Traité relie actuellement 154 Parties contractantes, plus l'Union européenne, dans un esprit de coopération et de solidarité, reconnaissant qu'aucun pays n'est autosuffisant en ressources génétiques nécessaires pour nourrir sa population.
Le Traité international relie également les générations, honorant la sagesse des petits agriculteurs, des communautés locales et autochtones, et constitue un pont entre les mondes de la science, de la politique et du savoir traditionnel. Il réunit les secteurs public et privé, les instituts de recherche et les banques de semences, les décideurs politiques mondiaux et les communautés locales, en favorisant des partenariats qui transforment une vision partagée en action.
Grâce au Système multilatéral du Traité, plus de 2,5 millions d'accessions de ressources phytogénétiques sont mises à la disposition des scientifiques, des agriculteurs et des obtenteurs du monde entier, alimentant ainsi le développement de variétés plus résistantes à la sécheresse, aux parasites et à d'autres menaces environnementales.
L'accès n'est qu'un aspect de la question. Le partage des avantages, qui se fait à de nombreux niveaux et de nombreuses manières, tant monétaires que non monétaires, est tout aussi crucial. Le Fonds pour le partage des avantages du Traité veille à ce que les fruits de la collaboration mondiale reviennent à ceux qui conservent et entretiennent la biodiversité à ses racines. Il soutient des projets communautaires dans certaines des régions les plus vulnérables du monde, par le biais de projets qui renforcent les systèmes semenciers, conservent les variétés traditionnelles et améliorent la sécurité alimentaire et nutritionnelle à partir de la base. Par exemple, au Pérou, où les agriculteurs locaux et autochtones associés au Parc de la pomme de terre ont reçu un soutien du Traité pour établir une banque de semences de pommes de terre communautaire qui conserve désormais 1 136 variétés. Cette infrastructure, financée par le Fonds pour le partage des avantages du Traité, a jeté les bases de possibilités sociales, culturelles et économiques plus larges. Aujourd'hui, ces communautés forment une coopérative de multiplication de semences, avec l'appui de la municipalité locale.
Pour renforcer ce système mondial, les Parties contractantes et les régions, en collaboration avec les agriculteurs, les organisations de la société civile, les chercheurs et le secteur privé, travaillent ensemble depuis 2013 dans le cadre d'un processus politique dédié. Leur proposition d'un ensemble de différentes mesures visant à répondre aux besoins et aux attentes de tous les acteurs concernés est maintenant soumise à l'examen de l’Organe directeur lors de sa onzième session (OD-11).
La onzième session de l’Organe directeur au Pérou représente un moment déterminant. Les pays auront l'occasion de prendre des mesures décisives pour renforcer le Système multilatéral, de convenir de modalités plus efficaces de partage des avantages et de réaffirmer leur engagement collectif envers les agriculteurs et les communautés qui préservent la diversité des cultures dans le monde. Les résultats de Lima contribueront à façonner l'avenir de la coopération mondiale en matière de sécurité alimentaire et de biodiversité pour les années à venir.
« Favoriser la biodiversité et la sécurité alimentaire » tout en « conservant le patrimoine » et en «cultivant un avenir commun », thème de la Session, est notre priorité. Il ne s'agit pas simplement de protéger les semences dans une chambre forte ou des banques de gènes. Il s'agit également de sauvegarder les histoires, le patrimoine, les cultures, les connaissances et les écosystèmes que ces semences incarnent, et de les utiliser pour développer un système agroalimentaire plus résilient et équitable.
Alors que les délégués se réunissent au Pérou pour la onzième session de l'Organe directeur du Traité international en novembre, nous devons placer la biodiversité et la coopération internationale au centre de notre réponse. La biodiversité agricole n'est pas un luxe ; C'est notre police d'assurance contre un avenir incertain. Et le Traité international garantit que nous n'agissons pas de manière isolée, mais en tant que communauté mondiale.
Plantons aujourd'hui les graines de la solidarité, pour que la récolte de demain soit abondante, équitable et partagée par tous.
@PlantTreaty
#ItAllStartsWithTheSeed
#GB11
