Commission des ressources génétiques pour l'alimentation et l'agriculture
Diversité aquatique





UNE RICHESSE SOUS-MARINE INEXPLORÉE

  

L'aquaculture et la pêche de capture apportent une contribution indispensable à la sécurité alimentaire mondiale et représentent une source importante de moyens d'existence et de revenus pour de nombreuses familles pratiquant une pêche et une pisciculture de subsistance. La richesse des ressources ichtyogénétiques mondiales offre au secteur de l'aquaculture et de la pêche des possibilités considérables pour renforcer encore sa contribution et relever le défi consistant à nourrir une population en pleine expansion. Or, en dépit des estimations indiquant qu'il faudra 40 millions de tonnes de poisson supplémentaires par an d'ici à 2030 pour répondre à la demande mondiale, le potentiel de la diversité ichtyogénétique demeure en grande partie inexploité et inexploré.

Pêche de capture: pour garantir la productivité des stocks, leur résilience et leur capacité d'adaptation à l'évolution de l'environnement, il est essentiel de préserver la biodiversité aquatique, et notamment la diversité génétique des poissons, des crustacés, des mollusques et des plantes aquatiques.

  • La production de la pêche en mer a tellement progressé qu'elle ne peut guère augmenter davantage. Plus de 50 pour cent des stocks mondiaux de poissons marins sont pleinement exploités, 17 pour cent sont surexploités et 8 pour cent sont épuisés ou en cours de reconstitution après une utilisation abusive.
  • La production de la pêche continentale souffre souvent d'une exploitation intense. Elle pâtit plus encore de la dégradation de l'environnement et de la modification des bassins hydrographiques, qui influent sur le potentiel de production halieutique et la biodiversité. D'après l'Évaluation des écosystèmes pour le millénaire, environ 20 pour cent des espèces dulcicoles à l'échelle mondiale ont été classées comme étant menacées, en danger ou disparues, en l'espace de quelques décennies seulement.

Une révolution bleue au XXIe siècle
Alors que l'homme a commencé à domestiquer des plantes et des animaux à des fins agricoles il y a environ 12 000 ans, plus de 90 pour cent des espèces aquatiques actuellement exploitées ne sont élevées en captivité (première étape de la domestication) que depuis le début du XXe siècle. D'après la FAO, 560 espèces de poissons, d'invertébrés aquatiques et de plantes aquatiques sont élevées ou cultivées à travers le monde. La plupart sont très similaires aux espèces sauvages apparentées, et très peu sont considérées comme étant vraiment «domestiquées».

La domestication et l'amélioration génétique aideront à accroître la production et la productivité, amélioreront la valeur nutritionnelle des poissons et augmenteront leur résistance aux maladies et leur capacité d'adaptation à des conditions hostiles et à l'évolution des demandes des consommateurs. Cependant, pour exploiter pleinement l'énorme potentiel des ressources génétiques aquatiques, il faudra prendre conscience des difficultés suivantes et les surmonter:

  • manque d'informations sur les caractéristiques, le rendement, la localisation et l'accessibilité des ressources ichtyogénétiques et sur ce qui menace leur survie;
  • inadéquation des programmes nationaux et des systèmes d'information relatifs aux ressources génétiques aquatiques;
  • absence de stratégie mondiale d'action publique et de gestion relative aux ressources génétiques aquatiques.

L'enjeu est de maintenir une large réserve génétique pour le futur, et non de se concentrer sur l'amélioration d'un petit nombre de souches de poisson commercialement viables.

Aquaculture: la contribution de l'aquaculture à la production mondiale de poisson de consommation s'est envolée, passant de 3,9 pour cent en 1970 à environ 64 pour cent en 2011, et cette croissance devrait se poursuivre. Les ressources génétiques aquatiques revêtent une importance cruciale pour l'amélioration génétique future des espèces d'élevage et le développement durable de l'aquaculture.

Écosystèmes aquatiques: L’augmentation des températures liée au changement climatique représente un danger pour les zones côtières de faible élévation dans les îles et les terres continentales. Elle affecte la répartition des espèces et favorise l’introduction et la dissémination d’espèces exotiques envahissantes, entraînant la perte de biodiversité aquatique, ce qui pourrait à l’avenir avoir une incidence négative sur le type et la taille des prises.

Diversité aquatique génétique
Nécessité de la conserver et de l'utiliser de manière responsable

La collecte des ressources génétiques aquatiques est devenue urgente au regard des pressions auxquelles les écosystèmes et les habitats aquatiques sont soumis partout dans le monde. Leur conservation est difficile, complexe et souvent coûteuse. Les initiatives se multiplient: constituer ex situ des banques de gènes des ressources halieutiques est une stratégie possible, mais la conservation in situ demeure nécessaire.

De nombreuses autres stratégies de gestion durable des ressources génétiques aquatiques sont possibles. Le Code de conduite pour une pêche responsable de la FAO encourage la conservation de la diversité génétique aquatique, la préservation de l'intégrité des communautés et des écosystèmes aquatiques ainsi que l'utilisation responsable des ressources biologiques aquatiques à tous les niveaux, y compris sur le plan génétique. Les approches écosystémiques de développement d'une aquaculture et d'une pêche responsables insistent également sur la gestion des ressources génétiques aquatiques. La FAO suit ce type d'approche depuis longtemps en matière de pêche et a publié en 2007 des directives techniques sur la gestion des ressources génétiques dans l'aquaculture à l'appui du Code de conduite pour une pêche responsable.

Avantages et risques de l'amélioration du tilapia
Le tilapia du Nil, souvent qualifié de «poulet aquatique» en raison de la facilité avec laquelle il s'élève, est un poisson d'eau douce originaire d'Afrique. Au début des années 1990, des souches ont été exportées d'Égypte, du Ghana, du Kenya et du Sénégal vers l'Asie, marquant le début d'un programme d'élevage particulièrement réussi qui a permis d'améliorer le stock de poissons et d'accroître la production, d'enrichir les apports alimentaires, d'augmenter les revenus et de développer l'emploi dans plusieurs pays. Bien entendu, les pays africains souhaitent avoir accès aux souches du tilapia amélioré, mais ce n'est pas sans risque. Si les espèces de tilapia modifiées venaient à s'échapper des fermes aquacoles africaines, cela pourrait entraîner un déplacement des tilapias indigènes ou des croisements avec ces derniers. Ces croisements pourraient nuire aux espèces indigènes et réduire les possibilités d'amélioration génétique ultérieures. Il sera donc nécessaire de mener des évaluations approfondies des risques avant toute réintroduction. Ces évaluations devront tenir compte à la fois du risque d'érosion génétique dans les milieux d'origine du tilapia et des possibilités d'amélioration des revenus, de l'emploi et de la sécurité alimentaire des aquaculteurs africains à faible revenu.

La Commission des ressources génétiques pour l'alimentation et l'agriculture
Prendre des mesures pour recenser et préserver les ressources génétiques aquatiques

En 2007, la Commission a appelé ses membres à adopter des mesures pour déterminer l'état actuel des ressources génétiques aquatiques dans le monde. Les travaux appuyés par le Département des pêches et de l'aquaculture de la FAO et la Commission ont permis de constater que les informations susceptibles de contribuer à l'amélioration de la gestion des ressources génétiques aquatiques étaient éparpillées, conservées dans divers formats incompatibles entre eux, souvent difficiles d'accès et archivées de manière inappropriée.

Prenant conscience de l'urgence de la situation et amorçant ainsi l'élaboration du premier Rapport sur l'état des ressources génétiques aquatiques pour l'alimentation et l'agriculture dans le monde, qui doit être achevé en 2017, la Commission a lancé un examen des systèmes d'information existants, et s'emploiera à développer un système de restitution de données plus efficace destiné aux organisations nationales et internationales. Devant l'augmentation du nombre d'espèces aquatiques d'élevage, de souches, d'hybrides et d'autres ressources génétiques, il est nécessaire de disposer de systèmes d'information pour déterminer leurs contributions respectives à la production aquacole. De même, l'amélioration de l'information sur la génétique des populations de poissons sauvages devrait permettre de mieux comprendre la façon dont ces populations peuvent être conservées et utilisées de manière durable.

L’état des ressources génétiques aquatiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde

Le rapport sur L’état des ressources génétiques aquatiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde sera la première évaluation mondiale réalisée sur la base des rapports nationaux sur les ressources génétiques aquatiques pour l'alimentation et l'agriculture.  À sa quatorzième session ordinaire, la Commission a décidé que le rapport porterait uniquement sur les espèces aquatiques d'élevage et les espèces sauvages apparentées relevant des juridictions nationales.

En outre, la Commission définira et élaborera des mesures de coopération et des partenariats qui, parallèlement à la mise en place d'un cadre d'action favorable, aideront à gérer et à conserver un large fonds génétique des espèces utilisées en aquaculture et des espèces sauvages apparentées. Cela supposera également de coopérer avec le Comité des pêches de la FAO pour développer les éléments du Code de conduite pour une pêche responsable concernant la conservation et l'utilisation durable des ressources génétiques aquatiques.